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sur l'Histoire de Hendaye

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 QUARTIER DE LA GARE 



Le Pont Saint-Jacques

Arantxa Grund


 


____________________ TEMOIGNAGE Angèle PEYRELONGUE ____________________




Ma famille s’était installée dans le quartier de la gare en 1936, alors que la guerre d’Espagne et la dictature franquiste sévissaient. De nombreuses familles républicaines, fuyant l’Espagne, via le pont international, venaient se réfugier à la gare de Hendaye. On peut encore remettre en exergue le sens de la solidarité manifestée par nombre d’habitants du quartier de la gare.

 

A l’époque, et longtemps après, le quartier de la gare apparaissait  comme un village, bien organisé, avec son fronton, son école (de la classe maternelle au certificat d’études) trois magasins d’alimentation, une boucherie, ces commerces étant regroupés autour du fronton. Un boulanger, puis un volailler, s’y installèrent par la suite.

 

Un cabinet médical fut créé vers 1940 me semble-t-il, dans la propriété de la famille Lapeyre, rue des Déportés ; plusieurs médecins s’y succédèrent jusqu’en 1996 : Mlle de Montaigne, M. Pierre Labèque, Mlle Acheriteguy, M. Jean-Pierre Reboul.

 

Le fronton, élevé sur une petite esplanade s’enorgueillissait d’un mur à gauche et d’un bar sur le côté droit ; il était le centre de vie du quartier, le lieu de rassemblement et de divertissement, tant des adultes que des enfants. Les parties de pelote, fréquentes, étaient appréciées de tous.

 

Les relations entre habitants étaient cordiales ; tous les gens se connaissaient et s’intéressaient aux événements survenus chez les uns et les autres. J’ai vécu dans ce quartier jusqu’à mon mariage et je n’ai jamais eu connaissance de problème de voisinage.

 

Il en était de même concernant les enfants qui constituaient un groupe important, garçons et filles y compris, une « bande » qui acceptait avec une certaine fierté, l’autorité d’un chef. Celui-ci, Petit-Louis, était l’avant-dernier d’une fratrie de 8 (7 garçons et 1 fille) enfants de M. Louis Ugarté, le propriétaire des lieux (le bar « Luisito » et le fronton).

 

Les relations avec les bandes des autres quartiers étaient rares ; il arrivait même que, voyant des gamins de la bande du Bas-Quartier (connue pour ses exploits) descendre la rue du Commerce et s’avancer vers nous, la « sentinelle » de notre groupe courait alerter Petit-Louis qui ne se montrait pas toujours accueillant.

 

Par ailleurs, nous participions avec joie aux fêtes locales, Bichincho et fête basque. Souvent, pour celle-ci, les enfants étaient accompagnés de leurs parents qui s’étaient munis de victuailles pour le pique-nique du soir sur le terrain de sports, après le défilé. Ceci m’amène à faire une remarque sur la modification du parcours du défilé, laquelle a pour effet de tronquer le spectacle et de marginaliser le quartier de la gare jusque là associé à la fête.

 

Après mon mariage, je suis revenue vivre dans ce quartier avec mon mari et la première née de nos enfants. J’y ai retrouvé l’ambiance sympathique et l’animation connues auparavant. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : ce quartier n’est plus qu’un lieu de passage vide et triste : les commerçants, excepté une boulangerie, ont disparu, le fronton, symbole du quartier également, le cabinet médical est fermé, plusieurs maisons sont très endommagées et paraissent abandonnées.

 

Pourquoi cette désolante évolution, pourquoi cette désaffection ?



____________________ TEMOIGNAGE Henri TRIAS ____________________



Le bac de Santiago

Danielle Echeveste


 


Ce quartier, avant l’arrivée du chemin de fer, était une zone de champs et prairies avec très peu d’habitants. Ce micro territoire pratiquement désertique a vu arriver par vagues successives des terrassiers, des manœuvres, des maçons, des forgerons, puis des cheminots, des douaniers, des gendarmes, des transitaires. Une aubaine pour quelques HENDAYAIS le reste venant de toutes régions de France et aussi d’Espagne.


