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Histoire du Monument aux Morts de

Hendaye

par Pierre Ghigliazza et Robert Harté


Novembre 2012


 

 

SOMMAIRE


                             Un projet dessinĂ©  dĂšs dĂ©cembre 1918

                             Une dĂ©cision en mai 1919
                                  
 remise en cause aprĂšs les Ă©lections municipales de dĂ©cembre 1919 

                                  
 et un nouveau projet lancĂ© en 1920 qui aboutira
                             L'emplacement choisi
                             Le financement du projet
                             Les commandes et les travaux
                             Une attention particuliĂšre portĂ©e au groupe sculptural en bronze
                             La polĂ©mique sur la signature des architectes
                             L'inauguration du Monument eut lieu le dimanche 18 dĂ©cembre 1921
                             Les 98 noms inscrits sur le Monument aux morts de la Grande Guerre
                             AprĂšs l'inauguration du Monument
                             Une commĂ©moration toute particuliĂšre en 1936
                             Une extension du monument aprĂšs la Seconde Guerre Mondiale
                             Erection d’une stĂšle “Croix de Lorraine”
                             IntĂ©gration du jardin de la villa Apollonie Ă  l’espace vert du Monument
                             Le Monument aux Morts aujourd’hui

    


 

 


Histoire du Monument aux Morts de Hendaye

 

Le dimanche 2 aoĂ»t 1914, la France dĂ©crĂšte la mobilisation gĂ©nĂ©rale. À quatre heures de l'aprĂšs-midi, tous les clochers de France font entendre le sinistre tocsin. C’est le dĂ©but de ce que l’on appellera “La Grande Guerre”.


« Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de terre

et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux,

voitures et harnais nécessaires au complément de ces armées »



Pour la premiĂšre fois depuis la RĂ©volution et l’Empire, la guerre devient une affaire de masse impliquant chaque citoyen dans la dĂ©fense du territoire. Plusieurs millions de conscrits de 1914 Ă  1918 viennent ainsi rejoindre leurs aĂźnĂ©s de l’armĂ©e de rĂ©serve, de l’armĂ©e territoriale et de la rĂ©serve de l’armĂ©e territoriale.*
 
Comme tous français, les Hendayais sont appelĂ©s sous les drapeaux. Ils combattront sur plusieurs terrains d’opĂ©rations, en Alsace, dans la Marne, dans la Somme, Ă  Charleroi, Ă  Verdun, etc. Beaucoup d’entre eux ne reviendront pas au pays.

Conscrits hendayais de 14-18 * 


Cette guerre qui Ă©clate Ă  l’étĂ© 1914 devait ĂȘtre courte selon les Ă©tats-majors, Ă  tel point que les soldats pensaient ĂȘtre rentrĂ©s chez eux pour la NoĂ«l. Mais elle va durer plus de quatre ans.


La PremiĂšre Guerre mondiale s’achĂšve par l’Armistice du 11 novembre 1918. La France compte et pleure ses morts. C’est le temps du recueillement. Chaque ville pense Ă  Ă©riger un monument commĂ©moratif de ses enfants morts pour la Patrie. Hendaye rĂ©alisera elle aussi son monument.

Un projet dessiné dÚs décembre 1918

 

Une lettre du 7 dĂ©cembre 1918, adressĂ©e Ă  “Mon cher oncle”, prĂ©sente une conception de monument Ă  Hendaye :
 â€œâ€Š. Le piĂ©destal a une base de 2 m au carrĂ©, une hauteur de 1m58 surmontĂ© d'une colonne brisĂ©e de 0m44 de diamĂštre et 1m70 de hauteur, ce qui donne une hauteur de 3m28 au monument. Le monument repose sur un plan en pierre de 4m90 au carrĂ© entourĂ© sur 4 cĂŽtĂ©s d'une clĂŽture avec bornes en pierre reliĂ©es de chaĂźnes en bronze par exemple
. L'idĂ©e du monument, c'est la colonne qui reprĂ©sente l'espoir brisĂ© et la palme qui est adossĂ©e reprĂ©sente l'offrande du pays matĂ©rialisant la reconnaissance et si on peut dire la rĂ©compense du suprĂȘme sacrifice 
. Plus bas le "A nos morts glorieux 14-18" est entourĂ© du rameau d'olivier tenu par des cornes d'abondance d'oĂč sortent des lauriers qui font une ceinture au monument. Sur 3 autres faces, 3 plaques oĂč sont les 80 noms. Le monument n'Ă©tant pas trĂšs grand, je me demande s'il ne serait pas un peu mesquin sur la place. Dans ce cas, est-ce qu'il ne pourrait pas avoir une place d'honneur au milieu du cimetiĂšre. Ce ne serait pas la 1ere fois que ça se serait fait .
” [1]

 

Aucune suite ne fut donnée à ce projet dont le concepteur et le destinataire restÚrent anonymes.




Projet du 7 dĂ©cembre 1918, peut-ĂȘtre destinĂ© Ă  la place de la RĂ©publique



Une dĂ©cision en mai 1919 
. 

 

Dans une SĂ©ance extraordinaire du Conseil municipal de Hendaye, le 15 mai 1919, sous la prĂ©sidence du maire [2], le docteur Ferdinand Camino*, le Conseil  a examinĂ© “les plans d'un monument Ă  Ă©lever sur l'une des places publiques de Hendaye, en souvenir des enfants de la ville morts pour la Patrie et en commĂ©moration de la grande victoire remportĂ©e par la France au nom du Droit, de la Justice et de la LibertĂ©â€, dressĂ©s par Edmond Durandeau*, architecte de la ville et le cĂ©lĂšbre peintre espagnol Ignacio Zuloaga*.
 
Ignacio Zuloaga, aprĂšs deux voyages d'Ă©tude Ă  Hendaye, a Ă©mis l'avis suivant :“La grandeur du souvenir, la beautĂ© du site, la piĂ©tĂ© de l'objet, s'harmoniseraient mal avec l'Ă©rection d'un groupe sculptural isolĂ©, si patriotique ou triomphal qu'il fĂ»t. Le peuple basque, vivant au milieu de deux grandes perspectives, la montagne et la mer, s'est rencontrĂ© de toute antiquitĂ© avec les Grecs et les Romains pour rechercher, dans l'Ă©rection de petits sanctuaires appelĂ©s ermitas, la consĂ©cration de souvenirs de piĂ©tĂ© et de gloire de sa vie publique”. [3]
  

  



Portrait de Ignacio Zuloaga en 1925


FidĂšle Ă  ses traditions, Ignacio Zuloaga a conseillĂ© la construction d'un bĂątiment imitĂ© des ermitas basques dans lequel serait placĂ© un bas-relief en cĂ©ramique, de sa composition, dont il s’offre Ă  doter la ville de Hendaye au prix coĂ»tant de sa facture. Ce bĂątiment serait, dans la pensĂ©e du grand maĂźtre, la synthĂšse de deux grandes idĂ©es : la frĂ©quentation du peuple dans le sanctuaire du souvenir.
 
Edmond Durandeau s'est mis à l'oeuvre et aprÚs un voyage aux ermitas espagnoles de Biscaye, a soumis plans et devis à l'assemblée municipale.
 
Qui plus est, Bernard Haramboure, l'un des plus importants entrepreneurs de la ville, dĂ©mobilisĂ© aprĂšs cinq annĂ©es de front en premiĂšre ligne, prĂ©sentait une offre en son nom et en celui d'un groupe d'ouvriers, tous poilus dĂ©mobilisĂ©s, pour la construction amiable de ce monument aux prix et conditions du devis d’Edmond Durandeau.
 
Le Conseil vota Ă  l’unanimitĂ© la construction de ce Monument qui devait coĂ»ter environ 45 000 francs, et ĂȘtre financĂ© par une souscription (22 000 frs), le reliquat des Ɠuvres de guerre (7 000 frs) et les boni au ravitaillement (16 000 frs), et donc sans faire appel aux finances de la ville.
 
... remise en cause aprĂšs les Ă©lections municipales de dĂ©cembre 1919 ... 

 

Élu maire le 19 mai 1912, Ferdinand Camino est en fin de mandat. Les Ă©lections de l’annĂ©e 1919 verront s’installer un nouveau Conseil municipal qui Ă©lira Jean Choubac* maire de Hendaye, le 10 dĂ©cembre 1919. [4]
 
Le dossier d’érection d’un Monument aux morts fut alors rĂ©ouvert.
On Ă©voqua
un premier projet de monument mesurant 36 mĂštres de long sur 14 mĂštres de large et comportant dans toute son Ă©tendue, au sous-sol, une salle de rĂ©unions publiques, qui n'avait pu ĂȘtre acceptĂ© par le Conseil Municipal nouveau, Ă  cause de son Ă©tendue, de sa forme bizarre, et surtout de l'impossibilitĂ© de lui trouver un emplacement suffisant.
 
Si un comitĂ© avait bien Ă©tĂ© formĂ© pour rechercher les moyens d’aboutir par voie de souscriptions, dons, boni au ravitaillement ou fĂȘtes, pour faire face Ă  la dĂ©pense de 45 000 frs, il s’avĂ©ra que le vote de ce budget avait eu lieu indĂ©pendamment de toute dĂ©cision de celui-ci sur l’emplacement, la forme du projet et le montant du devis. Par ailleurs, la hausse des matĂ©riaux et des salaires n’avait pas Ă©tĂ© anticipĂ©e.
 
La nouvelle municipalité,
“ne sachant pas exactement quel emplacement communal pouvait ĂȘtre rĂ©servĂ© Ă  ce projet de monument, mesurant 36 mĂštres de longueur sur 14 mĂštres de largeur et peu favorable Ă  la pensĂ©e qui l'avait conçu, Ă©carta ce projet bizarre, oĂč le culte du souvenir de nos grands Morts se serait constamment heurtĂ© Ă  des manifestations” * . [5]
 
AcceptĂ© dans un premier temps, le projet d’Edmond Durandeau et d’Ignacio Zuloaga fut donc abandonnĂ©.
 

 â€Š et un nouveau projet lancĂ© en 1920 qui aboutira

 

Le monument, Ă©levĂ© Ă  la MĂ©moire des enfants de Hendaye, devait avoir un cachet vraiment français, et ĂȘtre financĂ© par les seules ressources du pays. C’est pourquoi, le Conseil Municipal sollicita le concours de M. Henry Martinet*, architecte paysagiste, Conseiller Municipal, et celui de M. Louis Adamski*, architecte de la Ville.


 


 Espace Gunea, sur le port de Hendaye, Ă  la mĂ©moire de Henry Martinet 1867-1936


Ils soumirent au ComitĂ© un projet comprenant “une partie sculpturale et une partie architecturale : une Ɠuvre en bronze du sculpteur bien connu M. Paul Ducuing*, reprĂ©sentant la France trĂšs dignement assise, tenant sur ses genoux un poilu expirant, entourĂ© d’un ensemble hĂ©micycloĂŻdal en granit rose de Biriatou, supportant les inscriptions des noms et prĂ©noms de tous les soldats morts ou disparus pour la France. Et au-dessus, en grandes lettres, cette Ă©pitaphe “Aux enfants de Hendaye, morts pour la Patrie”. Le monument, disposĂ© sur un tertre de 0m60 environ, au-dessus de la haute falaise du Vieux Fort, devait mesurer 6 mĂštres de long, sur 4 mĂštres de hauteur”. [6]

 

Le 13 octobre 1920, le Comité approuva à l'unanimité l'emplacement choisi, le projet de Monument qui lui était soumis et affecta à son érection les sommes disponibles.


Visa du président du Comité du Monument, maire de Hendaye, le 13 octobre 1920



L’emplacement choisi

 

Le terrain communal oĂč serait implantĂ© le monument avait Ă©tĂ© soigneusement sĂ©lectionnĂ©. Le ComitĂ© avait approuvĂ© Ă  l’unanimitĂ© le lieu choisi. Ce serait sur l’emplacement du Vieux Fort, entre la baie et le boulevard de la Plage, l’actuel boulevard du gĂ©nĂ©ral de Gaulle. Le plan ci-dessous, dessinĂ© le 20 septembre 1920, en atteste. [7]


Plan de l’emplacement du Monument, dressĂ© le 20 septembre 1920

 


Le financement du projet

 
DĂšs le dĂ©but de l’annĂ©e 1919, on se prĂ©occupa de rassembler toutes sortes de financements au profit d’un futur monument, car on partait du principe que cette rĂ©alisation ne devait pas grever le budget de la commune. 
 
