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sur l'Histoire de Hendaye

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Texte Conférence réalisée par Pedro SANCHEZ et Dr P.L. THILLAUD

 

Hendaye, 1813…mais aussi 1793 :

Le temps de tous les malheurs

5 octobre 2013

Texte Conférence réalisée par Pedro SANCHEZ et Dr P.L. THILLAUD



INTRODUCTION 

 

Pour Hendaye, 1813, marque douloureusement la fin des guerres de la  Révolution et de l’Empire… et, plus définitivement, la fin de quatre siècles guerre entre la France et l’Espagne ; entre Hendaye et Fontarabie. Il faut dire que depuis la fin du XVe siècle, ces guerres commencent toujours par  Txingudi et la Bidassoa.

 

Le Traité de la Paix des Pyrénées signé dans l’Ile des Faisans en 1659, ouvre un long siècle de paix, brièvement interrompu par les échauffourées de 1719, qui cette fois sont conduites par une large coalition des dynasties européennes contre l’Espagne.

                                                                                       

 

Hendaye, 7 octobre 1813 … 23 avril 1793
                                                                                                               Le temps de tous les malheurs


La Révolution Française et l’Empire de NAPOLEON Ier provoquent de nouveau la guerre qui fait subir aux trois villes riveraines de Txingudi leurs plus sombres années.

 

En 1795, la Paix de Bâle semble éloigner la guerre mais la tension reste grande dans toute l’Europe, entre une France révolutionnaire et une Europe toute entière opposée à ce nouvel ordre. Cette tension marque à l’évidence la vie quotidienne autour de Txingudi.

 

En 1807, les armées napoléoniennes commencent à franchir la Bidassoa. Officiellement, pour aller combattre le Portugal, allié du grand ennemi anglais ; secrètement, pour dominer l’allié espagnol. A partir de 1807, Hendaye essaye de se reconstruire ; Fontarabie et Irun pansent leurs plaies. Toutes les trois souffrent encore des dramatiques conséquences des événements de 1793-1795 et du passage incessant des troupes et de leurs exactions.

 

De 1808 à 1813, la France s’embourbe dans « la Guerre d’Espagne » qui devient vite pour les Espagnols une « Guerre d’Indépendance ». A cette occasion, Hendaye reçut le 12 juin 1808, la visite de l’Empereur qui prit le temps d’y déjeuner dans la meilleure auberge située alors à l’emplacement de l’ancien Bar Hendayais.

  

1.- La journée du 7 octobre 1813


En ce début d’octobre 1813, le temps en Pays Basque est exécrable. Les mois de juillet, d’août et de septembre ont été marqués par des pluies diluviennes.

 

Le 6 octobre 1813, en fin de journée, de gros nuages noirs apportés par le vent de Sud s’accumulent sur les Trois Couronnes et le Jaizkibel. Ils annoncent un méchant orage qui ne tarde pas à éclater. Le 7 au matin, l’orage se déplace sur la rive droite de Txingudi et les positions françaises, couvrant opportunément le fracas des équipages anglais, espagnols et portugais, qui se mettent en branle pour investir le Sud-Ouest de la France. Une marche inexorable qui les mènera jusqu’à Toulouse, à une victoire totale le 10 avril 1814 et à l’abdication de l’Empereur, 4 jours auparavant.

 

Le ciel et ses caprices ne sont pas vraiment responsables de cette débâcle napoléonienne. Celle-ci résulte plus sûrement de multiples erreurs politiques de son chef et de la trop grande insuffisance militaire de ses soutiens.


A propos de cette dernière, on relèvera notamment :

 

Le 21 juin 1813 : la débâcle de Vitoria, avec un Roi JOSEPH, frère de NAPOLEON, qui s’enfuit en catastrophe du champ de bataille ;

 

Le 31 août 1813 : l’échec cuisant de SOULT à San Marcial avec pour conséquences immédiates : l’abandon de Pampelune et la condamnation des troupes françaises retranchées dans Saint-Sébastien, désormais conduites inéluctablement à la reddition.

 

En ce début d’octobre 1813, l’Empire se fissure. Ses ennemis - l’Europe entière ! - vont poser pour la première fois depuis le début de l’épopée napoléonienne, un pied en terre française.

 

Et c’est à Hendaye, le 7 octobre 1813, que WELLINGTON réalisa ce prodige.



 


Pour ce faire, WELLINGTON, bien renseigné par les pêcheurs de la rive gauche de Txingudi, dispose de 14 gués praticables à marée basse, à savoir, du Nord au Sud :

 

-  1 gué situé entre le quartier de la Madeleine (Fontarabie) et Sokoburu ;

-  2 gués reliant le couvent des Capucins à Ispeta (Gare de Hendaye) ;

-  3 gués situés entre Santiago et le pont de Béhobie (qui avait été détruit le 1er juillet 1813 par les Français pour protéger leur retraite) : Lecueder, Dibildox et Ile de la Conférence ;

-  8 autres gués se trouvaient entre Béhobie et Biriatou et plus en amont.

 

Dans le même temps, l’embouchure de la Bidassoa est gardée par un navire de la Navy « Le Constant », commandé par le Lieutenant STOKES dont les marins occupent le château du Figuier.