J’habite de quartier pratiquement depuis ma naissance (fév. 1935). Mes premiers souvenirs sont ceux provoqués par la débâcle de 1940, la colonne de voitures faisant la queue sur ce que nous appelons maintenant le Bd de Gaulle. Ce sont des Juifs qui cherchent à fuir, mes parents en hébergent. Nous et nos voisins leur donnons de l’eau à défaut d’autres choses. Beaucoup parviennent à obtenir le Visa qui leur permettra d’aller vers l’Espagne et le Portugal. Au bout de quelques jours, notre bd devient désert et ce sont les soldats allemands qui les remplacent. Ils occupent aussitôt les bâtiments qui entourent notre maison, à gauche les Galeries Lafayette où ils installent des batteries de canons et dans la villa à droite, ce qui semble être une autre sorte de militaires.


C’est l’OCCUPATION.


Dans notre édifice, vivent un ménage de douaniers, une modiste et ses filles, un patron mécanicien, la famille d’un prisonnier de guerre. De suite, il s’établit une solidarité entre nous, entraide et respect qui durera longtemps. Nous observons que c’est la même chose presque partout dans notre quartier. C’est la débrouille, il faut manger et se chauffer, tout le monde participe dans la mesure de ses possibilités. Par exemple, le mécanicien a été réquisitionné par les Allemands pour l’entretien de la villa mitoyenne. Une de ses obligations est de s’occuper de leur chauffage. Quand il porte un seau de charbon pour leur chaudière, par-dessus la petite séparation, il jetait au moins un seau de plus que nous nous répartissions entre nous sans aucun remords. Et le plaisir que nous prenions tous les soirs à écouter Radio Londres « les Français parlent aux Français » et en plus avec une radio « récupérée » aux Allemands. Et un jour, nous avons vu les Allemands s’enfuir ; pour un gamin d’environ 11 ans, c’était merveilleux : enfin la LIBERATION.


Quelque temps après, j’ai eu la chance de voir M. CHURCHILL mais devant l’Eskualduna à la plage… A la gare, le seul personnage indésirable que nous avons pu entrevoir vu la position de notre appartement, c’est l’arrivée d’Hitler lors de son entrevue avec Franco ; inutile de dire ce que j’ai préféré. Plus ou moins avant ou après la visite de M. CHURCHILL nous avons eu le retour des rares déportés qui avaient survécu ; je me rappelle également d’une grande manifestation qui eut lieu au fronton Gaztelu Zahar où le père Armand nous expliqua comment avaient vécu nos concitoyens la déportation, combien ils avaient souffert, tant ceux qui sont morts comme les rares qui avaient survécu. Ce fut impressionnant pour l’enfant que j’étais encore et je réalisais pleinement ce que pouvait être la BARBARIE.


Quelques années passent et notre quartier commence à changer. La résidence BIENIRA se construira face à la Gare. Un petit parc ou jardin a disparu ainsi que des escaliers et la Source. D’autres immeubles se construiront sur le Bd de Gaulle. Le Louvre disparaîtra (il était peut-être temps). Avant cela, nous aurons perdu notre fronton LUISITO qui était un peu l’âme du quartier.


 


Pour terminer, il faut rappeler que ce quartier qui a moins de deux cents ans en tant que « de la Gare », depuis des siècles a une grande importance car c’est toujours un lieu de passage, de halte, de frontière, de traversée de la Bidassoa. Il est sur le chemin de SANTIAGO.

 





____________________ TEMOIGNAGE Mme BEITIA ____________________


Elle est arrivée dans le quartier de la Gare au début de la guerre, après l’exode. Elle venait avec sa famille de sa Lorraine natale. Depuis, elle a toujours vécu dans ce quartier. La famille a été très bien accueillie. Ils ont été logés chez l’habitant pendant quatre ans. A l’école, elle a dû raconter l’exode.

 

Elle a un souvenir très présent de la guerre. Alors qu’elle se rendait à l’école à 13 h 30, à l’entrée de la rue Doléac, un Allemand immense, casqué, armé, l’air méchant se place en face d’elle. Il lui interdit l’accès de la rue. Malgré son insistance pour se rendre à l’école, il persiste dans son refus. Elle lui demande en allemand, pour quelle raison, elle ne pouvait pas passer. Il lui répond que cela ne la regarde pas mais s’étonne également de sa connaissance de la langue. Elle lui explique qu’elle vient de Lorraine et que l’allemand est la seconde langue apprise à l’école. Pas très intimidée cependant, elle se hasarde à poser une question : et vous, d’où venez-vous ? Il était autrichien. Elle retourne donc à la maison, pas mécontente du tout de ne pas aller à l’école. Elle a su un peu plus tard que ce jour là, se déroulait la rencontre Hitler – Franco.