Un document de la Ville fait Ă©tat d’“une soirĂ©e rĂ©crĂ©ative donnĂ©e le 5 janvier 1919 en la coquette salle du cinĂ©ma par les jeunes gens des classes 1920-1921, sous le bienveillant patronage de la municipalitĂ©, et avec le concours des Ă©minents artistes Madame Hersant et Monsieur Pellegrin, qui a Ă©tĂ© des plus fructueuse.
La recette brute, en effet, s’est Ă©levĂ©e Ă  la somme de 1.570f,35, sur laquelle ont Ă©tĂ© prĂ©levĂ©s les frais les plus rĂ©duits s’élevant Ă  la somme de 170f,35.
Le reste net de 1.400 frs a été transformé en bons de la Défense Nationale, valeur nominale 1.470 frs à échéance du 16 janvier 1920.
Ces bons ont Ă©tĂ© remis Ă  un dĂ©lĂ©guĂ© de la municipalitĂ© chargĂ© de recevoir les dons et souscriptions destinĂ©s Ă  l’érection d’un monument commĂ©moratif aux Enfants de Hendaye morts pour la Patrie”.[8]
 
Une note de la Ville en date du 4 mai 1920 prĂ©sente “les piĂšces comptables de ravitaillement remises le 9 fĂ©vrier 1920 Ă  la mairie par M. Duhart Victor avec un versement de 16.778 frs opĂ©rĂ© Ă  la caisse du Receveur Municipal le mĂȘme jour, comme reliquat ou boni des opĂ©rations de ravitaillement de novembre 1918 Ă  novembre 1919”.[9]
 
Des souscriptions publiques furent ouvertes, des dons de particuliers furent recueillis. Nos voisins d’Irun apportĂšrent une contribution financiĂšre particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©e, comme en tĂ©moigne cette lettre du 27 octobre 1920 [10], adressĂ©e par le maire d’Hendaye Jean Choubac Ă  LĂ©on Iruretagoyena*, nĂ©gociant, ancien maire d’Irun :
 
“Monsieur,
         Au nom du ComitĂ© du Monument et celui du Conseil Municipal de Hendaye, je vous remercie vivement du reliquat de 235 frs. que vous avez bien voulu me faire remettre par M. Lannepouquet, premier adjoint, et que avec les 1.700 frs. que vous m'avez dĂ©jĂ  remis, forme la somme totale de 1.935 frs. que j'ai reçue de vous, au nom de la ville d'Irun.
Je vous prie, de transmettre mes meilleurs remercßments à tous les généreux donateurs de cette ville, et d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments reconnaissants et trÚs distingués.
         Le Maire
        Jean Choubac”

 
Les divers éléments financiers contributifs du projet se mettaient progressivement en place, en particulier une souscription publique.
Sur la base de propositions et d’hypothĂšses de recettes publiques, le ComitĂ© “affecta Ă  l’érection du monument les sommes disponibles provenant :
    1°) 18.000 frs. environ du produit de souscriptions publiques, somme dĂ©posĂ©e entre les mains du TrĂ©sorier ;
    2°) 16.778 frs du produit du ravitaillement, versĂ© au TrĂ©sor, et destinĂ© par dĂ©libĂ©ration du Conseil Municipal et du ComitĂ©, au mĂȘme objet.
    3°) 1.800 frs. produit de dons particuliers”.[6]

 

 

Les commandes et les travaux

 

ParallĂšlement, les commandes se prĂ©cisaient, qu’il s’agisse de la partie sculpturale ou de la partie architecturale.

 

La sculpture envisagĂ©e Ă©tait un groupe reprĂ©sentant “La France tenant un poilu expirant”. Paul Ducuing avait rĂ©alisĂ© un modĂšle en plĂątre [11] qu’il convenait de transformer en une sculpture en bronze.    

 


 

ModĂšle en plĂątre de la sculpture de Paul Ducuing



Pour rĂ©aliser cette sculpture en bronze, Paul Ducuing s’adressa Ă  la Maison Barbedienne, fondĂ©e en 1834, qui fut l’une des plus importantes entreprises de bronzes d’art en France au XIXe siĂšcle.
Le fondateur de la Maison, Ferdinand Barbedienne (1810-1892), fut un des grands bronziers de son Ă©poque.

        

Portrait de Ferdinand Barbedienne

    par Thomas Couture


 

AprĂšs sa mort en 1892, n’ayant pas de descendants directs, c'est son neveu Gustave Leblanc-Barbedienne qui dĂ©veloppa la fonderie en se spĂ©cialisant dans les bronzes monumentaux. Ceci explique l’en-tĂȘte du devis [12] qui fut adressĂ© Ă  Paul Ducuing, statuaire, le 30 juillet 1920.

 



Devis pour exĂ©cution en bronze, suivant modĂšle plĂątre, d’un groupe

“La France tenant un Poilu expirant”



Paul Ducuing s'engagea donc, le jour mĂȘme, Ă  cĂ©der ce groupe Ă  la Commune, au prix le plus avantageux de 25.000 frs. rendu franco en gare de Hendaye.
Le mois suivant, la mairie de Hendaye lui commanda officiellement la sculpture en lui faisant parvenir ce courrier [13] :   

 

                                               “23 aoĂ»t 1920

À M. Ducuing Statuaire

20 bis rue Pierre Nicole - Paris

Monsieur,

Le ComitĂ© de Hendaye, du monument commĂ©moratif aux “Morts pour la France”, s’est rĂ©uni le 21 courant, et a dĂ©cidĂ© Ă  l’unanimitĂ© de rĂ©aliser l’achat de votre groupe “La France tenant un poilu expirant”, en bronze, rendu en gare de Hendaye pour le prix forfaitaire de frs : 25.000, selon votre note du 30 juillet 1920.

Au nom de ce ComitĂ©, j’ai l’honneur de vous notifier cette dĂ©cision et de vous prier de bien vouloir faire procĂ©der avec le plus grand soin Ă  l’exĂ©cution de ce groupe.

Comme bien vous le pensez, ce travail nous tiendra à cƓur et nous serons heureux d’en connaütre la marche.

Veuillez agrĂ©er, Monsieur Ducuing, l’assurance de nos sentiments bien respectueux et trĂšs distinguĂ©s.

Le secrĂ©taire du ComitĂ©                                      Le prĂ©sident du ComitĂ©

SignĂ© : L. Ithurria                                               Maire de Hendaye : J. Choubac”


 

L’autre volet du Monument concernait la partie architecturale qui nĂ©cessitait l’appel Ă  diffĂ©rents corps de mĂ©tiers. On avait trĂšs tĂŽt “estimĂ© que son coĂ»t atteindrait sans doute le chiffre de 20.000 frs”. C’est Louis Adamski qui fut chargĂ© de dresser rapidement un devis estimatif.

 
Le devis approximatif [14] pour la construction du Monument aux morts de la Grande Guerre, dressĂ© le 23 septembre 1920 par l’architecte Louis Adamski, fait Ă©tat d’un montant de 25.503,83 Frs.  Il dĂ©taille de maniĂšre trĂšs prĂ©cise les coĂ»ts attendus relatifs aux fouilles, au bĂ©ton, Ă  la maçonnerie ordinaire, aux pierres de taille, au dallage et aux inscriptions. Il rappelle Ă©galement qu’il conviendra d’ajouter les 25.000 Frs du groupe sculptural pour atteindre un total de 50.503,83 Frs. 
 
Vers la fin de l’annĂ©e 1920, Henry Martinet se prĂ©occupa de la prĂ©paration des dĂ©tails Ă  graver sur le Monument aux morts. C’est ce que rĂ©vĂšle un courrier en date du 8 novembre 1920 [15] qu’il adresse Ă  Monsieur Choubac, maire de Hendaye et dans lequel on peut lire : “
 Je m’occupe de la prĂ©paration de tous les dĂ©tails Ă  graver pour le tailleur de pierre du Monument aux morts ; Ă  cet effet, et pour Ă©viter toutes fausses manƓuvres, je viens vous prier de vouloir bien apporter avec vous en venant Ă  Paris, la liste complĂšte des morts dont les noms seront insĂ©rĂ©s sur le monument. Voulez-vous Ă©galement demander aux combattants quels sont les noms de batailles ou de rĂ©gions, qui devront ĂȘtre rappelĂ©s sur les deux pilastres qui encadrent le monument. Il s’agit de choisir, parmi tant de noms devenus cĂ©lĂšbres, ceux des lieux oĂč les troupes de la rĂ©gion du Sud-Ouest se sont le plus signalĂ©es
”. 

 

Les travaux se poursuivirent tout au long de l’annĂ©e 1921, aprĂšs le choix d’un entrepreneur de la localitĂ©. Un extrait du registre aux dĂ©libĂ©rations du  Conseil municipal de Hendaye [16] dĂ©livre ce choix qui fut entĂ©rinĂ© dans une sĂ©ance ordinaire du 8 avril 1921 : “En vue de l'exĂ©cution des travaux de terrassement, de maçonnerie et de pose de la pierre de taille du monument aux morts pour la France, M. le Maire, conformĂ©ment Ă  la dĂ©libĂ©ration du Conseil Municipal en date du 9 Mars 1921, a fait remettre une copie du devis estimatif et du cahier des charges des dits travaux, Ă  7 entrepreneurs de la localitĂ©, les invitant Ă  prĂ©senter leurs propositions d'adjudication. Un seul a rĂ©pondu Ă  cette invitation : c'est M. Haramboure, Bernard, entrepreneur de travaux publics Ă  Hendaye, qui a proposĂ© l'exĂ©cution des dits travaux moyennant un rabais de deux pour cent (2%) sur un devis de Frs: 7.754,80.
         En consĂ©quence, la Commission municipale du monument a dĂ©clarĂ© M. Haramboure, adjudicataire de ces travaux”.

 

Le 3 mai 1921, lors d’une nouvelle sĂ©ance ordinaire [17], le Conseil municipal ouvrait au budget supplĂ©mentaire de 1921 la somme destinĂ©e Ă  couvrir l’ensemble des dĂ©penses pour l’érection du Monument aux morts :

 

“Le Conseil :

Vu sa délibération en date du 13 octobre 1920 ;

Considérant que les travaux d'érection d'un monument aux morts pour la France sont en voie d'exécution et seront trÚs prochainement achevés ;

Qu'il y a lieu d'acquitter sans retard les dépenses engagées ;

DĂ©libĂšre :

1°) Confirme son vote de la dĂ©libĂ©ration sus-visĂ©e, approuvant les dĂ©penses de travaux et fournitures s'Ă©levant Ă  Frs : 50.503,83, dont 25.000 Ă  M. Ducuing, auteur du groupe en bronze : "La France tenant sur ses genoux un poilu expirant".

2°) Dit ouvrir au budget supplémentaire de 1921 un crédit de pareille somme de Frs : 50.503,83, destiné à couvrir ces dépenses.

3°) Vu l'urgence, demande Ă  M. le PrĂ©fet l'autorisation d'acquitter ces dĂ©penses avant l'approbation du dit budget supplĂ©mentaire de 1921”.

 

         Les entreprises impliquĂ©es dans cette construction furent pendant cette pĂ©riode plus ou moins pressantes auprĂšs de la municipalitĂ© de Hendaye pour couvrir leurs frais.
Ce fut par exemple le cas de Paul Ducuing qui avait pris, pour la rĂ©alisation de sa sculpture, des engagements vis-Ă -vis de son fondeur, comme en tĂ©moignent ses deux courriers au maire du 6 fĂ©vrier 1921 [18] et du 25 avril 1921 [19] :

 

        

“Paris, le 6 FĂ©vrier 1921

Monsieur le Maire,

Ayant eu à verser au fondeur dix mille francs pour confirmer la commande de l'exécution du groupe en bronze destiné aux Enfants Morts pour la Patrie de votre Ville, j'avais prié Monsieur Martinet de vous demander de me couvrir de ces frais.

Je sais combien Monsieur Martinet est occupé, et il n'a certainement plus pensé à vous en dire mon mot. Le monument étant trÚs avancé le fondeur me prie de lui verser une deuxiÚme somme conformément à mon accord ce que je vais faire.

J'espÚre pouvoir faire l'expédition du groupe le 20 Mars pour Hendaye.

Veuillez croire, Monsieur le Président, à l'expression de ma haute considération.

                                    SignĂ© : P. Ducuing”

 

“Paris, le 25 Avril 1921

Monsieur le Maire,

Je suis navré Monsieur le Maire que votre silence ait eu pour cause le décÚs de vos parents. Je vous prie d'agréer mes condoléances bien sincÚres.

N'ayant reçu aucune nouvelle de l'expédition du groupe, je craignais qu'il se soit égaré.

Au sujet du paiement vous avez Ă©tabli vous-mĂȘmes, Monsieur le Maire, les conditions du contrat, puisque vous avez pris livraison du groupe, de mon cĂŽtĂ© les conditions sont remplies.