 

C’est dans ce cadre que le 7 octobre, à 7h15, à la fin de la marée descendante, une fusée tirée de l’église de Fontarabie et un grand drapeau blanc hissé au sommet de San Marcial, invitent les troupes alliées, fortes de 24 000 hommes, à franchir pour les unes, la baie de Txingudi ; pour les autres, la Bidassoa. Tandis que 20 000 autres soldats, plus en amont, s’avancent à l’assaut de la Rhune. Le front présente alors une largeur de 10 km …


Commandement des Alliés : WELLINGTON (112 000 hommes) et plus particulièrement pour notre théâtre d’intervention (25 000 hommes) : Lieutenant-Général Sir Thomas GRAHAM puis le soir même du 7 octobre : Lieutenant-Général Sir John HOPE

5ème Division du Major-Général Andrew HAY : Sokoburu

1ère Division du Major-Général Kenneth HOWARD + les Portugais du Brigadier-Général WILSON + les Espagnols du Lieutenant-Général Don Manuel  FREYRE : Ispeta – pont de Béhobie – Biriatou et plus en amont.

 

En face, les Français conduits par le Maréchal Jean-de-Dieu SOULT (68 000 hommes) n’opposent en première ligne, dans les ruines du fort de Hendaye, qu’une quarantaine de soldats et, depuis Santiago jusqu’à Béhobie, qu’une petite centaine d’hommes  (2 compagnies du bataillon du 3ème de ligne  de la brigade du général Pierre Armand PINOTEAU).


Les troupes françaises (Division du général Antoine-Louis POPON, baron de MAUCUNE et Brigade PINOTEAU,  4 000 hommes) sont plus fournies sur une ligne de défense, courant sur les premières hauteurs de Hendaye depuis la pointe Sainte-Anne, Sascoenea jusqu’à Biriatou et le mont du Calvaire, en passant le café Républicain (Miguelchoenborda, à l’aplomb du tournant de la N10 après Caminoberri)  et la montagne Louis XIV (à l’aplomb de Béhobie, carrières).

 

Café Républicain (Miguelchoenborda)Café Républicain (Béhobie)Café Républicain (Fontarabie)

       

 

Mais le gros de la troupe (Général Honoré Charles REILLE, 17 000 hommes) stationne bien loin de la frontière, entre Urrugne et Olhette. Il ne se met en marche sur le lieu des combats qu’à 9 h du matin…   Soit un total de 21 000 hommes.

 

C’est dans ces conditions que les Alliés franchissent sans peine la baie et les gués et n’essuient les premiers coups de feu français qu’en mettant le pied sur la rive droite de la Bidassoa.


Très vite, les Français évacuent Hendaye tandis que ceux placés aux avant-postes (PINOTEAU) voient les Alliés progresser très rapidement sur les dunes d’Ondarraitz. Sans vraiment combattre et craignant d’être pris à revers par leur droite, ils abandonnent en grand désordre leurs positions pour se replier d’abord sur la Croix des Bouquets puis, très vite, devant l’avance fulgurante de l’ennemi, à Urrugne.



Le soir du 7 octobre, les Alliés sont maîtres des rives de la Bidassoa et de ses abords immédiats depuis la pointe Sainte-Anne jusqu’à Biriatou. Ils s’arrêtent aux portes d’Urrugne, prêts à attaquer Olhette mais ne tiennent pas encore la Rhune.


Les pertes des Alliés s’élèvent à 1600 hommes dont la moitié est espagnole ; les pertes françaises sont de 1654 hommes dont 524 prisonniers.

Le 8 octobre est calme.

 

Les Français ont perdu la bataille de la Bidassoa.  La faute en revient à SOULT qui n’a pas cru possible la traversée des Alliés si nombreux par les gués de Txingudi et de la Bidassoa. La faute en revient aux troupes devenues incapables. La faute en revient à la conscription qui fait que ces troupes sont en Basses-Pyrénées composées en majorité d’adolescents et d’hommes âgés, dépourvus de formation et d’expérience.

 

Le moral des troupes françaises est au plus bas. Les soldats qui ne sont plus tenus par leurs officiers, n’hésitent pas à piller les habitants d’Urrugne, du château d’Urtubie et, de toutes les fermes alentour. Les troupes manquent de vivres et toutes les nuits les paysans tirent sur nos soldats qui viennent ravager les cultures. Malgré quelques punitions exemplaires ordonnées par  SOULT, comme l’exécution d’un capitaine, chevalier de la Légion d’Honneur, la population n’est plus solidaire de ses compatriotes militaires qui la faisaient souffrir.

 

Il faut dire que de 1807 à 1813, l’axe Bayonne – Hendaye fait, dans les deux sens, l’objet du passage incessant d’innombrables convois d’hommes et de matériels, orchestrées par la gendarmerie impériale dont les riverains ne retiennent que la rudesse, les exigences et les réquisitions…

Vite après la défaite de Vitoria, les exactions commises par les troupes françaises vaincues, épuisées et affamées, se multiplient. Disposées dans un premier temps à un accueil compatissant, les populations sont bien vite refroidies et en viennent à souhaiter l’arrivée des envahisseurs. L’arrivée des Alliés semble moins redoutée que la présence des Français.   WELLINGTON qui très vite perçut cette hostilité des riverains de la Bidassoa à l’encontre de ses propres soldats, ne manqua pas d’en tirer avantage.

 

C’est dans ce contexte qu’il faut lire le récit certainement  légendaire mais, très révélateur, de la posture prêtée à Etienne PELLOT (1765-1856) dans ces temps agités.

 

Comment Hendaye vécut cette terrible journée du 7 octobre 1813 ?

Paradoxalement, Hendaye qui se trouve en première ligne ne souffre pas vraiment de cette monumentale invasion.

Quelques boulets lancés en soutien des troupes franchissant les eaux, lui tombent bien dessus.

 

Mais le gros des Alliés se dirigent vers Santiago et le cours amont de la Bidassoa ; le reste, aborde le territoire français à Sokoburu et ne franchit pratiquement pas les limites de la commune qui, nous le verrons, sont bien plus réduites qu’aujourd’hui.

De plus, la ville n’abrite plus à cette date que 40 familles au maximum et un grand nombre d’entre elles se sont depuis longtemps mises à l’abri en se retirant de Hendaye.