 

Les Allemands occupaient l’hôtel Duclerq (Santiago actuellement), l’hôtel du Midi et du Terminus, la maison Pardo. La famille a été expulsée. La gestapo était située à l’hôtel Saint-Cricq et à la villa Marie. Les Allemands avaient construit un blockhaus à la rue du Commerce.

 

Pendant la guerre, il n’y avait pas beaucoup d’activités. Le cinéma fonctionnait aux Variétés mais on ne pouvait voir que des films de propagande nazie.

Elle se souvient que sa famille avait été invitée à une communion solennelle, alors qu’il y avait le couvre feu. Au retour, sa mère et elle ont dû se cacher pour ne pas être arrêtées et conduites à la kommandantur afin de ne pas devoir cirer les bottes des Allemands.

 

Durant la période de guerre, elle a vu passer la division AZUL. Ils étaient chaussés d’espadrilles. On les a conduits sous bonne escorte jusqu’aux douches municipales. Ils partaient pour le front russe et n’avaient pas l’air particulièrement heureux.


A la frontière, il y avait un pont en bois gardé par les Allemands. La douane française était présente. Sa mère y travaillait. Rien ne passait à l’exception des commissionnaires sur autorisation. Malgré tout il y avait de la contrebande (café, produits alimentaires).

A la Libération, tout le monde a dansé sur le fronton.

 



Dans le quartier, il y avait quelques fermes : la ferme Olaso en face de la Concha, la ferme de Mayi sur la route de Béhobie. Pendant la guerre, elle a été transformée en camp pour les Sénégalais. Il y avait aussi la ferme Otatz celle d’Irandatz. La famille Eguiazabal occupait cette ferme et il y avait également un petit château dans le domaine d’Irandatz qui appartenait à des nobles. La ferme d’Irandatz était très grande. Il y avait un bois dans lequel Richard allait chasser avec son père.

 

 







Le quartier de la Gare était doté de 5 hôtels : hôtel Terminus, Hôtel Brocas, Hôtel du Midi, Hôtel de la Gare…, trois épiceries,, une boucherie, une maison de prêt-à-porter située à l’endroit de la pharmacie actuelle. La boucherie était tenue par Nicolas Buriñaga. Elle se souvient que son chat Pascual le suivait toujours de la maison à la boucherie.

A la gare, il y avait beaucoup de trafic. Il y avait la compagnie des wagons-lits. Les cheminots dormaient chez l’habitant. Après l’occupation, il y avait un hôtel où des prostituées attendaient les arrivées des trains. C’était l’hôtel Lafitte (situé à l’emplacement actuel de la Palombe Bleue). Richard Beitia précise que la patronne était très gentille avec les enfants et leur offrait des verres d’orangeade. Ils ne comprenaient pas pourquoi les parents leurs interdisaient de fréquenter cet hôtel. A l’époque, dit-il, on entrait dans toutes les maisons.

 





 

Au niveau du trafic marchandises, de nombreux trains d’oranges en provenance d’Espagne s’arrêtaient à Hendaye. Des trains entiers passaient au moment de la plantation et de la récolte des betteraves (les remolacheros), des vendanges, des fraises. Les remolacheros étaient des Andalous. Lorsqu’ils avaient terminé la saison, ils s’arrêtaient au change avant de passer en Espagne pour convertir leur salaire en pesetas. Il y avait une bagarre entre les banques pour proposer les meilleurs taux de change. A 5 heures du matin, la banque était ouverte pour accueillir les premiers trains. On travaillait même les jours de fête. Son collègue M. Acitores disait qu’il n’avait jamais passé un Noël avec ses enfants. Le patron M. Lassalle était également présent.

 

Il y avait de nombreuses banques qui pratiquaient le change dans le quartier : la portugaise, la banque franco-espagnole, le centre de change hendayais… Avant la guerre, il y avait Acitores et Feuillade. Ils ont fermé pendant la guerre. Après la guerre, de nouvelles banques se sont installées. Il y avait aussi un bureau de change au buffet de la Gare tenue par Mlle Camborde.

 

Richard Beitia précise que le quartier de la Gare était un quartier populaire lié à la SNCF et aux activités frontalières. Le Bas-Quartier était le quartier historique d’Hendaye. Dans le centre ville, il n’y avait pas grand-chose, quelques maisons. La liaison Gare-Ville se faisait par le boulevard de Gaulle. Il y avait une allée d’arbres qui allait d’Irandatz à la Gare. Le quartier de la Plage était un quartier bourgeois. Aux Joncaux, il y avait un château d’eau, une ferme.