Je vous prie donc de me faire parvenir un acompte de quinze mille francs et le solde sous peu. J'ai pris des engagements avec mon fondeur et je suis obligĂ© de les tenir ou de lui payer des intĂ©rĂȘts.

Veuillez croire, Monsieur le Maire, à mon entier dévouement.

                                    SignĂ© : P. Ducuing”

D’autres attendirent un certain dĂ©lai, comme l’entreprise de papiers peints Th. Labranque* de Bayonne qui avait dorĂ© Ă  l’or fin les inscriptions du monument et qui prĂ©senta sa facture [20] en aoĂ»t 1922 :

        

“ Bayonne, le 1 aoĂ»t 1922

Doit :

Monsieur le Maire de la Ville de Hendaye,

Dorure Ă  l’or fin Âœ jaune vif des diverses inscriptions au monument des enfants de Hendaye morts pour la Patrie

Prix convenu Ă  forfait 1000f00

Th. Labranque”


AprĂšs la construction, certains frais ne furent pas recouvrĂ©s par les intervenants qu’il s’agisse de prestations fournies Ă  titre gracieux ou offertes Ă  titre de dons.

C’est le cas des honoraires de Henry Martinet et Louis Adamski et de M. PĂ©cheu, fabricant de chaux Ă  BĂ©hobie [21] :

         

“ Hendaye, 20 fĂ©vrier 1922

Monsieur le Maire

Hendaye

J'ai l'honneur de vous remettre ci-inclus, les mémoires des travaux exécutés par Mr Haramboure pour la construction du monument aux morts.

ConformĂ©ment aux engagements que nous avions pris M. Martinet et moi, nous abandonnons au profit du monument les honoraires dĂ»s pour ces travaux, honoraires qui s'Ă©lĂšvent Ă  la somme de  Frs 537 ,74.

Je vous signale Ă©galement que M. Pucheu, fabricant de chaux Ă  BĂ©hobie a fourni Ă  titre gracieux les 137 sacs de chaux nĂ©cessaires Ă  la construction du monument. Leur valeur est de  Frs 513,75.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'assurance de mes sentiments dévoués.

                                   SignĂ© : Adamski”


C’est aussi le cas de l’entreprise de charpente et menuiserie de J.-P. Etchecoin [22] Ă  Hendaye-Plage qui avait construit une baraque destinĂ© aux tailleurs de pierre du monument :

 

“Hendaye, 22 fĂ©vrier 1922

Monsieur Adamski, Architecte

Hendaye

 

Monsieur,

Je vous avais remis un mĂ©moire en date 17 fĂ©vrier 1921 pour construction d’une baraque destinĂ©e aux ouvriers tailleurs de pierre du monument et se montant Ă  Frs 329,55.

Depuis j’ai pris possession de tout mon matĂ©riel que vous avez bien voulu me remettre.

J’estime donc mon nouveau mĂ©moire (main d’Ɠuvre et louage) Ă  la somme de 74frs.00

Soit 30 heures ouvriers Ă  1.80  = 54.00

Louage estimĂ©                        = 20.00

Je vous prierai de vouloir bien ĂȘtre mon interprĂšte auprĂšs du ComitĂ© lui faisant savoir que je laisse cette somme comme don pour cette Ɠuvre.

Veuillez agréer Monsieur Adamski mes empressées salutations.

                                   SignĂ© : Etchecoin

 

De mĂȘme, les peintres de l’Union OuvriĂšre Larrey BiĂ©nabe Minvielle de Hendaye qui ont peint les lettres des noms des morts, des batailles et des rĂ©gions sur le monument ont fait don Ă  la commune du montant des travaux exĂ©cutĂ©s en octobre 1921, qui s’élevait Ă  234.75 Frs (1565 lettres Ă  0.15 frs). [23]


Une attention particuliÚre portée au groupe sculptural en bronze

           

De Paris, Paul Ducuing se maintint rĂ©guliĂšrement en contact avec la municipalitĂ©, pour informer sur les dĂ©lais de fabrication de sa sculpture en bronze et s’inquiĂ©ter des conditions de sa livraison Ă  Hendaye.
Le 22 mars 1921, il adresse un courrier [24] annonçant pour le lendemain l’expĂ©dition en train du groupe en bronze et mentionne son intention d’assister, le moment venu, Ă  sa mise en place :


“Paris, le 22 Mars 1921

Monsieur le Maire,

Le groupe en bronze sera expédié demain aprÚs-midi pour Hendaye (franco). J'ai donné les ordres plus précis à la maison Barbedienne pour que l'emballage soit particuliÚrement soigné pour qu'il ne subisse aucune avarie.

En gare d'Hendaye, aprÚs avoir constaté le bon état de l'envoi, je vous engage vivement à le laisser emballé jusqu'au moment de la mise en place sur le socle.

Veuillez me croire, Monsieur le Maire, votre bien dévoué.

P. Ducuing

P.S. : au moment de la mise en place, je vous prierai de m'en prĂ©venir, j'irai moi-mĂȘme y assister”.


Un mois plus tard, n’ayant pas de nouvelles, il s’inquiĂšte toujours par courrier [25] du bon Ă©tat de livraison de sa statue :

 

“Paris, le 19 Avril 1921

Monsieur le Maire,

N'ayant plus de nouvelles du groupe en bronze que je vous ai fait adresser depuis bientÎt un mois, je vous serais bien obligé de me dire si la gare en a fait la livraison et s'il n'y a pas eu d'accident de route.

Je vous prie, Monsieur le Maire, de me dire ce qui en est et veuillez croire à mon entier dévouement.

P. Ducuing”

 

Malheureusement, il ne pourra pas, comme il l’avait prĂ©vu, ĂȘtre prĂ©sent pour l’inauguration du monument. Les travaux ont pris du retard et Paul Ducuing va ĂȘtre envoyĂ© en mission en Indochine par le Gouvernement pour rĂ©aliser des bustes de personnalitĂ©s. C’est ce qu’il Ă©crit au maire de Hendaye le 26 juillet 1921, dans un courrier [26] oĂč il dĂ©crit par le menu les modalitĂ©s pratiques de la mise en place du groupe sculptural, qu’il faudra respecter en son absence :

 

“Sùvres*, le 26 juillet 1921

Monsieur le Maire,

Je pensais pouvoir assister Ă  l’inauguration de votre monument mais le retard apportĂ© Ă  l’inauguration m’empĂȘchera malgrĂ© mon vif dĂ©sir d’ĂȘtre prĂ©sent.

Je suis envoyĂ© par le Gouvernement en mission en Indo-Chine pour faire les bustes du roi du Cambodge, de l’empereur d’Annam, de Monsieur Long Gouverneur gĂ©nĂ©ral et d’autres personnages qui doivent figurer au MusĂ©e Colonial de l’Exposition d’Indo-Chine de Marseille, l’annĂ©e prochaine.

Comme vous le pensez, Monsieur le Maire, mon absence sera de 4 ou 5 mois et je pense bien que l’inauguration sera certainement faite à mon retour.

Pour mettre le groupe en place le charpentier va le mettre sur son socle ; il suffit une fois amenĂ© prĂšs de l’endroit qu’il doit occuper d’enlever l’emballage et de le faire glisser avec soin sur sa base. S’il y a de la poussiĂšre le faire laver Ă  grande eau avec une Ă©ponge simplement.

Le bronze se fixe sur sa base par deux ou trois gougeons en bronze que vous trouverez dans l’emballage qui se vissent dans la partie infĂ©rieure du groupe. Il suffira de faire des trous Ă  la demande de la place de ces gougeons, de les remplir de ciment liquide et de laisser retomber le groupe. Le ciment se bloquera en faisant sa prise autour des gougeons et le groupe sera ainsi fixĂ© sur son socle.

VoilĂ , Monsieur le Maire, les quelques explications utiles pour ce travail et si l’inauguration avait eu lieu avant mon dĂ©part j’aurais eu du plaisir Ă  vous Ă©viter ces ennuis.

Avec tous mes regrets, Monsieur le Maire, de ne pouvoir assister Ă  votre inauguration qui sera des plus brillantes et aussi mes regrets de manquer cette occasion de vous retrouver.

Croyez Monsieur le Maire à mon entier dévouement.

P. Ducuing”

 

Les photographies ci-dessous reprĂ©sentent les bustes en bronze du roi du Cambodge, S.M. Sisowath Monivong et de l’empereur d’Annam, S.M. Khai Dinh, sculptĂ©s par Paul Ducuing, ainsi que Maurice Long, qui fut Gouverneur gĂ©nĂ©ral de l’Indochine de fĂ©vrier 1920 Ă  avril 1922, dont il rĂ©alisa la sculpture durant sa mission en Indochine, comme il le mentionne dans son courrier.

 

 

   
 Buste de S.M. Sisowath Monivong, roi du Cambodge Buste de S.M. Khai Dinh, empereur d'Annam Maurice Long, Gouverneur, gĂ©nĂ©ral de l'Indochine avec le marĂ©chal Joffre, Ă  HanoĂŻ en 1922 


La polĂ©mique sur la signature des architectes       

 

Le ComitĂ© du Monument aux morts refusa aux architectes, Henry Martinet et Louis Adamski, le droit de signer leur Ɠuvre sur le monument. Ce qui attira, en dĂ©cembre 1921, peu de temps avant l’inauguration du Monument aux morts, des rĂ©actions trĂšs vives de ceux-ci. Henry Martinet adressa plusieurs courriers de protestation Ă  la municipalitĂ©.

 

Le 11 dĂ©cembre 1921, dans une lettre Ă  Jean Choubac [27], il prend acte du refus du ComitĂ© et de la dĂ©libĂ©ration dans le mĂȘme sens du Conseil municipal. Il lui dĂ©clare qu’il dĂ©cline l’invitation Ă  assister Ă  l’inauguration du monument et menace de dĂ©missionner du Conseil municipal : 


“Paris, le 11 DĂ©cembre 1921

Cher Monsieur Choubac,

En mĂȘme temps que je recevais, de M. Ithurria, SecrĂ©taire du ComitĂ© du Monument aux Morts de Hendaye, l'avis que le dit ComitĂ© refusait, Ă  M. Adamski et Ă  moi, le droit de signer notre Ɠuvre, j'Ă©tais informĂ© des conditions dans lesquelles le Conseil Municipal avait, lui-mĂȘme, dĂ©libĂ©rĂ© sur le mĂȘme sujet.

Par la copie de ma réponse à M. Ithurria, que je vous envoie, ci-inclus, vous connaitrez la décision que j'ai prise, conforme, du reste, à celle de mon confrÚre, M. Adamski.

Je crois inutile de rien ajouter à cette lettre; mais vous me permettrez, en raison du procédé injurieux employé à mon égard, de décliner l'invitation que vous m'avez adressée -et que j'avais déjà acceptée- d'assister à l'inauguration du Monument.

L'hostilité manifestée, toutes les fois que l'occasion s'en présente, tant vis-à-vis de moi, que vis-à-vis de la "FonciÚre", par un certain nombre de nos collÚgues, me donne à réfléchir, trÚs sérieusement, sur la possibilité, pour moi, de continuer à faire partie du Conseil Municipal. Je vous communiquerai, dans quelques jours, à Hendaye, la décision que j'aurai cru devoir prendre, à ce sujet.

Cette lettre n'a pas pour objet de provoquer une nouvelle discussion, au sein du conseil Municipal, qui n'a pas jugé nécessaire de m'adresser aucune communication au sujet de la délibération qu'il a prise, en ce qui me concerne. Je considÚre, en effet, pour ma part, l'incident du Monument clos.

Veuillez agréer, cher Monsieur Choubac, avec mes vifs regrets, l'assurance que mes sentiments vous restent personnellement tout dévoués.

            H. Martinet”

           

Il joignait Ă  cet envoi la rĂ©ponse faite Ă  M. Ithurria [28], secrĂ©taire du ComitĂ© du Monument aux morts, dans laquelle il notait une confusion des membres du ComitĂ© entre les termes d’“inscription” et de “signature” et mentionnait que Paul Ducuing avait fait figurer sa signature sur le groupe en bronze :  

 

“le 11 DĂ©cembre 1921,

Cher Monsieur Ithurria,

En rĂ©ponse Ă  votre lettre du 9ct, permettez-moi de vous faire remarquer que le ComitĂ© du Monument aux Morts de Hendaye a commis une erreur manifeste, en confondant une "inscription" avec les "signatures" qui devaient ĂȘtre apposĂ©es, modestement, sur un des cĂŽtĂ©s du Monument.