 

Pendant que les Alliés envahissent le Labourd, un Hendayais célèbre  Etienne PELLOT, corsaire réputé, âgé de 48 ans et désormais retiré de la Course - que l’on confond souvent avec son cousin, homonyme, qui est dans le même temps, maire de Hendaye -  serait resté chez lui, en sa maison de Santiago et  aurait vu se présenter WELLINGTON en personne.


De cette entrevue, J. DUVOISIN, nous donne, dans une biographie largement complaisante et admirative, consacrée à notre plus célèbre Hendayais, la version suivante.

 

WELLINGTON demande à PELLOT, déguisé en domestique, où se trouvent l’armée, la douane et les populations. Ce dernier répond que la première s’est réfugiée vers Urrugne, que la deuxième l’a suivi et que les dernières se sont enfuies.

 

L’Anglais demande ensuite où se trouve PELLOT. Celui-ci se présente. Stupéfait et ravi, le général en chef lui propose alors une place dans la marine de sa Majesté. Notre corsaire refuse noblement cette offre mais, en contrepartie, invite l’envahisseur à séjourner à Santiago ou d’en affecter l’usage à un hôpital que PELLOT s’engage à défrayer en bois, luminaire et charpie. Il ajoute ; il aurait ajouté :

 

« Les forces de la France refluent vers son cœur. Ayez de l’humanité envers le peuple et faites observer une justice sévère, si vous ne voulez voir votre armée dévorée par la terre qu’elle foule ».

« Capitaine, répondit WELLINGTON, la Grande-Bretagne ne fait pas la guerre au peuple de France. Je vous autorise à dire aux habitants que leurs vies et leurs propriétés seront respectées et que, s’ils veulent rentrer dans leurs foyers, ils y trouveront protection et sécurité ».


PELLOT put convaincre quelques concitoyens de regagner leurs foyers. Il paraît même qu’il « obtint de la justice du Général en chef de faire exécuter publiquement, sur la place, les pillards et les assassins ».

 

De fait, plusieurs bandes « espagnoles » suivaient régulièrement les troupes anglaises dans leur progression ; commettaient bravement toutes sortes d’atrocités et refusaient de rentrer en Espagne malgré les ordres de WELLINGTON.

 

Finalement, l’hôte de PELLOT, fut le Général HOPE et sa suite jusqu’au 10 novembre 1813. Il semble que ce séjour ne fut pas pour PELLOT des plus agréables et, qu’il se serait vengé en subtilisant par un incroyable système de poulies… le cheval du généralissime au moment de son départ. WELLINGTON paraît-il s’en amusa fort.



2.- Et celle du 23 avril 1793


De fait, si Hendaye n’a pas eu à souffrir de la journée du 7 octobre 1813, c’est que déjà, elle n’est plus qu’une ville morte, assassinée 20 ans plus tôt, le 23 avril 1793.

 

Depuis le 14 juillet 1789, la France inquiète l’Europe. Depuis le 21 janvier 1793, elle est horrifiée à l’annonce de la décapitation de LOUIS XVI. Son cousin, le roi d’Espagne, CHARLES IV, avait bien tenté de négocier l’exil du roi de France avec la Convention. Mais celle-ci, non contente de refuser cette issue favorable, déclare le 7 mars 1793, la guerre à l’Espagne qui relève le gant le 23 mars suivant.

 

Au moment de la déclaration de guerre à l’Espagne, Hendaye est occupée par le 7ème bataillon de la Gironde, comprenant 300 hommes bien instruits, sous les ordres du commandant LABADIE ; ce poste dépend du camp de Hendaye, comprenant 1300 hommes du 20ème régiment de ligne et 700 autres, du régiment Cantabre d’Infanterie légère ; ils font partie de l’armée de 8000 hommes commandée par le Général DUVERGEZ - remplacé le 23 avril par le Général REYNIE (REINIER) -  qui s’appuie , d’une part, sur le fort de Hendaye et, de l’autre, sur les redoutes du Camp Républicain et Louis XIV, au-dessus de Béhobie.

 

Le premier objectif des Espagnols, afin d’occuper les hauteurs qui descendent de la Rhune, est de détruire le fort de Hendaye. Cet objectif semble avoir fait l’objet d’un ordre formel de Madrid qui répondait ainsi à une demande expresse des habitants de Fontarabie qui, depuis plus de trois siècles, supportaient mal et combattaient l’existence même de Hendaye sur la  rive droite de Txingudi.


Le 23 avril, au petit matin, ils ouvrent  le feu avec une telle violence, depuis Fontarabie et des collines qui dominent la place forte sur la rive gauche, qu’au bout de peu de temps, la ville, l’église et le fort ne sont plus qu’un monceau de ruines.


A midi, les Espagnols investissent le fort de Hendaye. Ses occupants, une compagnie de canonniers du régiment de la Gironde, s’enfuient, abandonnant à l’ennemi les munitions de guerre et de bouche qui s’y trouvent en grande quantité : plusieurs mortiers et 12 canons de bronze et de fer. 


Les jours suivant, le bataillon des Pyrénées ou « Chasseurs Basques », et celui de la Gironde, contre attaquent et repoussent les Espagnols au-delà de la frontière. Les jours d’après, les Espagnols reprennent l’offensive, forcent le camp de Sare, entrent dans Urrugne et occupent Saint-Jean de Luz.

 

Le 31 mai, un détachement espagnol, venu de Béhobie, occupe Hendaye qu’il achève d’anéantir en y mettant le feu. C’est que les Espagnols font une guerre nouvelle, une guerre « sale ». Leurs « compagnies de voleurs », armées de torches et d’armes blanches, sont organisées pour s’engouffrer dans les villes bombardées ; pour piller, incendier, violer et égorger les hommes, les femmes et les enfants.