 

Vers Hapéténia, on pouvait voir de grandes maisons de maître et l’usine de bérets. Son grand-père et son père y ont travaillé. Ils ont fermé après la guerre car ils avaient perdu le marché de l’armée français. Mme Beitia précise que son beau-père était venu de Mondragon pour monter l’usine. Toute la famille y a travaillé. Ses beaux-parents ont reçu des réfugiés espagnols dans l’usine. Les zones de préparation du cuir étaient situées derrière l’usine. Après les tanneries Sallaberry ont continué de préparer le cuir pour réaliser des tours de béret. Les peaux étaient mises à sécher sur le trottoir. La tannerie a fermé au début des années 80.

 

Le vitrier Mauméjan était un bel artiste. Il était installé rue Santiago, à l’emplacement du garage Calbète. Il avait des ouvriers. Les vitraux étaient superbes.

 

Le lieu de vie était le fronton. De belles parties de pelote s’y déroulaient. C’est la famille Ugarte qui s’en occupait. Daniel Ugarte appelait tous les gens de la gare des Montoya. Il semble que cette appellation ait pour origine les transbordeurs qui arrivaient de l’étranger. Le père Ugarte jouait à la pelote. Il avait été champion en Amérique du Sud. C’était la figure de proue du quartier. Les Ugarte organisaient toutes les fêtes : Bichincho, la fête basque, les bals. Ils se déroulaient sur le fronton et sur la route également car il n’y avait pas de voitures. L’ennemi public n° 1 était le Bas Quartier.

A l’ouverture des frontières, le quartier a commencé à péricliter. Les douaniers sont partis. Les supermarchés ont ouvert et les épiceries du quartier ont fermé. Il n’y a plus que la boulangerie.



____________________ TEMOIGNAGE de Txomin EGUIAZABAL ____________________


Le fronton Luisito

Yvette Sacristani




















Histoire de pelote dans l’atypique Fronton LUISITO

du quartier de la gare à HENDAYE

 



Dans un certain quartier, de notre petite ville,

A l’ombre d’un fronton, il y eut fort bavardage.

Au comptoir du bistrot un pari fut lancé.

Trois fils d’un notable important et deux contrebandiers

avec sacrée pelote se départageraient.

Dimanche après la messe, l’heure fut arrêtée.

Le bruit ayant couru, la foule garnissait les

abords de la place bien avant l’Angélus.

Et nos trois jeunes gens, habillés en lycéen

 changèrent souliers vernis contre espadrilles blanches,

nos travailleurs de la nuit aux tenues moins brillantes

réservèrent leurs sandales pour un tout autre usage.

Ils joueraient les pieds nus avec comme avantage

d’avoir la peau tannée par leur course en montagne.

Le douro sur le sol résonna clairement, la partie démarra.

But au camp bleu et l’aîné des trois frères, après avoir buté,

d’une volée rageuse marqua le premier point.

Notre joyeux trio, toujours en souriant

faisait la course en tête, mais les fils de Mandrin

par l’enjeu motivés n’ont jamais rien lâché.

Le public se prenant au jeu se mit à parier.

Les bleus puissants et généreux, les rouges

courageux et présents, tous assuraient le spectacle.

Quand le soleil atteignit son zénith il y eut égalité

et les trois frères aussi se mirent à décliner.

La victoire choisit son camp et tomba dans les bras des larrons.

Vexé d’avoir perdu, le cadet des trois frères

demanda fièrement pour l’honneur la revanche.

          L’honneur ! Quel honneur ? questionna un vainqueur,

mais l’honneur nous l’avons déjà, nous… l’honneur !

 

PS : Pour la petite histoire les trois frères étaient dans le transit, un des lascars voiturier et l’autre charbonnier.

 

 

 


 QUARTIER VILLE 



La Maison Pierre Loti

Renée Fourquet


____________________ TEMOIGNAGE Antoinette VIDAURRE ____________________


Je suis arrivée à Hendaye, rue du Port (Maison ESTOMBA) aujourd'hui 29, rue du Port au cours de l'hiver 1927-1928. Ma jeune sœur est née dans cette maison en 1930. En 1931, nous avons déménagé à la Maison BIANTENIA, 31, rue du Port.