J'ai conçu le projet de ce monument, et en ai Ă©tabli les plans, Ă©lĂ©vations et dĂ©tails d'exĂ©cution. Mon confrĂšre, M. Adamski, en a assurĂ© l'exĂ©cution, avec beaucoup de dĂ©vouement et de dĂ©sintĂ©ressement; il y a donc eu collaboration amicale et effective, entre nous, et, comme auteurs du Monument, nous avons le droit strict, absolu, reconnu par la loi sur la propriĂ©tĂ© artistique, de signer notre Ɠuvre, sans mĂȘme que le ComitĂ© puisse s'y opposer.

Mais, veuillez rassurer les membres du Comité à cet égard ; ni M. Adamski, ni moi n'exigerons, en la circonstance, l'exercice de notre droit.

Il ne restera donc, de la décision du Comité, qu'un procédé blessant et injurieux, adopté à l'égard de deux hommes de bonne volonté, qui étaient loin de s'attendre à un pareil ostracisme.

Le ComitĂ© hendayais aura, du moins, eu l'honneur d'avoir crĂ©Ă© un prĂ©cĂ©dent, car je ne crois pas que, nulle part ailleurs, un ComitĂ© du Monument ait jamais refusĂ© Ă  ses auteurs, le droit de signer leur Ɠuvre, mĂȘme lorsque ceux-ci Ă©taient payĂ©s; ce qui n'est pas le cas, ni pour M. Adamski, ni pour moi.

Le ComitĂ© va-t-il, aussi, effacer la signature de M. Paul Ducuing, qui figure sur son groupe en bronze ? Je crois qu'il n'aura pas besoin de prendre cette peine, car, sans avoir consultĂ© M. Ducuing, qui n'est pas Ă  Paris, et que je n'ai pas vu depuis de longs mois, je suis persuadĂ© qu'il ne voudra pas rester seul signataire d'une Ɠuvre d'ensemble, dans laquelle -il sera le premier Ă  le proclamer- il n'a pas jouĂ© le rĂŽle le plus important.

Vous nous permettrez, toutefois, en raison du procédé employé à notre égard, de réserver tous nos droits de propriété artistique, prévus par la loi, pour la reproduction du Monument.

Veuillez, cher Monsieur, agréer l'expression personnelle de mes sentiments bien amicalement dévoués.

H. Martinet”

 

L’inauguration du 18 dĂ©cembre passĂ©e, la polĂ©mique avait repris, Henry Martinet continuant de tenir au maire de Hendaye des propos virulents, mais toujours trĂšs argumentĂ©s, comme par exemple le 28 dĂ©cembre 1921 [29] :

 

“Paris, le 28 DĂ©cembre 1921

Monsieur le Maire de Hendaye

Monsieur le Maire,

J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 23 courant, à laquelle était joint un extrait de la délibération du 7 courant.

J'ai le regret de vous signaler que ce procĂšs-verbal ne contient pas moins de trois inexactitudes, qui sont les suivantes :

1° Vous dites que vous communiquez au Conseil une proposition de moi, relative à l'inscription sur le Monument aux Morts de mon nom et de celui de M. Adamski. Or, je n'ai pas fait de proposition au Conseil Municipal, et il ne pouvait me venir à l'idée d'en faire aucune relative à l'exercice d'un droit.

J'avais Ă©galement indiquĂ© Ă  M. Adamski, dans une lettre particuliĂšre visant plusieurs affaires diffĂ©rentes, et qui n'Ă©tait nullement destinĂ©e au Conseil Municipal, l'endroit oĂč devaient ĂȘtre, Ă  mon avis, apposĂ©es nos signatures ; emplacement qui, j'avais eu bien soin de le spĂ©cifier, ne devait pas se trouver sur la façade du Monument, mais sur un des cĂŽtĂ©s, de façon Ă  ne faire aucune confusion avec les noms des Morts, ni avec les autres inscriptions figurant sur les pilastres.

M. Adamski a cru devoir, spontanĂ©ment, et sans me consulter, vous communiquer le passage de cette lettre traitant de cette question ; mais vous reconnaĂźtrez vous-mĂȘme qu'il ne peut ĂȘtre dit qu'il s'agissait lĂ  d'une proposition faite par moi au Conseil Municipal.

2° Le Conseil a fait remarquer qu'il avait Ă©tĂ© convenu, en ma prĂ©sence, qu'aucune inscription ne serait gravĂ©e sur la Monument. Or, c'est moi qui avais demandĂ© au Conseil s'il dĂ©sirait que soit gravĂ©e, sur le panneau central du mur du fond, l'inscription suivante, conçue Ă  peu prĂšs dans ces termes : "Ce monument Ă©levĂ© par la Commune et les habitants de Hendaye, aux enfants du pays morts pour la Patrie, a Ă©tĂ© inaugurĂ© le ....". Le Conseil a dĂ©cidĂ© que cette inscription ne devait pas figurer sur le Monument, et je me suis ralliĂ© Ă  l'opinion de la majoritĂ©; mais je le rĂ©pĂšte, il n'y a pas lieu de confondre une "inscription" comme celle dont il s'agissait, avec les "signatures" que les auteurs ont le droit absolu, reconnu par la loi, d'apposer sur leur Ɠuvre.

Je n'ai d'ailleurs pas le moindre souvenir que la question de "l'anonymat" ait été soulevée au cours de la séance à laquelle j'ai assisté, car je n'aurais certainement pas manqué de réserver, comme un droit imprescriptible, la question des signatures des auteurs du monument dont je fais, surtout, ici, une question de principe.

3° Le vote du Conseil Municipal, qui délibérait en séance publique, avec le quorum exigé par la loi, n'a pas été "douteux" ainsi que le dit, à tort, le procÚs-verbal.

En effet, si mes renseignements sont exacts, deux conseillers seulement ont contestĂ© aux architectes le droit de signer leur travail et un seul conseiller s'est abstenu de prendre part au vote. Tous les autres, dont vous-mĂȘme, M. le Maire, ont Ă©mis un avis favorable.

Les voix de tous les  Conseillers municipaux n'auraient-elles donc pas le mĂȘme poids au sein du Conseil ?

Comme premiĂšre consĂ©quence de l'ostracisme dont ont Ă©tĂ© ainsi frappĂ©s deux Hendayais, qui ont mis tout leur cƓur et tout leur dĂ©vouement au service de l'Ɠuvre du Monument, vous avez pu voir, dans la "DĂ©pĂȘche de Toulouse", du 22 courant, une reproduction photographique avec la lĂ©gende suivante : "Le Monument, Ɠuvre du sculpteur Ducuing", ce qui est faux.

Est-ce lĂ  ce qu'a voulu le Conseil Municipal ?

Il me serait facile, par mes relations personnelles Ă  la "DĂ©pĂȘche", d'obtenir une rectification. Je ne la demanderai pas, prĂ©fĂ©rant laisser Ă  mon excellent ami, le sculpteur de grand talent, Paul Ducuing, le soin de proclamer lui-mĂȘme, lorsqu'il rentrera, en fĂ©vrier prochain, de son voyage en ExtrĂȘme-Orient, qu'il n'est pas l'auteur du Monument, et qu'il est seulement l'auteur d'un groupe conçu par lui, pour une commune du dĂ©partement de la Haute-Garonne, et dont, grĂące Ă  nos vieilles et Ă©troites relations d'amitiĂ©, j'ai pu obtenir de lui, Ă  un prix avantageux, une rĂ©plique, Ă  laquelle j'avais rĂ©servĂ© une place, dans mon projet de Monument.

En conséquence, je demande que le procÚs-verbal de la séance du 7 Décembre soit rectifié, en tenant compte de mes déclarations. Je demande également, que le Conseil Municipal, maintenant qu'il est complÚtement éclairé sur la question, en soit saisi à nouveau pour qu'il puisse, en toute connaissance de cause, déclarer qu'il conteste encore, à M. Adamski et à moi, le droit de signer notre travail.

Veuillez agrĂ©er, Monsieur le Maire, l'assurance de mes sentiments dĂ©vouĂ©s.                      H. Martinet”

 

Ou encore le 24 janvier 1922 [30], en rĂ©action au nouveau refus du Conseil municipal d’entĂ©riner sa demande de rectifications au procĂšs-verbal du 7 dĂ©cembre 1921 :

 

“Paris, le 24 Janvier 1922

Monsieur Choubac

Maire de Hendaye

Monsieur le Maire,

Dans sa réunion du 30 Décembre dernier, le Conseil Municipal a conclu que ma demande de rectifications au procÚs-verbal du 7 Décembre dernier n'était pas fondée.

Mes réclamations étaient basées :

1° En partie sur des renseignements contenus dans une lettre qui est en ma possession, et qui s'appuyaient sur des témoignages de personnes ayant assisté à la réunion. J'étais donc fondé à croire, de bonne foi, que ces renseignements étaient exacts;

2° Sur des faits précis qui sont à la connaissance de tous.

Je juge inutile de revenir et d'insister sur ces faits, et bien que je persiste Ă  considĂ©rer comme parfaitement justifiĂ© le principe de ma demande de rectification, j'accepte, pour en terminer, la rĂ©daction suivante que vous me proposez pour ĂȘtre inscrite au procĂšs-verbal de la sĂ©ance du 30 DĂ©cembre dernier :

“M. le Maire communique au Conseil une lettre de M. Martinet, en date du 28 DĂ©cembre 1921 relative aux inscriptions Ă  graver sur le Monument aux Morts pour la France.

Le Conseil dĂ©clare qu'il ne conteste pas Ă  l'auteur du projet le droit d'apposer sa signature sur le Monument”.

Permettez-moi simplement d'ajouter, pour reprendre le mot contenu dans votre lettre, que s'il y a quelque chose de "dĂ©sobligeant" dans l'incident qui s'est produit, c'est bien le fait d'avoir Ă©tĂ© traitĂ©, comme je l'ai Ă©tĂ©, aprĂšs avoir collaborĂ© de tout mon cƓur et avec un dĂ©vouement absolu Ă  l'Ɠuvre entreprise par le Conseil Municipal et le ComitĂ©, pour honorer nos Morts de la grande guerre.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'expression de mes sentiments distingués.

H. Martinet”

 

Il est vrai que l’affaire Ă©tait remontĂ©e jusqu’au prĂ©fet des Basses-PyrĂ©nĂ©es Georges Garipuy* qui, le 28 dĂ©cembre 1921 [31], en rĂ©ponse Ă  Jean Choubac, maire de Hendaye, donnait de maniĂšre catĂ©gorique gain de cause Ă  Henry Martinet et souhaitait une solution rapide Ă  ce diffĂ©rend :

 

“Cabinet du PrĂ©fet                           Pau, le  28 dĂ©cembre 1921

         des

Basses-Pyrénées

Mon cher Maire,

En réponse à votre lettre du 26 décembre, j'ai l'honneur de vous faire connaßtre que l'incident que vous avez bien voulu me signaler est, en effet, trÚs regrettable.

A mon avis, il est incontestable que la demande de M. Martinet est parfaitement justifiĂ©e, car il est Ă©vident que le nom de l'architecte ou des architectes figure sur tous les monuments Ă©rigĂ©s dans le pays. M. Martinet n'aurait mĂȘme pas dĂ» ĂȘtre obligĂ© d'en faire la demande.

La décision premiÚre du Comité au sujet des inscriptions ne s'appliquait certainement pas au nom de l'architecte, mais aux inscriptions de la nature suivante: "Ce monument a été inauguré à telle date, en présence de telle ou telle personnalité".

J'ose espĂ©rer que ce diffĂ©rend sera trĂšs prochainement rĂ©glĂ© Ă  la satisfaction gĂ©nĂ©rale. Il aurait pu facilement, semble-t-il, ĂȘtre Ă©vitĂ© et je comprends sans peine que M. Martinet en soit offensĂ©.

Veuillez agréer, mon cher Maire, l'assurance de mes sentiments cordialement dévoués.

                                                                                      Le PrĂ©fet

      Monsieur Choubac, Maire d'Hendaye”                     Georges Garipuy

 


Et tandis que les architectes Henry Martinet et Louis Adamski se rĂ©voltaient contre cet ostracisme qui les empĂȘchait d’apposer leurs signatures sur le monument, on pouvait vĂ©rifier que la signature de Paul Ducuing figurait bien sur son groupe sculptural en bronze 
  


 
















Signature de Paul Ducuing, sculpteur, sur le cĂŽtĂ© du socle du groupe en bronze 

 



 de mĂȘme que la signature de F. Barbedienne, fondeur de cette sculpture.