 

Le 22 juin, le Général SERVAN, ayant repoussé l’ennemi jusqu’à la Bidassoa, le déloge de la redoute Louis XIV, de Biriatou et des collines boisées qui surplombent Hendaye, l’obligeant à repasser en désordre la Bidassoa.


Le général, écrivant à la Convention la relation de cette opération, indique alors : « On ne saurait trop se louer du zèle, des services et de la bravoure des citoyens LARROUY et DALBARRADE, l’un et l’autre de Andaye ; ils avaient bien voulu s’offrir pour servir de guide aux colonnes de droite et de gauche, et ils combattirent avec une grande valeur ». A la suite de cette action, un détachement de 50 légionnaires des Montagnes et de 10 dragons, s’avancent jusqu’à Hendaye provoquant une ultime et bien inutile canonnade de Fontarabie sur Hendaye.

Les deux armées, aussi mal organisées et équipées l’une que l’autre, les Espagnols ayant toutefois la supériorité du nombre et de l’artillerie, se tiennent durant plusieurs mois en respect.

 

En août 1793, les Français désormais commandés par le Général LABOURDONNAY, remplaçant SERVAN destitué, attaquent plusieurs fois sans succès. Ils reculent même jusqu’à Urrugne, puis jusqu’à Sare et Saint-Pée. Le mois suivant, ayant renforcé leur droite, ils obligent l’ennemi à repasser la Bidassoa et occupent les collines descendant de la Croix des Bouquets jusqu’à la mer. Ce camp, qui s’étend sur les coteaux dominant Hendaye et les lignes espagnoles, jusqu’à la chapelle Sainte-Anne, est appelé alors le Camp des Sans-Culottes que les espagnols préfèrent identifier comme la « nouvelle Hendaye ».

 

En 1794, une nouvelle attaque française contre la Croix des Bouquets réussit à bousculer les Espagnols, commandés par le Général CARO en personne, qui, une fois de plus, se replient au-delà de la Bidassoa. A la suite de cette dernière déconvenue, le Général CARO est destitué. Il est remplacé par le Comte de COLOMERA, un vieillard sans véritable expérience militaire.

 

La situation change d’aspect lorsque le Général MULLER, disposant de troupes désormais mieux préparées et profitant de l’organisation défectueuse  du front espagnol, engage le 25 juillet 1794, une opération d’envergure qui permet aux troupes françaises de franchir la Bidassoa, de devenir maître de la vallée du Bastan, de Vera, de Lesaca et, en contournant par le Sud-Ouest les Trois-Couronnes de prendre à revers San Marcial pour finalement s’emparer d’Irun.


Le 1er août, le représentant du peuple GARRAN et le capitaine LAMARQUE avec 300 hommes, prirent par surprise Fontarabie défendue par une garnison de 800 hommes, en bloquant cette place forte, par mer, à l’aide d’une flotte improvisée et en menaçant de passer la garnison par les armes. 2000 prisonniers, 200 canons, 10000 fusils, 30 chaloupes de pêche, une canonnière, furent le butin de cette prise.

 

Le 15 septembre 1794, Il est décidé de détruire les murailles de Fontarabie au motif que : « Ce sera une faible expiation des horreurs commises par les Espagnols fugitifs et vaincus sur notre territoire et surtout à Hendaye, qui n’est qu’un monceau de ruines ». L’ouvrage est colossal. Il dure près d’un an et ne s’arrête qu’à la faveur du traité de Bâle en 1795. Totalement dépouillée ou presque, notre fière et ombrageuse voisine perd définitivement toute sa superbe et se trouve réduite à n’être désormais qu’un mélancolique lieu touristique.

  

MONCEY, nommé le 17 août commandant en chef en remplacement du Général MULLER, s’empare de Saint-Sébastien, de Tolosa et envahit les provinces basques jusqu’à Ondarroa, Elgoïbar, Vitoria et prit le camp retranché d’Eibar qui abritait un immense parc de matériel de guerre.

 

En mars 1795, alors qu’il s’apprête à investir Pampelune, MONCEY reçoit à Saint-Sébastien la visite d’un très étonnant visiteur. Un Hendayais, Simon d’ARAGORRY, marquis d’Iranda (Irandatz), se présente, porteur d’une lettre du roi d’Espagne comme chargé de négocier la paix. Certains prétendent alors que le but inavoué de cette visite était, pour cet émigré, appartenant désormais à la noblesse de Castille et jouissant d’une immense fortune à Madrid, de récupérer ses propriétés de Hendaye et de Subernoa qui lui avaient été confisquées par la Révolution. Cette suspicion à l’égard d’un vieillard de 72 ans ne résiste pas à sa renommée faite de franchise, de droiture et d’expérience, en affaires comme en politique. Le 11  juin 1795, il rencontre à Bayonne le représentant du peuple MEILLAN qu’il connaît depuis le temps où tous deux séjournaient en Pays Basque.


Le 22 juillet, le traité de Bâle est signé ; la paix est revenue et … c’est un Hendayais qui en fut le premier émissaire !!!


Si la paix est revenue, les dommages sont énormes. Hendaye est anéanti : un bon nombre de ses habitants sont morts – on ignore exactement combien – mais tous les autres, blessés ou saufs, se sont enfuis ; le prieuré de Santiago est entièrement détruit, l’église est ruinée, presque toutes les maisons du bourg sont réduites en cendres. Le fort, la seule défense,  la seule garantie de la liberté de circulation, de commerce et de pêche des Hendayais, est rasé.