Entre le n° 39 et 41 de la rue du Port, au fond du jardin se trouvait un forgeron dont l'enseigne était scellée sur le mur du n° 39.

 

En 1936, l'ancienne Maison DURRUTY au bas de la rue du Port a été occupée par les gardes mobiles (gardiens de la frontière). Nous, les enfants de la rue, allions ramasser les crabes au bord de la Bidassoa, les portions au cuisinier qui nous les faisait cuire et nous les rendait après un petit prélèvement sur la quantité. Nous allions les manger sur l'esplanade du Port où, à gauche, il y avait une petite maisonnette propriété de la douane. Les bateliers et les douaniers avaient toujours un œil sur nous en tant que bons pères.



 

En ce temps là, les bateliers venaient en haut de la rue, près de la Coopérative (boulevard de Gaulle) et faisaient ralentir ou arrêter les voitures leur proposant un aller-retour à Fontarrabie où ils servaient de guide pour présenter la ville.

 

Rue de Fontarrabie (anciennement rue de la Poste, laquelle se trouvait au rez-de-chaussée de la Maison ANATOLE, par la suite banque BNCI, puis BNP) il y avait la glacière « MARQUEBIELLE & BIDEGARAY », l'imprimerie « MARQUEBIELLE ». Ces deux artisans côté gauche de la rue, et à droite, la menuiserie « HIRRIBAREN ».

C'était un plaisir de voir sortir les pains de glace dont la majorité était transportée vers la gare pour alimenter les wagons de la SNCF.


Je suis entrée à l'imprimerie en 1941 ou j'ai tenu plusieurs postes (coupure papier au massicot, confection d'enveloppes, boîtes et typographie) et cela durant 18 ans.

L'imprimerie « MARQUEBIELLE » avec ses machines et les travaux divers qu'elle pouvait fournir était une des plus importantes de la région.

 

A l'angle de la rue de la Liberté et de la rue du Nord existaient deux voituriers (Monsieur FAGOAGA et Monsieur ESNAOLA) qui, tous deux, avec leur belle voiture, chacune tirée par un cheval, allaient dans la cour de la gare à l'arrivée des trains et faisaient à cette époque fonction de taxis. De plus, Monsieur FAGOAGA, servait de voiturier au Docteur CAMINO pour effectuer ses visites médicales.


L'entrée de la Maison Pierre Loti

Guetty Troisfontaines



 







Les enfants de la rue du Port jouaient beaucoup dans l'actuelle rue Pierre Loti, qu'ils appelaient « Chez ALZATE »







 



____________________ TEMOIGNAGE Françoise ARGOYTI ____________________


 

 







 

Création humoristique

Alain des Allimes




Je suis née en 1947 dans le haut de la rue du Port. Dans les années 50-60, c'était un quartier très commerçant, extrêmement animé, les rues grouillaient d'Espagnols qui venaient acheter a Hendaye tout ce qu’ils ne trouvaient pas chez eux après des années de guerre : du pain, du café, du duralex, des plats en inoxydable, de la laine à tricoter, des foulards de soie, des cigares Voltigeur, des parfums, enfin les commerçants s'adaptaient toujours a la demande qui variait selon les engouements. 

 






 

Cependant, la rue était notre terrain de jeux à nous, les enfants du quartier. Sur les trottoirs, nous jouions au Toko, aux attrapes et, surtout, nous faisions du patin a roulettes : on se régalait à prendre en dérapage contrôlé le virage carrelé du Palais de Cristal, on remontait en courant sur la place et de nouveau on descendait à toute vitesse la rue du Port. Nos parents ne s'inquiétaient pas, il y avait très peu de voitures et tout le monde, passants ou commerçants, était très bienveillant avec nous.

 

Le dimanche, après la messe, on allait acheter des gâteaux à la pâtisserie Alonso. J’adorais les boiseries blanches comme de la Chantilly et je sens encore le délicieux parfum du sucre glace dont les dames saupoudraient généreusement les choux à la crème. Le dimanche soir, nous allions avec nos parents prendre l'apéritif au Grand Café ou au Maitena (quelquefois les 2) et là, les conversations tournaient principalement autour du match du Stade Hendayais.

 

Les Bixincho avaient lieu alors sur la place. C’était le lieu de rencontre des familles et, là aussi, beaucoup d’Espagnols venaient à la fête foraine et dans les magasins ouverts ce jour-là (exceptionnellement, les habitants d'Irun pouvaient passer la frontière sans passeport).