Signature de F. Barbedienne, fondeur, sur le cÎté opposé du socle du groupe en bronze


L’inauguration du Monument eut lieu le dimanche 18 dĂ©cembre 1921

 

Tout avait Ă©tĂ© prĂ©vu pour que cette inauguration soit une rĂ©ussite totale, jusqu’au moindre dĂ©tail.
Le 2 dĂ©cembre 1921, M. le Maire d'Hendaye Ă©crivait Ă  la ferme Agorreta afin que soit rapidement livrĂ© du gravier pour rendre l’accĂšs au Monument aux morts plus facile et plus agrĂ©able :

 

“Hendaye, le 2 dĂ©cembre 1921

Ă  Mr Zapirain

Ferme Agorreta

Le monument aux morts pour la Patrie va ùtre inauguré le 18 courant. Tous les enfants d'Hendaye qui ont versé leur sang, y seront à jamais commémorés.

Je viens vous demander de vouloir bien participer encore à cet hommage de la population par un nouveau service: celui de transporter au pied du monument, dans le courant de cette semaine, deux tombereaux de gravier de Subernoa, pour en rendre l'accÚs plus facile et plus agréable.

Je compte sur votre haut sentiment patriotique et vous en remercie bien sincĂšrement.

Votre bien dévoué

Jean Choubac”

 

La liste des personnalitĂ©s invitĂ©es Ă  l’inauguration avait Ă©tĂ© soigneusement dressĂ©e. TrĂšs circonscrite, elle comprenait :

 

“Mr le Sous-PrĂ©fet,

Mr le Colonel Commandant le 41Ăšme RI Ă  Bayonne,

MM les Maires d'Irun et Fontarrabie, Mr le Président de la société française de bienfaisance de Saint Sébastien qui se sont généreusement associés aux souscriptions

Le Maire, le Sous-PrĂ©fet, le Colonel ou son dĂ©lĂ©guĂ©, le PrĂ©sident des Combattants, MutilĂ©s et RĂ©formĂ©s, peut-ĂȘtre le PrĂ©sident des VĂ©tĂ©rans de 70, prendront la parole”.

 

La municipalitĂ© avait entĂ©rinĂ© le refus d’Henry Martinet d’assister Ă  la cĂ©rĂ©monie :

 

“M. Henry Martinet, architecte paysagiste, conseiller municipal, dont le fils est sur le monument*, refuse d’assister Ă  la cĂ©rĂ©monie.

La raison :

Le comitĂ© a refusĂ© aux architectes le droit d’apposer leur signature sur le monument, s’appuyant sur une dĂ©cision qu’il avait prise qu’aucune inscription ne serait gravĂ©e sur le monument, autre que les 98 poilus morts pour la France.

Les architectes avancent le fait que la propriĂ©tĂ© artistique de l’Ɠuvre leur appartient et qu’à ce titre, leur nom doit ĂȘtre inscrit, comme cela s’est fait dans tous les monuments de France.

Les architectes demandent si le nom du sculpteur M. Paul Ducuing sera effacĂ© de son Ɠuvre”.

 

Le dimanche 18 dĂ©cembre 1921 eut lieu l’inauguration du Monument aux morts. A la cĂ©rĂ©monie religieuse dans l’église paroissiale, succĂ©da un long cortĂšge qui, formĂ© sur la place de la RĂ©publique, se rendit par la rue du Port et le boulevard de la Plage pour se prĂ©senter au pied du monument, face Ă  la baie de Txingudi.

 De nombreuses gerbes et couronnes de fleurs furent dĂ©posĂ©es et plusieurs personnalitĂ©s prononcĂšrent de vibrants discours.


 



















 

Monument aux Morts de Hendaye le jour de l’inauguration, le 18 dĂ©cembre 1921  -  Photo aimablement confiĂ©e par Mme Faget       


 

Plusieurs journaux de l’époque Ă©ditĂšrent des articles dĂ©crivant les principaux moments de cette journĂ©e d’inauguration.
 
L’article de la DĂ©pĂȘche [32], paru dans la semaine du 19 dĂ©cembre 1921, met l’accent sur l’originalitĂ© de la structure du monument et vante le cadre de son emplacement. Une description trĂšs dĂ©taillĂ©e du cortĂšge et de l’assistance prĂ©cĂšde les extraits des discours d’un grand mutilĂ© de guerre, du maire de Hendaye, du prĂ©sident des VĂ©tĂ©rans de 1870 et du sous-prĂ©fet de Bayonne :

“HENDAYE. - Inauguration du monument aux morts pour la France

Au milieu d'un grand concours de population a eu lieu, dimanche 18 décembre, l'inauguration du monument élevé à la mémoire des enfants de Hendaye morts pour la France.

Le monument, qui se distingue surtout par son originalitĂ©, n'ayant rien de commun avec les monuments Ă©levĂ©s dans la rĂ©gion, est formĂ© d'un hĂ©micycle semi-circulaire, concave, en pierre rouge du pays. Au-devant de l'hĂ©micycle, auquel on accĂšde par trois marches, est posĂ©, sur un socle de mĂȘme pierre, un bronze reprĂ©sentant "la France poĂ©tisĂ©e par une femme en deuil soutenant un soldat mourant". L'Ɠuvre, primĂ©e du dernier Salon, est du sculpteur M. Ducuing. Le plan d'ensemble, architecture, dĂ©cors, etc., sont le travail de MM. Martinet-Adamski, architectes paysagistes.

Il fallait Ă  cet ensemble architectural, un fond de verdure, un site tranquille, beau et majestueux en mĂȘme temps, qui prĂȘtĂąt au recueillement dans l'avenir, Ă  l'Ă©vocation de pieux souvenirs, douloureux et rĂ©confortants tout Ă  la fois, rĂ©confortants en songeant que, malgrĂ© tout, le sacrifice des 98 Hendayais inscrits sur les tablettes de l'hĂ©micycle n'aura pas Ă©tĂ© vain.

Ce fond de verdure est un des coins de la villa "Apollonie", sur l'esplanade du Vieux Fort, l'endroit à coup sûr le plus pittoresque de Hendaye.

Trois larges allées sablées conduisent au "monument", entouré de cyprÚs et autres plantes. Sur la droite, un vaste horizon sans fin, la mer, au-devant de cet horizon la "Bidassoa", séparée de la mer par la pointe de sable s'avançant vers Fontarabie, en éperon, surmontée de belles villas, aux murs blanchis, aux toits rouges, dont le style basque s'harmonise trÚs heureusement avec celui des belles maisons bourgeoises du quartier de la "Madeleine", quartier qui n'est que le prolongement vers la mer du vieux Fontarabie.

Un beau ciel, comme on en voit seulement au pays de "Ramuntcho", tel est le superbe décor du "monument aux morts hendayais".

Heureuse, l'idée du monument! Heureuse l'idée de l'emplacement, éloigné des bruits assourdissants et des bacchanales d'une place publique! Entourons nos morts d'un souvenir aussi silencieux que l'a été leur sublime sacrifice.

AprĂšs la cĂ©rĂ©monie religieuse, le cortĂšge civil s'est formĂ© sur la place de la RĂ©publique. Par la rue du Port et le boulevard de la Plage, le cortĂšge s'est rendu Ă  l'emplacement du "monument". En tĂȘte du cortĂšge, ouvrant la marche, les enfants du sanatorium de la ville de Paris, du nid "Marin", les Ă©lĂšves des Ă©coles libres, des Ă©coles laĂŻques, les bras chargĂ©s de gerbes de fleurs, le groupe des VĂ©tĂ©rans de 70, prĂ©cĂ©dĂ©s de leur banniĂšre, groupe des combattants, celui des MutilĂ©s et sa banniĂšre, l'Harmonie municipale exĂ©cutant la "Marche de Chopin", les veuves, orphelins de la guerre, parents des disparus et Union des Femmes de France, encadrĂ©s d'une garde d'honneur du "Grondeur"; la gendarmerie fermant la marche puis le groupe des personnalitĂ©s officielles, M. le maire de Hendaye, M. Fauconnier, sous-prĂ©fet de Bayonne, M. le colonel du 49e d'infanterie, M. le consul d'Espagne Ă  Hendaye, M. Frappart, doyen, M. le capitaine de gendarmerie.

Au deuxiÚme rang: M. Lannepouquet, premier adjoint, MM. les maires de Fontarabie et d'Irun, M. Estomba, vice-consul d'Espagne, M. Léon Iruretagoyena, ancien maire d'Irun, décoré de la légion d'honneur.

Au troisiÚme rang: le conseil municipal, suivi des chefs de service; M. Bru, directeur du Sanatorium; M. Dartige, receveur des postes; M. l'inspecteur des douanes; M. Fédoux, chef de gare; M. Grammont, lieutenant des douanes; M. Véron, commissaire spécial de police; puis, faisant suite au groupe officiel, les douanes actives en tenue, le groupe des hommes et, fermant la marche, le groupe des femmes.

Devant le monument se place le groupe des officiels, les deux allées latérales sont réservées aux enfants de l'assistance et des écoles, les divers groupes, Vétérans, combattants, Mutilés, veuves, orphelins, parents des disparus sont en face du monument. Des deux cÎtés extérieurs de l'allée du milieu et sur les pelouses se placent les assistants.

Ces deux pelouses sont en plan inclinĂ© vers le monument et se prĂȘtent merveilleusement aux circonstances. La garde d'honneur des marins du "Grondeur" et les douanes actives en tenue, la gendarmerie tiennent l'allĂ©e centrale. L'Harmonie est Ă  la droite du bronze avec les drapeaux. Des mĂąts surmontĂ©s d'oriflammes aux couleurs françaises  complĂštent une dĂ©coration sobre, mais de bon goĂ»t.

L'Harmonie exécute une marche funÚbre; puis M. Chaubac, maire, fait la remise du monument.

Un mutilé appelle les noms des disparus, deux autres mutilés répondent : "Mort pour la France".

M. Joseph Arramberri, grand mutilé de guerre, prononce, au nom des mutilés et des combattants, un discours, précis, concis, d'une haute portée morale, dont voici certains passages:

"Je viens à mon tour avec une émotion profonde, déposer devant ce monument qui doit perpétuer, avec le souvenir de nos deuils et de nos souffrances, la légitime fierté que nous inspire l'héroïsme de ceux que la guerre nous a pris, l'hommage de notre respect, de notre admiration et aussi, hélas, de notre regret.

Quel est celui qui abdiquerait avec indifférence une part de gloire, d'honneurs, de pureté morale si chÚrement achetée.

Ceux qui ont vécu la guerre et souffert par la guerre n'oublieront certainement jamais.

Il y a quelque chose de plus précieux que la vie puisque des hommes en ont fait le sacrifice volontaire.

Et si tout Hendayais s'incline ici avec ferveur pour songer, ne fut-ce que quelques secondes

Que s'il vit sans nul remords

C'est parce que ses aĂźnĂ©s sont morts et morts vraiment en hommes,

On pourra dire qu'un immense sacrifice ne s'est pas accompli en vain."

M. le maire prend la parole en termes émus, d'autant plus émus que M. Chaubac, ancien directeur des écoles, éleva la presque totalité des disparus. Voici en substance ce que dit l'ancien et excellent maßtre:

" J'ai aujourd'hui l'insigne honneur de remettre aux habitants de Hendaye ce monument destiné à commémorer bien avant dans la suite des temps le souvenir des héros Hendayais morts pour la France durant la plus terrible guerre qu'ait supportée l'humanité.

J'ai hùte d'adresser mes plus vifs remerciements à tous ceux qui, riches et pauvres, ont généreusement apporté leur part aux importantes sommes recueillies par souscriptions ou dons volontaires.

C'est ici que, désormais, les ùmes de nos morts se sont donné rendez-vous."

L'orateur retrace la vie du poilu pendant la guerre, ses souffrances, ses espérances :

" Tous sont morts pour la France, MĂšres et veuves Ă©plorĂ©es, vaillantes femmes de la ville et de la campagne, sĂ©chez vos larmes et haut les cƓurs."

S'adressant aux combattants, aux mutilés :

"Je ne puis m'empĂȘcher de vous honorer avec les morts, et de ne point sĂ©parer votre Ăąme de la leur : ensemble elles furent Ă  la peine, ensemble elles sont Ă  l'honneur.

Morts glorieux de Hendaye, vous avez bien mérité de la Patrie."

M. Arthur Ramillon, prĂ©sident des VĂ©tĂ©rans 1870-1871, fait dĂ©poser contre le socle de la statue une superbe couronne portĂ©e par une pupille de la nation ; en termes vibrants le vieux vĂ©tĂ©ran dit pourquoi la sociĂ©tĂ© s'est crĂ©Ă©e, non pas pour une question de retraite, mais uniquement pour perpĂ©tuer ce mot du grand tribun , Gambetta: "Pour l'Alsace et la lorraine, n'oubliez jamais." Aujourd'hui le vĂ©tĂ©ran est satisfait, l'immanente justice, par le courage et le sacrifice des poilus de 1914-1920, a fait son Ɠuvre en rĂ©parant les effets funestes d'une attaque aussi brutale qu'injustifiĂ©e.