 

 

 Caneta (1865) Caneta (1880) Ruines 1793... 2013 R(Ibaï Alde, Caneta)
 

 

 

 Hendaye : 1793... 1820 Fontarabie : 1793... 1820 Irun : 1793... 1820

 


 




A vrai dire, depuis l’arrivée de son premier peuplement au milieu du XVème siècle, Hendaye a toujours essayé de disposer d’un ouvrage défensif afin de protéger ses marins dans la baie. Le fort détruit en 1793, était le troisième du genre. Son existence fut brève. A peine plus d’un siècle.


 

 

La première de ces défenses date de 1455 et prend la forme d’une tour, qui reçoit le nom de tour MUNJUNITO, nom de son principal financeur. Cette réalisation résulte en effet, d’une initiative privée pour laquelle les fonds nécessaires ne sont apportés que par quelques familles hendayaises. Nous n’en connaissons pas l’emplacement exact. Il semble que cette tour ait été édifiée aux abords du port et, plus précisément, sur l’emprise primitive de la gare, non loin de la fontaine et de l’ancien lavoir de Caneta. Quoi qu’il en soit, son existence est éphémère. Dès 1458, elle est détruite par les gens de Fontarabie. Elle sera reconstruite mais, en 1512, l’Espagne dévaste le Labourd et incendie Saint-Jean-de-Luz. Au cours de cette invasion, les Anglais, alliés du Duc d’Albe, dévastent Hendaye et détruisent la « tour du port ». Une carte de 1638, retraçant la prise de Fontarabie par le Prince de CONDE,  la signale comme étant en ruine. 



En 1618, le Comte de GRAMONT est nommé par le Roi, gouverneur d’une nouvelle tour qui reste à construire à Hendaye. La municipalité de Bayonne qui tient par-dessus tout à conserver le monopole du commerce maritime,  voit d’un mauvais œil la sécurisation, au bénéfice de Hendaye, de la navigation dans la baie de Txingudi. Elle remue ciel et terre pour empêcher ce projet. Le Roi et le Comte passent outre. Le 15 juillet 1618, l’ingénieur du roi, Jacques ALLEAUMES, choisit un nouvel emplacement pour cet ouvrage défensif qui se trouve désormais situé au nord du port et à l’ouest du quartier de l’église ; en un mot, à l’emplacement de notre actuel monument aux morts et donc du dernier fort détruit en 1793. On lui donne le nom de tour BONNIVET.  L’Amiral BONNIVET avait été chargé par FRANCOIS 1er de conduire une armée en Navarre pour soutenir les prétentions des ALBRET contre la Couronne d’ARAGON. BONNIVET en revint plein de gloire après la prise de Fontarabie, le 19 octobre 1521.


Le 25 mai 1663, COLBERT constatant que les Hendayais ne peuvent continuer à subir les prétentions de Fontarabie en matière de propriété et de jouissance exclusive de Txingudi, décide : « de restablir une tour qui estoit autrefois au bourg de Hendaye, pour la seureté de la navigation  de la rivière Bidassoa contre les habitants de Fontarabie, ….. de lever le plan de cette tour, … .. soit pour la rétablir, soit pour construire d’autres ouvrages ….. ». Un mois plus tard, le Roi accepte les plans et devis du Sieur POUPART, ingénieur, et les travaux s’engagent. Dès 1664, la tour BONNIVET est renforcée dans un but plus offensif que défensif. L’ouvrage  présente désormais l’aspect d’un château-donjon, doté de canons et servi par une garnison royale composée de 30 hommes, des vétérans et des invalides pour la plupart. Son édification sera achevée en 1666. En 1680, deux nouvelles tourelles viennent compléter son équipement. Cette tour BONNIVET, véritable fortin, même dans sa forme première, est également indiquée sur la carte de 1638 déjà citée.

 

En 1681, LOUIS XIV ordonne la création immédiate d’une redoute mieux équipée. VAUBAN envoie pour ce faire un de ses élèves, l’ingénieur de VIGNY. Celui-ci prend le parti de remanier profondément le fortin existant en appliquant les préceptes de son maître. En 1683, puis en 1685, VAUBAN visite Hendaye  qui, selon le bon vouloir de la Régente Anne d’Autriche, est devenue en 1654, une paroisse à part entière gérée par un Maire-abbé et 4 jurats. Achevé en 1686, le fort, celui-là même qui sera rasé en 1793, a fière allure, ses canons et mortiers servis par une centaine d’hommes, sont pointés sur Fontarabie, distante de 800 mètres.


En 1693, VAUBAN inspecte l’édifice et profite de son passage dans la région pour commander la construction de la redoute Louis XIV. En 1780, le Comte de GUIBERT, à l’occasion d’une nouvelle inspection, constate que le fort de Hendaye est  encore bien entretenu.







                                                                                                                        

                                                   1730                                                                      1790




Le Fort de 1780














 


Le Fort en 1793














                                                                                          

Le Fort en 2013




















                                                                                       



Le Fort en 2013




Après sa destruction, le fort tomba dans l’oubli. Le 23 février 1853, ses ruines et les 3 hectares du terrain militaire attenant, sont remis au Domaine qui, le 19 septembre 1869, les vend aux enchères et en obtient 26.050 Francs. L’acquéreur est un Parisien, Monsieur PASCAULT, propriétaire à Paris. Avant la vente, de nombreuses pierres avaient été prélevées ; entre autres, pour la construction en 1864, de la nouvelle mairie (aujourd’hui l’ancienne), place de la République.






 

          Le Fort de 1793

 




  


3.- et Hendaye et les Hendayais …


C’est à partir de la deuxième moitié du XVème siècle que le petit promontoire situé aux confins du territoire d’Urrugne, face à l’ombrageuse et très royale ville de Fontarabie, établie 250 ans plus tôt, commence à se peupler durablement. Le lieu-dit s’appelle Andaye.