 

L'été, le défilé de la fête basque passait par la rue du Port et nous attendions avec admiration et aussi un peu d'effroi l'arrivée des Gigantes y Cabezudos (bien sûr, je les voyais plus grands et plus nombreux qu'ils ne devaient l'être.). Il y avait aussi une chose que j'adorais, la procession de la Fête Dieu. Ce jour-là, les paysans vendaient aux habitants du quartier des gerbes de foin qu’ils amenaient en tracteur. Le soir, on jonchait les rues, on déployait aux fenêtres des draps blancs brodés et amidonnés. Les plus pieux exposaient des statues. La procession aux flambeaux descendait jusqu'à la vierge de Caneta transformée en reposoir et remontait ensuite vers l'église. Tout le monde chantait des cantiques, ça me paraissait magique !

 

Ce sont mes souvenirs les plus anciens. Ensuite, le quartier a évolué tout en restant très commerçant, jusqu’a l'ouverture des frontières, mais la circulation, l’arrivée de la télévision, peut-être aussi une vie moins insouciante ont fait qu'il n'y avait plus la même convivialité.


Le port de Caneta

Jacques Bastié


 

____________________ TEMOIGNAGE DE Félix GOFFAUX ____________________


Il y a 65 ans

Rue du Port de 1946 à…

 

Autrefois, le quartier avait une grande importance dans la vie de tous les jours.

Le bas de la Rue du Port était animé par de nombreux commerces : deux bars, deux restaurants, l’épicerie, deux tailleurs, la banque, le cordonnier, le marchand de journaux.

 

À la sortie de l’école, les enfants jouaient dans la rue : aux billes, à la pelote, voire… au rugby. Les ballons étaient confectionnés à partir de vessie de porc que le boucher Agustin préparait, et de cuir cousu par Louis le cordonnier.

Pendant que les enfants jouaient, les adultes s’adonnaient à leur jeu de cartes favori : «le mus», autour d’une chopine.

 


En plus des commerces traditionnels, on pouvait voir certains jours de la semaine, des étals divers : Émile le charentais vendait les coquillages qu’il avait pêchés et cuisinés ; Madame Armendaritz vendait à la criée les poissons de la Bidassoa. Le port était actif, avec ses «batelicous», qui pêchaient dans la Bidassoa. À marée descendante, les barques étaient désancrées, et naviguaient vers les lieux de pêche. Ensuite, chacun avait pour mission de préparer les appâts : vers blancs, couteaux, crabes mous. C’était le moment de pêche à la ligne de louvines et de dorades.

 


Le quartier était renommé pour ses fêtes. Tous les balcons étaient décorés de guirlandes par les jeunes du quartier. Des «mostradors de vino y bocadillos» étaient dressés sur les trottoirs. Les gens déambulaient en accordant leur voix sur des airs basques «boga boga» ou un «andre madalen», voire en Espagnol «desde Santurce a Bilbao» en attendant le clou du spectacle : la course de «batelicous» de Fontarabie , d’Irun, de PasaJes et d’Hendaye. Le quartier du Port avait son équipe de jeunes qui a remporté par deux fois la compétition grâce à leurs entraîneurs Etxarry et Brias. Par la suite la rue s’animait de chants entonnés par Pépito Alonso, accompagnés des accordéons de Luisito & Matigne.

 

C’est avec nostalgie et plaisir que j’ai essayé de vous conter brièvement mon quartier, que j’ai tant aimé. Agur à tous ceux qui se reconnaîtront.



_____________________ TEMOIGNAGE Dany CABRIDENS ____________________

























 

A gauche, Le passeur (Aline Combes) et à droite Marchandes de poissons (Martin Lecea)

                                                                                          


L'arrivée des sardines

(Amélie Aubert)


J’ajouterai aux souvenirs de mon frère une petite anecdote :


Notre père venait de Fontarabie en bateau pour aller à l’école en « ville ». Dans les années1915/1920, les jours de marée basse il n’avait qu’un mouchoir pour sécher ses pieds. Toute l’année scolaire bien sûr, et par tous les temps.

Etait-il précurseur des enfants qui traversent la frontière tous les jours pour venir à l’école en France ?

 


Puis dans les années 1950/60 :

La rue était très animée, tout le monde se connaissait.