Au nom du gouvernement, M. Fauconnier, sous-préfet de Bayonne, prend la parole :

" L'hommage que je viens rendre au nom du gouvernement, aux grands morts de Hendaye se double d'une impression personnelle d'admiration que mon séjour en cette région, pendant la guerre, me permet aujourd'hui de ressentir et d'exprimer.

C'est ici peut-ĂȘtre que le sacrifice a Ă©tĂ© le plus lourd et la pure beautĂ© de sa valeur morale suffit Ă  la magnifier.

L'ancien maĂźtre aimĂ© et respectĂ© de tous a traduit, au pied de ce monument, dans un langage si plein de cƓur et de douloureuse fiertĂ©, l'Ă©motion de la municipalitĂ© qu'il prĂ©side et de la population qu'il reprĂ©sente.

Il a connu ces hommes devenus les martyrs glorieux d'une Ă©poque sanglante, son enseignement n'a pas Ă©tĂ© perdu. Et pourtant, s'il Ă©tait un pays oĂč l'on sentait la douceur de vivre, n'Ă©tait-ce pas cette rĂ©gion privilĂ©giĂ©e de la nature.

Ce n'était pas tout encore. Quatre années durant, les bruits de la tourmente vinrent expirer au bord de la Bidassoa, jusqu'au fond, en sortant de son apparente torpeur l'eau limpide de la baie se réveilla pour frissonner au vent de la victoire.

Aux plus sombres jours de la guerre, le deuil des cƓurs n'empĂȘchait pas de sentir ici l'avant-goĂ»t de l'atmosphĂšre de paix.

Tout cela, les combattants mobilisés de Hendaye ne l'ignoraient pas. Quittant sans amertume et sans hésitation, pour un destin qu'ils savaient cruel, ce qui pouvait les retenir, ils allaient s'opposer à l'invasion dans le seul souci de bien tenir leur place et de répondre à l'appel de la patrie en danger.

Combien de ces soldats de la République sont restés sur les champs de bataille. Nous n'honorerons jamais assez ces morts, qui ont écrit la plus belle page de votre histoire locale.

L'Ɠuvre que voici rappellera leur gloire. Pour nous-mĂȘmes, l'image est de nature Ă  nous unir, Ă  nous rĂ©conforter.    

Telle est la leçon qui se dégage d'une cérémonie comme celle-ci : leçon vraiment humaine et qui justifie bien la parole de M. le ministre de l'instruction publique de l'Université de Bordeaux:

"Exalter la mĂ©moire de nos morts et prolonger le souvenir de nos souffrances, ce n'est pas arrĂȘter l'histoire Ă  la page de la haine, c'est honorer l'humanitĂ© dans la cause de la France et la justice dans sa victoire."

M. le colonel de Gallé, du 49e d'infanterie de Bayonne, glorifia les morts locaux et apporta le salut de l'armée.

Les enfants de l'Ă©cole laĂŻque, sous l'habile direction de M. LabarrĂšre, directeur des Ă©coles, exĂ©cutĂšrent un cƓur Ă  quatre voix: "Ceux qui pieusement sont morts pour la France..."

L'Harmonie, dirigée par M. Caumille, joue la "Marseillaise". La manifestation, grandiose dans sa simplicité, est terminée. Le défilé des différentes délégations a lieu devant le monument; en passant, les enfants jettent des fleurs. La dislocation se poursuit dans le plus grand ordre, grùce aux dévoués commissaires.

Hendaye a glorifiĂ© ses morts avec une majestueuse simplicitĂ©, digne d'eux. –

J. Faget*”                                                                             

 

L’article de la Petite Gironde [33], datĂ© du mardi 20 dĂ©cembre 1921, s’attarde sur la cĂ©rĂ©monie religieuse, puis dĂ©crit le monument et le groupe en bronze. La prĂ©sentation du cortĂšge et des discours s’accompagne d’une Ă©numĂ©ration trĂšs large de noms de personnes prĂ©sentes aux cĂŽtĂ©s des personnalitĂ©s officielles et de fĂ©licitations aux concepteurs de l’Ɠuvre et aux membres du ComitĂ© :


“HENDAYE - Inauguration du monument aux morts

Inoubliable journĂ©e que celle du 18 dĂ©cembre, oĂč toute la population de Hendaye glorifia avec un recueillement impressionnant quatre-vingt dix huit de ses enfants morts pour la France. La pluie, tombĂ©e pendant la matinĂ©e, fit nĂ©anmoins trĂȘve pendant la majeure partie de la cĂ©rĂ©monie. Pas un vide Ă  l'Ă©glise pendant la messe; remarquĂ©s aux places rĂ©servĂ©es : MM, Choubac, maire; Fauconnier, sous-prĂ©fet de Bayonne; le colonel du 49e; V. Palacio et N. Estomba, consul et vice-consul d'Espagne; Homsy, commandant du "Grondeur"; Zaragueta et D. Martinez, maire d'Irun et de Fontarabie; capitaine de gendarmerie, chef de gare, inspecteur des douanes, receveur des postes et des contributions indirectes, commissaire spĂ©cial de police, Brastegui, conseiller municipal d'Irun.

A l'offertoire Mme E. Guillot fit entendre sa belle voix de mezzo soprano dans "Ils sont tombĂ©s", qu'un groupe de jeunes filles reprit en chƓur.

Un enfant de Hendaye, ancien combattant, M. l'abbĂ© Frapart, curĂ© de la paroisse, monta en chaire et exalta en termes Ă©levĂ©s les mĂ©rites de ses concitoyens tombĂ©s pour la dĂ©fense du sol sacrĂ© de notre belle France. L'absoute est ensuite donnĂ©e et le cortĂšge se forme aussitĂŽt sur la place de la RĂ©publique; dans un ordre parfait on se dirige vers Castel-Zahar, oĂč est Ă©rigĂ© le monument aux sons de la marche funĂšbre de Chopin, exĂ©cutĂ©e par l'Harmonie municipale.

Des drapeaux flottent aux fenĂȘtres, les magasins sont fermĂ©s et tous les yeux se mouillent au passage des pupilles de la nation, des veuves de guerre et des pĂšres et mĂšres de ceux dont on commĂ©more le souvenir; la foule est telle que l'on avance avec lenteur.. Les personnages officiels citĂ©s plus haut, auxquels se sont joints M. l'abbĂ© Frapart et tous les conseillers municipaux de Hendaye, MM. IrurĂ©tagoyĂ©na, BiĂ©nabe, LopĂ©tĂ©gui, UrtizbĂ©rĂ©a, conseillers municipaux d'Irun; Labourdette, Dayries, membres du ComitĂ©; Uthurria Bru, directeur du Sanatorium, pĂ©nĂštrent dans l'allĂ©e principale jusqu'au pied du monument, dont la remise Ă  la population est faite avec Ă©motion par le maire.

AdossĂ© Ă  un nid de verdure, et dans le cadre incomparable oĂč s'harmonisent la baie de Chingoudy, Ondarraitz et le cap Figuier, notre monument en granit rouge de Biriatou Ă©chappe Ă  la banalitĂ© des obĂ©lisques et colonnes qui s'Ă©lĂšvent un peu partout; il est trĂšs heureusement complĂ©tĂ© par un groupe de bronze reprĂ©sentant une femme française coiffĂ©e du casque du poilu, tenant dans ses bras un soldat expirant. Il porte au sommet l'inscription suivante: "aux hĂ©ros hendayais de la Grande Guerre"; puis sur les cĂŽtĂ©s, 1914-1918 et les noms des thĂ©Ăątres de la guerre oĂč sont tombĂ©s nos concitoyens; leurs noms Ă  eux sont gravĂ©s au centre en lettres d'or. L'appel aux morts, toujours impressionnant est fait par un grand blessĂ©, M. J. Aramberri, prĂ©sident de l'U.N.C; y rĂ©pondent deux braves mutilĂ©s, J.B. Murat et A. DĂ©lĂ©toille. Un piquet de marins du "Grondeur" prĂ©sentent les armes.

Prennent successivement la parole: le président de l'U.N.C, le maire, le sous-préfet, le président des Vétérans et le colonel du 49e. "L'Hymne à Victor Hugo" est chanté avec beaucoup de justesse par les voix fraßches et disciplinées des garçons de l'école laïque, sous l'habile direction de leur directeur, M. LabarrÚre. A son tour, l'Harmonie interprÚte avec ampleur un "andante" puis termine cette cérémonie par l'exécution de notre immortelle "Marseillaise".

Hendaye a bien glorifiĂ© ses morts. Les enfants du Nid Marin, du sanatorium, du pensionnat SuertĂ©garay, du patronage des Ă©coles laĂŻques dĂ©filent, en se retirant, devant le monument aux morts qu'ils couvrent de fleurs; les VĂ©tĂ©rans, les MutilĂ©s, l'U.N.C., les Dames de France, le Pupilles de la Nation, etc., font de mĂȘme.

La dislocation du cortÚge se fait sur le Boulevard de la Plage. TrÚs nombreuses et trÚs belles sont les couronnes dont les plus remarquables ont été offertes par la ville de Hendaye, la ville d'Irun, l'U.N.C., les Mutilés, les Vétérans, les Sociétés Françaises de Saint Sébastien, l'U. des Dames de France, le pensionnat Suertégaray, les écoles libres, l'Amicale laïque des jeunes filles, le Nid Marin, etc. que M. Rémy, le fleuriste si apprécié, dispose avec un goût exquis.

Nous adressons, en premier lieu, nos plus cordiales fĂ©licitations Ă  MM. Ducuing, le talentueux statuaire bigourdan, et Ă  M. H. Martinet, architecte paysagiste, conseiller municipal, qui en a conçu les plans, pour l'Ɠuvre de goĂ»t qu'ils nous ont donnĂ©e en collaboration. Tous nos remerciements vont ensuite Ă  un modeste parmi les modestes, M. L. Adamski, architecte municipal, dont le dĂ©vouement dĂ©sintĂ©ressĂ© n'a pas faibli un seul instant pendant toute la durĂ©e des travaux. Nous n'aurons garde d'oublier les membres du comitĂ©, qui ont Ă©galement payĂ© de leur personne, ainsi que les commissaires, anciens combattants, MM. Nury, Mortet, Bonnin , C. Imatz, Hablans et Laurent Pardo, qui furent des ordonnateurs parfaits”.


L’article du Courrier de Bayonne et du Pays Basque [34], datĂ© du mardi 20 dĂ©cembre 1921, plus concis que les prĂ©cĂ©dents, s’attache surtout Ă  citer les personnalitĂ©s et un rapide aperçu de leurs discours et met en exergue la couronne offerte par la municipalitĂ© de Fontarrabie, comme symbole de la sympathie tĂ©moignĂ©e par nos voisins espagnols :  


“HENDAYE - MONUMENT DES MORTS

Dimanche dernier a eu lieu la fĂȘte de l’inauguration du monument consacrĂ© aux morts de la Guerre. Un service solennel cĂ©lĂ©brĂ© Ă  9h.1/2 rĂ©unissait tout d’abord une foule immense et recueillie. Madame Guillot y fit entendre un « Pie Jesu Â» d’une piĂ©tĂ© touchante et remarquablement exĂ©cutĂ©.

A la sortie de l’église le cortĂšge se formait devant la mairie. C’était en premier lieu un dĂ©filĂ© interminable d’enfants appartenant au Sanatorium, au « Nid Marin Â», Ă  l’école Suertegaray, Ă  l’école paroissiale et aux Ă©coles publiques de la ville. Puis venaient les VĂ©tĂ©rans, l’Union des Combattants, la SociĂ©tĂ© des mutilĂ©s, les familles des morts encadrĂ©es d’un piquet de marins, enfin les autoritĂ©s parmi lesquelles on voyait M. le sous-prĂ©fet de Bayonne, le colonel du 49e, le commandant du « Grondeur Â», les consul et vice consul d’Espagne, le maire de Fontarabie, les adjoints au maire d’Irun, la municipalitĂ© de Hendaye. De nombreuses gerbes ou couronnes s’intercalaient dans le cortĂšge, offertes par les diverses Ă©coles ou sociĂ©tĂ©s. La couronne offerte par la municipalitĂ© de Fontarabie Ă©tait particuliĂšrement belle et significative de la sympathie que nous tĂ©moignĂšrent toujours nos voisins d’Espagne.