Il n’a pas d’existence propre et dépend entièrement du bon vouloir d’Urrugne  auquel il appartient et, qui le lui fera savoir des siècles durant…

Son émancipation débute par… l’édification d’une église.


A la fin du XVIème siècle, le 25 mai 1598, ses habitants obtiennent satisfaction pour une demande exprimée le 26 novembre 1563 : le droit d’édifier une chapelle, une grande chapelle…, en fait, notre actuelle église Saint-Vincent. Celle-ci sera achevée en 1617 et, nous le savons, sérieusement dégradée par le bombardement de 1793.


Ce que l’on sait moins, c’est qu’entre 1793 et 1807, date à laquelle l’église Saint-Vincent est rendue au culte, une chapelle provisoire dite « Capera » est édifiée, à toute proximité, à l’emplacement de l’ancienne mairie. En 1827, cette chapelle est abandonnée. Elle fut un temps louée à Etienne HIRIBARREN à la condition qu’il y entretienne une …prison ! En 1862, elle est détruite pour la construction de la mairie.  



                          

 

 

 

 

 

  Territoires Hendayais 1654-1896

 

En 1646, la « chapelle » Saint-Vincent devient paroisse et en 1654, cette paroisse conquiert son autonomie en devenant une communauté indépendante avec un Maire-abbé et 4 jurats. Mais quelle paroisse …, un grand jardin. A peine 33 hectares dont  la majeure partie se trouve aux Joncaux reçus, en 1629, des mains de LOUIS XIII en récompense de la bravoure des Hendayais lors du siège de l’île de Ré. Imaginez les limites du bourg : du Nord au Sud, depuis le pont de Belcenia jusqu’à une ligne courant du haut de la rue de la Libération à l’entrée du nouveau pont du chemin de fer ; d’Est en Ouest, du passage à niveau du Bas-Quartier à Caneta. Ouristi, Aizpurdi, Inda, Irandatz, Otax, et Santiago n’appartiennent pas à cette minuscule paroisse.



Hendaye devra attendre plus de 200 ans avant de s’agrandir.  En 1867, une petite partie des quartiers de Subernoa et de Santiago, un large croissant encerclant Hendaye, de la Bidassoa à Sokoburu, en passant par la pointe Sainte-Anne, lui est attribué. L’annexion est d’importance, Hendaye recouvre tous les domaines agricoles dont les propriétaires (Aïzpurdi, Ondaraltxu mais plus encore Aragorry et Galbarrette ...) conduisaient de fait depuis longtemps toute la vie politique et économique de la petite cité. Sa superficie est désormais de 268 hectares.

 

C’est en 1896, que le restant de ces quartiers est annexé par Hendaye, lui conférant son territoire actuel de près de 800 hectares.




    

 

 

 

 

 

 

Territoires Hendayais 1654-1896    




Depuis sa création comme en 1793, comme en 1813, Hendaye est exiguë. Son espace se résume à une grosse butte couronnée de l’église et à ses flancs qui plongent dans Txingudi (Caneta) ou dans le Bas-Quartier (Belcenia). A l’évidence, cette exiguïté résulte d’une volonté délibérée des propriétaires « urrugnars » qui l’encerclent, de ne pas perdre la moindre parcelle de terres exploitables, aucun labour, aucune prairie. Cette exiguïté traduit aussi la ferme intention politique d’assigner comme seuls objectifs à ce peuplement, pas vraiment désiré et souvent étranger : le commerce, la pêche et, bien plus tard, la course.

Malgré un relief peu favorable, le bourg s’organise d’emblée comme une « bastide », très classiquement structurée par un axe de circulation transfixiant.


                  

 

 

                                 

   1775




Pour Hendaye, le tracé de cet axe fondamental débute avec le chemin d’Urrugne qui descend du quartier de la ferme Laparca, longe le domaine de Biantenia et entre dans le bourg par l’actuelle rue de Subernoa, remonte par celle du Cdt Passicot et redescend par la rue de la Fontaine pour, très vite, quitter les limites de la paroisse, à hauteur de l’entrée du « nouveau pont », à proximité de la fontaine de Caneta.

Cette voie servit longtemps au passage des pèlerins qui, empruntant la voie jacobite littorale, regagnaient ensuite le pas de Santiago et Priorenia.




            

 

 

 

 

Cadastre napoléonien (1831)   

 


Autour de cet axe structurant, 3 autres voies secondaires complètent le plan de circulation de Hendaye : la rue du Port, la rue de la Liberté et, reliant les allées d’Irandatz au glacis du fort, une voie transversale passant devant le porche de l’église Saint-Vincent.


De cette exiguïté, de ce tracé des voies de circulation, découle la forme retenue pour l’habitat. D’une manière générale, chaque maison présente une façade en bordure des voies et se réserve à l’arrière, un espace aménagé en jardin-potager.




 

 

 

 

 

 

 

   1867

 

Le plus étonnant, est que les terribles destructions de 1793 n’ont pas conduit les Hendayais à modifier leur plan d’urbanisme. La seule modification d’importance, mis à part la tranchée du chemin de fer (1863), le pont de Belcenia (1892) et la construction des 2 ponts qui l’enjambent (1863 et 1923), a trait à la place de la République. Vers 1860, le futur propriétaire de la meilleure auberge de Hendaye, Martin IMATZ, menuisier, fait détruire 2 maisons sinistrées depuis 1813, pour y construire son établissement (plus tard hôtel puis immeuble Imatz). Il dégage ce faisant, un assez vaste espace que la municipalité aménagera dans un premier temps, comme terrain de blaid qui 20 ans plus tard, deviendra la place de la République.