Le matin la famille « samora « venait livrer le lait en charrette à cheval.

Les bateliers hélaient les touristes pour leur faire traverser la Bidassoa. Les femmes de pêcheurs se mettaient devant leurs portes pour vendre le poisson pêché tôt le matin.

Puis tout s’animait autour du lavoir au lieu dit de « Caneta »mais que l’on appelait tout simplement « le port ». Les enfants jouaient sur la digue glissante et certains bravaient l’interdiction pour aller se baigner au milieu de la vase et des huitres coupantes.

Les plus « braves » escaladaient jusqu’au Blockhaus pas encore muré.

 





Les douaniers étaient postés dans une cabane au milieu des escaliers qui descendent sur la digue.

Que pouvaient –ils contrôler ? Le mot drogue nous était inconnu (par grande chance pour nos parents).Leur cantine était dans notre petit restaurant où ils se régalaient tous les jours des produits venus de « l’autre côté » transportés en mobylette par ma mère et cuisinés par ma grand-mère !

 


Louis le cordonnier avait deux chiens dont un ratier qui se nommait Sultan. Car bien sûr il y avait beaucoup de rats qui, à marée basse, venaient dans les maisons. Sultan d’un seul coup les empoignaient. C’était le chien du quartier !!

 

Le soir les chaises étaient de sortie sur les trottoirs, notre télévision était la vue sur Fontarabie avec ses couchers de soleil sur le Jaizkibel.

Bon maintenant il est 8 H, comme tous les matins nous allons voir se dissiper la brume au-delà de la Bidassoa …


 

 

 

 

 

 

 

 

____________________ TEMOIGNAGE Jean ROCANIERE ____________________


        

A gauche Le tramway sur le pont (Monique Gaudion) et à droite l'Eglise (Geneviève Artigot)




 

La rue du Port s’ouvre sur un large espace donnant accès à droite, à la place de la République et la rue de l’Eglise. Au centre, on apercevait la maison au grand balcon. A gauche, le restaurant Ugarte, aujourd’hui l’Hôtel Hendayais.


Le premier pont de chemin de fer, pendant un demi-siècle le Pont de la ville (1866) a joué un rôle primordial dans la vie locale. Il a été le point de liaison des deux parties d’Hendaye, séparées par le chemin de fer. Il a été le témoin de la vie économique, agricole, commerciale et touristique hendayaise jusqu’en 1920.

 

 

Le magasin l’Hendayais, à l’entrée de la place de la République, où on achetait des souvenirs, des bijoux d’Eibar (etc.)

Le marché aux légumes dans l’enclos de l’église : ce marché se tenait les mercredis et les samedis de chaque mois à côté de la croix.

Le marché du samedi sur la place de la République : les stands sont nombreux et les marchandises aux acheteurs variés.

Le haut de la rue du Port : la pâtisserie Alonso (Ducasse) : cet endroit était toujours très animé et fréquenté.

La place de la République remplie d’enfants et d’adultes en tenue de fête à la sortie de la messe.

Dès que l’on passait le pont, à gauche, on trouvait le magnifique Hôtel de France et d’Angleterre, propriété de la famille LEGARRALDE (racontée par Maman).

Caneta : usine de bateaux et guérites de douanes. Pour la traversée de Fontarrabie à Hendaye, rue du Port par passeur à barque.

La grande rue (ou la rue du Port). Au fond de la rue à gauche, la maison Durruty-Dantin, reconstruite avec sa terrasse face à la Bidassoa. Elle avait été Hôtel casino, puis école libre des filles.

A droite, la maison « Ibai-Alde », petite ferme avec la charrette à bœufs avec roues de bois. On apercevait la place du Port qui venait d’être aménagée. Ce balcon entouré d’une grille formait la « place du Port ». Le mur, à cause des pluies diluviennes, s’écroula dans la baie, entraînant la grille et une partie du remblai. La place du Port est ornée d’arbres. Face à Fontarrabie, la maison « Ibai Alde », maison des pêcheurs, a été reconstruite et ses murs blanchis. Elle a servi comme dépôt à la maison de la presse Derro.

En remontant sur la droite, café-restaurant Iriondo, puis magasin plomberie-sanitaire (Aramendi) suivi du cordonnier, restaurant (Goffaux), le coiffeur Ramos, le tabac Couartou,  puis le magasin d’alimentation (Saba), la boucherie Eguren, le magasin le Petit Paris, le magasin de chaussures Belon, la pâtisserie Alonso, le magasin de sports Arretche. Sur la gauche, la maison du Docteur Housset. Suivent la banque BNP, puis la maison de couture (Garcia) et le magasin de la presse (Derro).