Au pied du monument, M. le maire de Hendaye en fait la prĂ©sentation Ă  la population. Il remercie tous ceux qui y ont apportĂ© leur souscription et aussi tous ceux « qui ont consacrĂ© leur talent et leur temps Â» Ă  l’érection de cette Ɠuvre d’art.  La musique joue le Largo de Haendel, avec goĂ»t et finesse. M. Aramberri, mutilĂ© de guerre fait l’appel des morts et la lugubre litanie « Mort pour la France Â» se rĂ©pĂšte cent fois aux oreilles Ă©mues des assistants. Au nom des mutilĂ©s, M. Aramberri prononce un discours d’une rare Ă©loquence et tire la leçon de sacrifice et de devoir qui se dĂ©gage de l’hĂ©roĂŻsme de nos morts. M. le Maire retrace ensuite la vaillante conduite de ceux que nous pleurons et les assure au nom de la population d’un souvenir reconnaissant et Ă©ternel, M. Ramillon se lĂšve au nom des VĂ©tĂ©rans et adresse aux morts les remerciements de l’ancienne gĂ©nĂ©ration meurtrie par la dĂ©faite et les humiliations imposĂ©es par la violence et salue avec joie l’heureuse restauration de la justice et du droit. M. le sous-prĂ©fet apporte ensuite le salut du gouvernement et recommande l’union dans le travail, seule source de rĂ©gĂ©nĂ©ration et de prospĂ©ritĂ© pour la France de demain. M. le colonel du 49e exprime les hommages de l’armĂ©e dont les morts sont la gloire et l’encouragement. AprĂšs les discours, les enfants des Ă©coles chantent un hymne Ă  l’honneur des hĂ©ros et leurs voix pures et bien exercĂ©es firent belle impression. La musique clĂŽture cette belle cĂ©rĂ©monie par l’hymne de « la Marseillaise Â» pendant lequel les enfants dĂ©filent devant le monument en le couvrant des fleurs qu’ils avaient apportĂ©es.

En somme, excellente journĂ©e dont chacun conservera le plus vivant souvenir et un amour plus grand pour nos morts qui se sont immolĂ©s et pour la France dont nous leur devons le salut et la victoire”.

    

L’article de El Bidasoa [35], hebdomadaire d’Irun, datĂ© du dimanche 25 dĂ©cembre 1921, dĂ©crit la messe solennelle, puis l’aspect du monument et mentionne la couronne dĂ©diĂ©e par le peuple d’Irun (Traduction assurĂ©e par Pedro Sanchez Blanco) :


“À Hendaye - Hommage aux morts de la Grande Guerre

Dimanche dernier on a cĂ©lĂ©brĂ© dans la Ville voisine de Hendaye l’acte d’inauguration du monument dĂ©diĂ© aux 98 hendayais morts sur les champs de bataille.

Ce fut un jour inoubliable pour nos voisins hendayais et on peut affirmer que toute la population a adhéré à cet hommage en y participant avec un recueillement saisissant.

À 10 heures fut officiĂ©e une messe solennelle dans une Église paroissiale comble. Etaient prĂ©sentes les autoritĂ©s avec son Maire M. Choubac, le sous-prĂ©fet de Bayonne M. Fauconnier, MM. Palacio et Estomba Consul et vice-consul d’Espagne, le colonel de la 49Ăšme de ligne, don Serapio ZaragĂŒeta et don JosĂ© M. Barastegui Maire et adjoint au Maire d’Irun, don Daniel Martinez Maire de Fontarrabie, le Commandant du Grondeur, capitaines de gendarmerie et douaniers, commissaire de police et autres autoritĂ©s.

Durant l’office les chƓurs d’enfants dirigĂ©s par Mme. E. Guillot entonnĂšrent “Ils sont tombĂ©s”.

La cĂ©rĂ©monie religieuse terminĂ©e se forma un imposant cortĂšge dont on peut assurer qu’il rassemblait tout Hendaye, se dirigeant vers Castel-Zahar, prĂ©cĂ©dĂ© par la fanfare municipale qui joua l’émouvante marche funĂšbre de Chopin.

Face Ă  la baie de Txingudi, devant ce beau cadre dressĂ© par la nature eut lieu l’inauguration du Monument que la Ville de Hendaye dĂ©die Ă  ses enfants morts pour la France.

Il reprĂ©sente une femme française couverte d’un casque de poilu, soutenant dans ses bras un soldat mort, ce groupe sculptĂ© est entourĂ© d’un mur en granit rouge formant un arc de cercle qui porte sur son sommet l’inscription “Aux hĂ©ros hendayais de la Grande Guerre”. Sur le mur apparaissent les noms des morts et des batailles oĂč ils perdirent la vie pour leur Patrie.

Un peloton de marins de la canonniùre “Grondeur” rendit les honneurs.

M. S. Aramberri PrĂ©sident de l’Union des Combattants, un des premiers blessĂ©s dans la guerre, prit le premier la parole, suivi de celle de ses compagnons J. B. Murat et A. Deletoile.

ParlĂšrent ensuite le Maire de Hendaye, le sous-prĂ©fet de Bayonne et d’autres personnalitĂ©s.

Une fois dĂ©posĂ©es diverses couronnes, celle que dĂ©dia le peuple d’Irun attirant l’attention entre toutes les autres, un dĂ©filĂ© eut lieu le long du Boulevard de la Plage.

La cĂ©rĂ©monie se termina par l’interprĂ©tation de la Marseillaise.

C’est de cette maniĂšre que la population de Hendaye honora ses hĂ©ros”.


Les 98 noms inscrits sur le Monument aux morts de la Grande Guerre 

 

98 noms de soldats hendayais sont inscrits sur la partie centrale en hémicycle du monument.
Sur les deux pilastres qui encadrent le monument figurent les noms des régions et des batailles ont les troupes du Sud-Ouest ont été en majorité engagées.
 

Vue d’ensemble de l’hĂ©micycle supportant les 98 noms des morts hendayais de la Grande Guerre            

 

  

Les 98 noms d’hendayais figurant sur le monument aux morts de la Grande Guerre



                

RĂ©gions et batailles de la Grande Guerre oĂč les troupes du Sud-Ouest se sont le plus signalĂ©es

 

On se reportera aux fiches Ă©tablies pour chaque soldat dĂ©cĂ©dĂ© oĂč figurent sa date et son lieu de naissance, sa profession, son rĂ©giment, son grade, ses Ă©ventuelles dĂ©corations, la date, le lieu et les conditions de son dĂ©cĂšs, ainsi que le lieu de sa sĂ©pulture [36].      

 

AprĂšs l’inauguration du Monument 

 
Oubliant la polĂ©mique nĂ©e de la non inscription des signatures des architectes, le maire Jean Choubac adressa dĂšs le 20 dĂ©cembre 1921 une lettre de remerciements et de fĂ©licitations Ă  Henry Martinet [37] :
 

“Hendaye, le 20 dĂ©cembre 1921

Le Maire de Hendaye

Ă  Monsieur H. Martinet

129 rue du Faubourg St-Honoré

Paris

Monsieur,

Cest dimanche dernier, 18 courant qu’a eu lieu la cĂ©rĂ©monie d’inauguration du monument aux Morts pour la Patrie. Je vous ai aperçu dans la foule ; je pensais bien, en effet, que vous ne seriez pas restĂ© loin de nous ce jour lĂ , parce que votre cƓur bat Ă  l’unisson du nĂŽtre.

Comme moi vous avez pu recueillir les rĂ©flexions admiratives suggĂ©rĂ©es par la beautĂ© du Monument. Elles s’adressent Ă  vous, auteur du Monument et Ă  tous vos collaborateurs dans l’Ɠuvre.

J’ai le devoir personnel, et je m’en acquitte volontiers, de vous adresser mes plus vives fĂ©licitations et mes meilleurs remerciements pour la belle Ɠuvre que vous avez conçue et qui se dresse Ă  jamais sur l’un des plus beaux sites de notre France, en hommage Ă©ternel Ă  nos braves hĂ©ros de la grande guerre, votre bien aimĂ© fils y compris.

Je vous prie d’agrĂ©er, Monsieur Martinet, l’expression de mes sentiments reconnaissants et dĂ©vouĂ©s.

Le Maire”

 

Sans omettre de fĂ©liciter Ă©galement Louis Adamski [38] :

 

“Hendaye, le 20 dĂ©cembre 1921

Le Maire de Hendaye

Ă  Monsieur Adamski

Monsieur,

Vous avez pris une part trĂšs active et trĂšs dĂ©sintĂ©ressĂ©e Ă  l’érection du monument aux Morts pour la France.

J’ai le devoir personnel, et je m’en acquitte volontiers, de vous adresser mes plus vives fĂ©licitations et mes meilleurs remerciements pour la mise en parfait Ă©tat de notre monument et de ses abords en vue de la cĂ©rĂ©monie d’inauguration.

Veuillez agrĂ©er, Monsieur Adamski, l’expression de mes sentiments bien reconnaissants et dĂ©vouĂ©s.

Le Maire”

 

Henry Martinet n’avait pas encore enterrĂ© la hache de guerre, comme on peut le constater dans sa rĂ©ponse du 26 dĂ©cembre 1921 [39] au maire de Hendaye :

 

“Paris, le 26 dĂ©cembre 1921

Monsieur Choubac,

Maire de Hendaye

Personnelle

Cher Monsieur Choubac,

En rĂ©ponse Ă  votre lettre du 20 courant, je viens vous remercier des fĂ©licitations que vous avez bien voulu m’adresser en votre nom personnel , pour ma conception du monument aux Morts de Hendaye ; dans la circonstance, vous le savez, j’ai fait de mon mieux et de tout cƓur, pour rendre non seulement, un hommage Ă  nos chĂšres et vaillantes victimes de la guerre, mais aussi pour doter la commune de Hendaye d’un monument digne d’elle, et sortant, autant que possible, de la banalitĂ© courante.

Les tĂ©moignages de sympathie que j’ai reçus Ă  cette occasion, d’une Ă©lite, font compensation aux manifestations en sens contraire.

Cependant, ce que j’ai appris au cours de mon dernier voyage Ă  Hendaye m’a mis dans l’obligation de vous Ă©crire officiellement pour vous demander communication de la dĂ©libĂ©ration  du Conseil Municipal. J’ai reçu cette communication que vous avez bien voulu m’envoyer, et je vais ĂȘtre obligĂ© de vous Ă©crire une lettre officielle, pour demander des rectifications Ă  cette dĂ©libĂ©ration.

Le simple souci de ma dignitĂ© personnelle ne me permet pas, en effet, aprĂšs ce que j’ai appris, de considĂ©rer aujourd’hui, comme clos, ainsi que je vous l’avais Ă©crit, un incident qui n’aurait pas dĂ» se produire et au sujet duquel chacun devra prendre ses responsabilitĂ©s.

Veuillez agrĂ©er, Cher Monsieur Choubac, l’assurance de mes sentiments bien cordialement dĂ©vouĂ©s.

H. Martinet”    

 

Pour mettre mieux en Ă©vidence le groupe sculptural en bronze, il fut dĂ©cidĂ©, en octobre 1922, la pose d’une pierre de taille en grĂšs rouge, pour surĂ©lever le socle :  

 

“Ville de Hendaye

Monument aux morts

Surélévation du socle supportant le groupe en bronze

Fourniture, taille, pose de pierre de taille, grĂšs rouge de ASCARAT, compris dĂ©placement du groupe en bronze et remise en place, le dit socle ayant 1,96m de long, 1,26m de large, et 0,22 de hauteur, toutes plus-values comprises : 700,00 frs.

DressĂ© par l’architecte soussignĂ©

Hendaye, le 4 octobre 1922

Adamski”

Surélévation du socle supportant le groupe en bronze


Puis, en aoĂ»t 1923, on se prĂ©occupa de dresser une clĂŽture du monument [40] :  


“VILLE DE HENDAYE

ClĂŽture du Monument aux Morts pour la France

TRAITÉ DE GRÉ A GRÉ

Entre les soussignés:

M. CHOUBAC, Maire de Hendaye Ă  ce autorisĂ© par dĂ©libĂ©ration du Conseil Municipal, en date du 23 juin 1923, approuvĂ©e par M. le PrĂ©fet, le 6 juillet 1923, d'une part ;

Et M. ALZATE, entrepreneur demeurant Ă  Hendaye  d'autre part ;

A ETE DIT ET CONVENU CE QUI SUIT :

M. Alzate s'engage Ă  fournir Ă  pied d'Ɠuvre et taillĂ©e, la pierre d'Ascarat, destinĂ©e Ă  former la clĂŽture du Monument aux Militaires morts pour la France, pour la somme de MILLE CINQ CENT SIX FRANCS CINQUANTE CENTIMES (1.506,50), savoir :

17 mÚtres de bordure au prix de 34Frs le mÚtre linéaire ;

5 pilastres au prix de 120 Frs l'un ;

9 socles  au prix  de 36,00 Frs l'un.