Le nombre des maisons du bourg suivit les événements de l’histoire. En 1450, on en dénombre 40 ; à la fin du XVIème siècle, près de 200… et, à la fin du siècle suivant et durant tout le XVIIIème siècle : 100 à 150. Moins d’une dizaine résistent aux bombardements de 1793. En 1830, soit bien après les événements de 1793 et 1813, on ne recense encore que 70 maisons habitables.

 

Le nombre des habitants connaît les mêmes évolutions. Entre 1650 et 1718, leur nombre varie de 1000 à 1500. Mais en 1796, ils ne seront que …27 à peupler un champ de ruines ; en 1813, ils seront guère plus nombreux : 50. En 1820 : 332 ; mais en 1867, après l’arrivée du chemin de fer et …l’annexion d’une partie de Subernoa : 918. En 1896, au terme de l’obtention de son territoire actuel, Hendaye compte 2100 habitants.


 

 

                          

 

Maison Ducasse (1803-2013) Rue  de la Fontaine

                                                                                                                      















 


L’activité première des Hendayais fut, depuis l’origine du bourg, le commerce. A de rares exceptions près, ceux-ci ne se tournent vers la mer, la pêche lointaine (morue, baleine) et la Course qu’à partir du XVIIème siècle. D’abord, les hommes, les plus jeunes d’entre eux, embarquent sur les navires luziens, le plus souvent comme harponneurs. Mais dès la fin du XVIIème, ils embarquent majoritairement sur des navires armés par des Hendayais ou des armateurs du quartier de Subernoa. Durant cette période trois Hendayais s’adonnèrent à la traite d’esclaves : Jean CROISIC (1693-1731), fils du grand Joannis de SUHIGARAYCHIPY, Pierre d’AMESPIL (1738-1769) et Louis DALBARADE (1758-1791), frère de l’Amiral-Ministre. L’excellence des marins hendayais s’affirme tout autant dans la chasse à la baleine que dans les aventures de la Course. Dès 1644, ils se dotent d’une confrérie, ou société de secours mutuel  et bâtissent sur les dunes, la chapelle Sainte-Anne. La fin de la première moitié du XVIIIème siècle marquera celle de l’âge d’or de l’armement hendayais, de ses chantiers navals (ARAGORRY, GALBARETTE) et de son école d’hydrographie (Eskola-handi) créée en 1735, par le père de Jean DALBARADE, futur Amiral et ministre de la Marine. En revanche, la pêche côtière (ligne et filet) et  l’exploitation de la baie de Txingudi et de la Bidassoa avec, en particulier, l’entretien de nasses à saumons et de parcs à huîtres, a toujours participé de la ressource alimentaire de la population hendayaise. C’est cette activité de proximité qui valut à Hendaye d’être, durant près de 200 ans, la victime des prétentions hégémoniques et des expéditions souvent meurtrières de Fontarabie. En 1697, on recense à Hendaye : 112 marins dont 6 capitaines et 60 matelots, soit un peu plus de 8 % de la population.

                                                                                                                    


1803
Acte de mariage
de Jean SALLABERRY
et 
Magdelaine DUHART

par Martin BIDART,
maire de Hendaye
 
en présence de :
Jean DALBARADE (1743),

60 ans, ex ministre de la marine et amiral de la République


Etienne DURRUTY, 30 ans (futur maire, 1826 puis 1842)


Etienne PELLOT (1758),

45 ans, navigateur (futur maire, 1815)
 de Hendaye


Joseph LABROUCHE (1769), 34 ans, négociant (né à Hendaye…et futur maire
de Saint-Jean-de-Luz)
 




Ceci étant, le commerce demeure l’activité principale des Hendayais. La frontière fait d’eux, pour la plupart, des transitaires. Les marchandises transitées sont diverses et variées : saumon, huile, morue, jambon, réglisse, quincaillerie, mercerie et tabac. Vers 1650, les Hendayais ajoutent à ces marchandises : le papier, les toiles de Reims et de Bretagne, les draps de Ségovie, le cuir de Cordoue, etc. Ils transportent habituellement à Bayonne les marchandises d’Espagne et en rapportent celles destinées à ce pays. Le trafic semble avoir été d’importance puisque Hendaye dispose sur place d’un bureau des douanes percevant les droits d’entrée et de sortie du royaume, dits « droits de Coutume ». Ce trafic se fait essentiellement à l’aide de muletiers mais le trafic maritime n’est pas négligeable. Des pinasses de 20 à 70 tonneaux,  font le petit cabotage entre Hendaye, Bayonne, Bilbao, jusqu’à La Rochelle et Rouen.


A partir de 1783, Hendaye est autorisé à tenir marché, tous les samedis, ainsi qu’une foire annuelle.

Le commerce local est animé par de nombreux artisans tenant échoppes et boutiques sur la rue de Subernoa, la rue de la Fontaine et la grande rue (future rue du Port). Des bouchers : Pierre DILHAREGUY (1676), J. de HARISPE (1692) ; des cordonniers : Betry DURRUTY (1662), Raymond de HARANS, Auger DANCIOT (1692), Bernard LARRAMENDY (1782) ; des maçons : Martin DARIAGUE, Joanes d’ETCHEVERRY (1692) ;  un droguiste : d’IRANDATZ (1750), etc..


En 1692, un chirurgien, Pierre LAFARGUE, exerce dans le bourg. En 1782, la communauté passe contrat avec Pierre PASSEMENT, maître chirurgien. Elle paie celui-ci 210 livres par an, pour s’établir à Hendaye et s’engager à soigner gratuitement, durant 9 ans, tous les Hendayais malades ou blessés accidentellement, à l’exclusion des suites de rixe qui feront comme les accouchements, l’objet d’une rétribution supplémentaire.