J’ai connu une rue du Port animée avec chaque année une grande fête du Port. Les sandaliers de la rue du Port (la famille Errazquin) travaillant devant la porte de leur maison. Cette famille était populaire à Hendaye.

En remontant jusqu’au bout de la rue du Port, on est en plein carrefour où convergent à droite la rue de la Fontaine. Plus haut, le chemin vers le pont de fer. En face, la descente du chemin de Subernoa. A gauche, la rue de l’Eglise et l’entrée de la place de la République.

Le kiosque se situe au milieu de la place de la République, tout près de l’hôtel Imaz. L’harmonie municipale avait le droit de jouer sur ce kiosque. La place avait deux allées très amples et ombragées par les arbres qui s’alignaient tout autour.

Près de l’église, sur le côté gauche la maison (Batasuna) et la maison Pellot-Baita ayant appartenu autrefois à Marianne Pellot, fils du capitaine de vaisseau Etienne Pellot.

Les Hendayais se souviennent encore du magasin Barbier où Louise-Marie recevait ses amis avec cordialité. Ce magasin se trouvait sur le chemin de la Gare.

     

A gauche

 Buztin Enea

(Marie-Claude Houdin)

 


et à droite

 Margoenia 

 (Marie-Claude Eguimendia)


 

La liqueur d’Hendaye fut installée dans la vieille maison « Buztin Enea » après avoir été transformée auparavant à la ferme Margoenia.

Il ne faut pas oublier la villa Durruty dont la famille était propriétaire de toutes les terres environnantes. C’est sur ces terrains qu’ont été bâtis la maison de la Tour, les maisons Choubac et plus tard, le presbytère, la boucherie Arruabarrena (grand-père, père et fils), l’ancienne mairie, le magasin de chaussures d’Hasparren, le magasin de quincaillerie Couartou, Sarramagna, la crèmerie Duvert, le grand Hôtel Imaz, le café Bidassoa, le magasin Fabre. A droite, le magasin Ville de Madrid, le magasin de fruits et légumes, fleurs (chez Rénie), le magasin de quincaillerie Dilharéguy, Sarramagna, puis la charcuterie de la famille Altolaguirre. Pour finir c’est en 1965 que fut construite la belle mairie actuelle. Cela conduisit à une transformation totale de la place de la République où vont s’opérer la démolition du kiosque couvert, la suppression des deux chaussées entourant la place et l’ouverture de la chaussée au milieu. On ne sauvera que les arbres, « seuls poumons de la ville » avait déclaré Monsieur Errecart, maire de la ville. La transformation est telle qu’elle n’a plus rien d’une place.


____________________ TEMOIGNAGE Jacqueline M. ____________________


Je suis née en 1936, à Hendaye. Mon quartier est le quartier Aizpurdi, qui était séparé du Bas Quartier par la voie ferrée et un tunnel qui a, depuis, été démoli ! Côté Bas Quartier, il y avait une fontaine où on allait toujours chercher de l'eau fraîche, car, à l'époque, l’eau y était potable. Il y avait aussi un forgeron et, de l'autre côté de la rue, un lavoir couvert où les dames allaient laver leur linge. Il y avait 3 épiceries, dont une qui faisait bar et 2 bistrots où les hommes passaient pas mal de temps.


Puis il y avait une route qui conduisait à Subernoa : on traversait à pied ou en voiture la barrière», actionnée par un garde barrière qui vivait là à demeure.


Côté Aizpurdi, je me souviens de l'hôtel de France et d'Angleterre (actuellement le LEP). Pendant la guerre, les Allemands qui occupaient l'hôtel descendaient avec leurs chevaux par le petit chemin et les amenaient dans le champ au bord de la route ! J’étais enfant, très intriguée par ces gens et je crois me rappeler qu’il ne fallait pas les approcher, bien que certains aient été gentils avec nous et nous aient fait monter sur leurs chevaux!!!! La propriété d'Aizpurdi est offsets toujours la même, bien qu'elle ait été transformée en appartements. L’entrée est toujours au même endroit, avec son grand portail et la belle allée de tilleuls qui conduit à la maison.....Voilà, c’est mon quartier, j’y ai toujours vécu....






 

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