M. CHOUBAC, au nom de la commune, s'engage Ă  acquitter Ă  M. Alzate la somme de 1.506f50, aprĂšs l'approbation du prĂ©sent  traitĂ© par M. le PrĂ©fet.

Les frais de timbre et d'enregistrement du présent marché, sont à la charge de l'entrepreneur.

                                                           Fait Ă  Hendaye, le 2 aoĂ»t 1923

L'entrepreneur                                                                                  Le Maire

AlzatĂ©                                                                                                Choubac

 

Vu et approuvé

Pau, le 10 août 1923

Le PrĂ©fet”


                 

Pilastres de la clĂŽture du Monument aux morts

 

Une commĂ©moration toute particuliĂšre en 1936 

 

Photo probablement prise le 11 novembre 1936

 

Sur cette photo, qui date vraisemblablement du 11 novembre 1936, figurent des rĂ©fugiĂ©s rĂ©publicains espagnols. Son propriĂ©taire est le fils d'Anastasio Blanco Elola, chancelier du consulat de la RĂ©publique espagnole Ă  Hendaye pendant la guerre civile. Il est sur la photo, ainsi que Florencio Iracheta, dirigeant socialiste d'Irun, qui fut fusillĂ© quelques annĂ©es plus tard Ă  Burgos lors de la prise de la ville.


Une extension du monument aprĂšs la Seconde Guerre Mondiale 

 
La Grande Guerre fut malheureusement suivie de la Guerre de 1939-1945. Aprùs l’armistice du 8 mai 1945, les communes eurent à cƓur de rendre hommage à leurs soldats morts pour la Patrie au cours de cette seconde guerre mondiale.
 
Auguste Etchenausia venait d’ĂȘtre Ă©lu maire de Hendaye lors de la sĂ©ance du 4 novembre 1950 du Conseil municipal, succĂ©dant Ă  Philippe Labourdette. Une souscription publique avait Ă©tĂ© ouverte pour procĂ©der aux travaux d’extension du monument aux morts.
On retrouve dans les dĂ©libĂ©rations de la sĂ©ance du 27 novembre 1950 du Conseil municipal le montant atteint par la souscription publique et le vote des crĂ©dits nĂ©cessaires aux travaux d’agrandissement du monument : “Monument aux Morts : la souscription publique ayant rapportĂ© 436.680 frs, le Conseil Municipal vote un crĂ©dit de 200.000 francs pour complĂ©ter le financement des travaux envisagĂ©s”.
 
Madame Faget a retrouvĂ© le reçu du don de 1.000 frs qu’elle avait fait, le 19 fĂ©vrier 1949, pour participer au financement de cette opĂ©ration et nous l’a aimablement confiĂ©.  
 

  Reçu du don de Madame Faget Ă  la souscription publique pour l’érection du Monument aux morts de 39-45


La réalisation de cette extension du monument dédiée aux morts de la seconde guerre mondiale fut confiée à Edmond Durandeau, lui qui avait vu son projet initial abandonné en 1920.

 

Edmond Durandeau avec ses petits-enfants,

devant la Maison Rouge, en 1960

 

Edmond Durandeau rĂ©alisera cet agrandissement en 1951 en rajoutant, de chaque cĂŽtĂ© de l’hĂ©micycle du monument existant, un mur de la mĂȘme pierre.
 
Sur le mur de droite en regardant le monument furent inscrits les noms des soldats hendayais morts en 39-45.
 
Sur le mur de gauche en regardant le monument furent inscrits les noms des dĂ©portĂ©s hendayais de 39-45, puis plus tard les noms des soldats hendayais morts en Indochine et en Afrique du Nord.                          
 

           

 DĂ©portĂ©s hendayais de 39-45                                    Morts hendayais de 39-45              

 

UltĂ©rieurement, une plaque fut apposĂ©e sur le devant du socle de la statue en bronze : “Aux FusillĂ©s et aux Victimes de la Barbarie Nazie”.
Puis deux hendayais dĂ©portĂ©s dĂ©posĂšrent l'urne contenant la terre et les cendres des camps de concentration, qui se trouve au pied du monument, sous la plaque prĂ©cĂ©dente : ils ont pour noms Jean Arruabarena, radio-Ă©lectricien Ă  Hendaye, dĂ©portĂ© au camp de Sachsenhausen, n° 58 398 et GĂ©rard Lafon, mĂ©canicien, dĂ©portĂ© au mĂȘme camp, n° 58 509.

 

Plaque commémorative et urne des cendres de la déportation


Érection d’une stùle “Croix de Lorraine”

 

Dans un passĂ© plus rĂ©cent, fut Ă©rigĂ©e en marge du Monument, sur son versant droit, une stĂšle portant la croix de Lorraine, dĂ©diĂ©e “aux Ă©vadĂ©s de France, aux Forces Françaises Libres et Ă  la RĂ©sistance”.


            

 StĂšle Croix de Lorraine : “Aux Ă©vadĂ©s de France, aux FFL, Ă  la RĂ©sistance”

 

IntĂ©gration du jardin de la villa Apollonie Ă  l’espace vert du Monument

 

En 1980, fut envisagĂ©e l’intĂ©gration du jardin de la Villa Apollonie dans l’espace vert du Monument aux morts. Une note de la mairie de Hendaye du 20 aoĂ»t 1980 prĂ©cise que “la cessation de la location de la Villa Apollonie Ă  des privĂ©s a permis d’attribuer la jouissance de l’immeuble bĂąti Ă  l’Amicale LaĂŻque. Le jardin d’une superficie de 3 000 m2 environ n’est pas attribuĂ© Ă  cette association mais au contraire est destinĂ© Ă  ĂȘtre amĂ©nagĂ© pour devenir public. Pour ce faire il sera reliĂ© et intĂ©grĂ© au jardin public du monument aux morts aprĂšs amĂ©nagements d’allĂ©es en continuitĂ© de celles desservant les promenades existantes. Il sera Ă©galement crĂ©Ă© une extension de l'Ă©clairage public. Le montant total des travaux est estimĂ© Ă  120 000 francs” [41].


Un plan Ă  l’échelle 1/500Ăšme avait Ă©tĂ© dessinĂ© :  

 

Plan au 1/500ùme du projet d’extension de l’espace vert du Monument aux morts

 
Ces documents furent annexĂ©s Ă  la dĂ©libĂ©ration du Conseil municipal du 9 octobre 1980 qui “vota l’exĂ©cution du projet dĂšs que la dĂ©cision en matiĂšre de subvention serait connue et s’engagea Ă  inscrire au budget de 1981 le crĂ©dit nĂ©cessaire pour financer ce programme” [42].
 
Un appel d’offres fut lancĂ© le 9 avril 1981 auprĂšs de six entreprises pour l’agrandissement du jardin public du Monument aux morts : “Ces travaux comprennent essentiellement le dĂ©broussaillage et arrachage de plantations, la crĂ©ation d’allĂ©es, le rĂ©glage, nivellement et ensemencement de pelouses” [43].

 

 

 La Villa Apollonie et le Monument aux morts


Le Monument aux Morts aujourd’hui 

 

   





Documents consultĂ©s 

 

[1] Lettre du 7 décembre 1918.

[2] ProcĂšs-verbal de l’installation du Conseil municipal et de l’élection d’un Maire et de deux adjoints, le 19 mai 1912.

[3] Mairie de Hendaye - Extrait du Registre aux délibérations du Conseil municipal - Séance extraordinaire du 15 Mai 1919.

[4] ProcĂšs-verbal de l’installation du Conseil municipal et de l’élection d’un Maire et de deux adjoints, le 10 dĂ©cembre 1919.

[5] Commune de Hendaye - Monument aux morts pour la Patrie - Note explicative - 10 novembre 1920.

[6] SĂ©ance du ComitĂ© du Monument commĂ©moratif “Aux Morts pour la Patrie”- 1920.

[7] Commune de Hendaye - Plan - Emplacement du Monument commémoratif - 20 septembre 1920.

[8] Ville de Hendaye - Recette de la soirée récréative du 5 janvier 1919.

[9] Ville de Hendaye - Note du 4 mai 1920 sur les piÚces comptables de ravitaillement remises le 9 février 1920.

[10] Lettre du 27 octobre 1920, de Jean Choubac Ă  LĂ©on Iruretagoyena.

[11] ModĂšle en plĂątre de la sculpture de Paul Ducuing.

[12] Devis du 30 juillet 1920 de la Maison Barbedienne, pour l’exĂ©cution du modĂšle en bronze du groupe “La France tenant un Poilu expirant”.

[13] Commande de la sculpture à Paul Ducuing, le 23 août 1920.

[14] Devis approximatif pour la construction du Monument aux morts de la Grande Guerre, dressé le 23 septembre 1920.

[15] Lettre de Henry Martinet au maire demandant la liste des morts et les noms des lieux et batailles Ă  inscrire sur le Monument aux morts.

[16] Extrait du registre aux dĂ©libĂ©rations du Conseil municipal - SĂ©ance ordinaire du 8 avril 1921 - Adjudication restreinte des travaux de terrassement, maçonnerie, etc
 , au Monument commĂ©moratif.

[17] Extrait du registre aux dĂ©libĂ©rations du Conseil municipal - SĂ©ance ordinaire du 3 mai 1921 - Ouverture d’un crĂ©dit de Frs : 50503,83 pour l’érection du monument aux morts pour la France.

[18] Lettre du 6 février 1921 de Paul Ducuing au maire de Hendaye.

[19] Lettre du 25 avril 1921 de Paul Ducuing au maire de Hendaye.

[20] Facture de l’entreprise de peintures Th. Labranque à la mairie de Hendaye.

[21] Lettre du 20 février 1922 de Louis Adamski au maire de Hendaye.

[22] Lettre du 22 février 1922 de J.-P. Etchecoin à Louis Adamski.

[23] MĂ©moire du 10 mars 1922 de l’Union OuvriĂšre Larrey BiĂ©nabe Minvielle de Hendaye.

[24] Lettre du 22 mars 1921 de Paul Ducuing au maire de Hendaye.

[25] Lettre du 19 avril 1921 de Paul Ducuing au maire de Hendaye.

[26] Lettre du 26 juillet 1921 de Paul Ducuing au maire de Hendaye.

[27] Lettre du 11 décembre 1921 de Henry Martinet au maire de Hendaye.

[28] Lettre du 11 décembre 1921 de Henry Martinet à M. Ithurria, secrétaire du Comité du Monument aux morts.

[29] Lettre du 28 décembre 1921 de Henry Martinet au maire de Hendaye.

[30] Lettre du 24 janvier 1922 de Henry Martinet au maire de Hendaye.

[31] Lettre du 28 décembre 1921 du Préfet des Basses-Pyrénées au maire de Hendaye.

[32] Article de la DĂ©pĂȘche paru dans la semaine du 19 dĂ©cembre 1921.

[33] Article de La Petite Gironde paru le mardi 20 décembre 1921.

[34] Article du Courrier de Bayonne et du Pays Basque paru le mardi 20 décembre 1921.

[35] Article de El Bidasoa, hebdomadaire d’Irun, paru le 25 dĂ©cembre 1921.

[36] Fiches individuelles des soldats hendayais morts pendant la Grande Guerre.

[37] Lettre du 20 décembre 1921 du maire de Hendaye pour remerciements et félicitations à Henry Martinet.

[38] Lettre du 20 décembre 1921 du maire de Hendaye pour remerciements et félicitations à Louis Adamski.

[39] Lettre du 26 dĂ©cembre 1921 de Henry Martinet au maire de Hendaye. 

[40] Commande du 4 octobre 1922 de Louis Adamski pour surélévation du socle.

[41] Note du 20 aoĂ»t 1980 de la mairie de Hendaye sur le projet d’intĂ©gration du jardin de la Villa Apollonie dans l’espace vert du Monument aux Morts.

[42] Extrait du registre aux dĂ©libĂ©rations du Conseil municipal - SĂ©ance du 9 octobre 1980 – Projet d’espace vert d’Apollonie, demande de subvention.

[43] Appel d’offres du 9 avril 1981 pour l’agrandissement du jardin public du Monument aux Morts.



Remerciements


Nous tenons tout particuliĂšrement Ă  remercier le personnel des Archives dĂ©partementales de Bayonne et celui de l’état-civil de Hendaye pour leur accueil, leur gentillesse et leur disponibilitĂ©, ainsi que les personnes qui nous ont communiquĂ© des documents ou des Ă©lĂ©ments intĂ©grĂ©s dans ce dossier.