Quelques activités artisanales semblent avoir pris une dimension industrielle : le chocolat, fabriqué par un descendant de Dominique d’IRANDATZ ; ce dernier s’étant engagé dans la production de la fameuse eau-de-vie de Hendaye.

 

Cette liqueur improprement appelée eau-de-vie ne semble pas antérieure à la toute fin du XVIIème siècle. Elle est le fruit d’une deuxième distillation de marc de raisins rouges ou blancs en présence de fenouil qui, par la suite, est mélangé à du sirop de sucre. Sa renommée à partir de 1750, vient de son exportation massive dans les colonies des Amériques et des Antilles et de sa présence fréquente sur les tables du Roi et de la grande bourgeoisie. Ce que l’on ignore, c’est qu’en 1701, on en trouve plus à Hendaye car sa fabrication est très vite localisée à … Bayonne ; de sorte que déjà certain voyageur se plaint que : « Andaye vend chaque année, de son crû, plus d’eau-de-vie qu’il n’en fait en dix ans ». De fait, nos raffineurs hendayais : Pierre DOTTACE, Martin de GALBARETTE, Dominique D'IRANDATZ et d’autres encore, installent en 1705, leurs fourneaux dans la capitale labourdine : rue Gosse, rue Bourg-Neuf, rue des Cordeliers ou rue Mayou. Leur objectif n’est que financier car en s’installant à Bayonne, ils échappent à plusieurs taxes fiscales. Pour autant, Hendaye n’en reste pas moins un centre réputé du commerce des eaux-de-vie jusqu’à la fin du XVIIIème siècle et tenait une foire renommée pour cet article. C’est finalement en 1857, que Paulin BARBIER rapatria à Hendaye, dans la maison Margoenia, près de la gare de Hendaye Plage, la fabrication de son eau-de-vie éponyme. Mais, pour peu de temps, car moins de 50 ans plus tard, la fabrication de « La véritable liqueur d’Hendaye » redevient Bayonnaise. Depuis 1998, son nouveau propriétaire, Rémy COINTREAU,  ne la prépare plus que dans la région d’Angers. 



CONCLUSION

 

La destinée de Hendaye est singulière, son origine ne l’est pas moins. 

On doit bien convenir que l’existence de Hendaye est étroitement liée à la fin de la guerre de Cent Ans. Débarrassé de la présence anglaise, le royaume de France perçoit très vite tous les avantages à disposer d’un poste frontière qui a la chance de se trouver très exactement situé à l’intersection de deux lignes fondamentales : la ligne frontière et l’axe de communication le plus favorable pour relier Paris à Madrid.


                                                                        

 

 

 

 

 

 

 

Hendaye en 1881    


A n’en pas douter, la création de Hendaye résulte d’une volonté éminemment politique dont les objectifs premiers sont économiques et fiscaux. On comprend dès lors qu’Urrugne ne fut pas en mesure de s’opposer à pareille intention royale.


C’est ainsi que Hendaye, création artificielle, extraite du monde rural, se trouve très vite peuplée majoritairement de commerçants, plus exactement de transitaires, le plus souvent étrangers. C’est de ce peuplement si particulier que Hendaye tient l’originalité de ses rapports avec la basquitude. Sa légitimité à appartenir à la culture basque a toujours dû composer avec les réalités d’une population exogène. C’est encore vrai aujourd’hui !  


Bâtie à la façon d’une « bastide », Hendaye figure dès lors en ce coin de Labourd, comme un comptoir commercial disposant des privilèges fiscaux qui caractérisent ce type d’implantation.

On comprend dans ces conditions, l’animosité constante de Saint-Jean de Luz et même, nous l’avons vu, de Bayonne, à l’égard de Hendaye, perçue comme une rivale. Pour autant, cette animosité fut toujours vaine, tant il est vrai que depuis la fin de la guerre de Cent-Ans jusqu’à la fin du Second Empire et, même au-delà, Hendaye, toujours, bénéficia du soutien efficace et intéressé de l’Etat français. A ce titre, Hendaye ne peut qu’être reconnaissant de la bienveillance de la Régente Anne d’Autriche, de LOUIS XIII, de LOUIS XIV, de NAPOLEON III et même de Félix FAURE.


Ceci étant, l’environnement immédiat de Hendaye, c’est-à-dire, les grands propriétaires terriens qui l’entourent, qui l’encerclent, savent tirer parti de ce voisin si différent. Très tôt, ils sauront s’imposer comme les principaux bailleurs de fonds de bien des entreprises commerciales, toujours avides de capitaux, qui forment l’activité principale de Hendaye. Bien vite, ces grandes familles s’impliqueront directement dans ces activités. Disposant d’une aisance confortable, elles donnent à leur descendance les moyens de faire fortune dans le négoce international et la Course. Très tôt également, elles s’assureront le pouvoir, en prenant soin de maîtriser la vie de la communauté, en monopolisant les postes de Maire-abbé et de jurats (ARAGORRY, GALBARETTE).


Ainsi, à la veille de la Révolution, Hendaye est un bourg de dimension modeste mais très animé, riche de la diversité de ses habitants et de celle de ses activités commerciales et maritimes. Un petite ville dont le quotidien est rythmé par le passage fréquents des muletiers, des pataches et des carrosses tout autant que des mouvements portuaires.


A coup sûr, la période 1793-1813, fut la plus noire que Hendaye a eu à connaître. Au terme de 20 années de détresse et de misère, Hendaye ne sera jamais plus la même.

Il lui faudra attendre 1864 et l’arrivée du chemin de fer pour recouvrer une vie normale.

                                                                                 

 

 

 

Hendaye en 1881  



 


Une vie bien différente… Des ambitions nouvelles... Une autre histoire….

Une bonne occasion … pour convenir d’un prochain rendez-vous avec Oroïtza !!