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sur l'Histoire de Hendaye

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 BAS-QUARTIER 



Le Bas-Quartier

René Lafitte

 

 

 


Travail Réalisé par le Comité « BEHEREKOAK »

composé de :

 

Maïté LASSALLETTE, animatrice et de Jean-Claude ALZA, Paulette ARTOLA, Bernard BALERDI, Gabriel BARAX, Jean-Marie ETCHEVERRY, Charles FERNANDES, Paulette GARAYAR, Nicole GRUSS, Suzanne LARRASA, Josette MARTY, Albert MICHAUD, Danièle MINONDO, Jean-Pierre MINONDO, Marc MOURA, Félix SORONDO, Marcel SORONDO, Gilbert URIARTE, Christian URKIA.

 

HARRI-XABALETA

(Article écrit par Charles FERNANDES pour le journal HENDAYE-ECHOS de juin 1963, légèrement retouché)

 

Présentation

 

1° Un abri naturel

2° Naissance du port

3° Epoque des corsaires

4° Décadence d’Harri-Xabaleta

5° Harri-Xabaleta aujourd’hui et… demain

 




Harri-Xabaleta est le vrai nom de mon quartier. Un quartier que j’aime non seulement pour son présent, mais aussi pour son passé que je connais en partie, grâce à l’aide de Joséphine MOLERES.

 

Combien il est passionnant d’écouter cette dernière dans son rôle d’historienne. Elle saute les époques, revient en arrière pour conter un détail, puis repart de plus en plus passionnée, si bien que son emportement amoureux rend la prise de notes difficile mais combien agréable.

 

 






Harri-Xabaleta se nomme aujourd’hui le bas-quartier. De la naissance de ce coin d’Hendaye à notre époque, je ne tracerais que les grandes lignes jalonnées par des dates certaines, puisque vérifiées sur les nombreux documents que possède la narratrice de l’histoire d’Hendaye.

 





 

Un abri naturel

 

Jusqu’en 1400, le Bas-Quartier se présente sous la forme d’une crique protégée au nord par la colline d’Urristi, au sud-ouest par celle portant aujourd’hui le centre ville d’Hendaye et au sud-est par le mamelon d’Aizpurdi. Cette baie, aux eaux peu profondes, s’étalait sur une superficie couverte de nos jours par les propriétés de MM. Sueldia, Bienabe, Haramboure… Elle comprenait aussi la rue de Parchétéguia et un tronçon de celle de Belcenia. Deux ruisseaux, bien plus importants qu’ils le sont actuellement s’y jetaient après avoir traversé la campagne urrugnarde. Bien plus tard, en partie comblée par les torrents ruisselant des pentes des collines précitées, cette baie prendra un aspect marécageux (d’où le nom de « la marais » que nous donnions à la place Pellot actuelle.)

 













 

 

 

Vers 1450, 2 ou 3 maisons, construites par des pêcheurs hendayais, s’élèvent bien à l’abri des regards indiscrets des marins de Fontarabie qui tiennent le monopole de la pêche et qui, de ce fait, n’acceptent pas l’intrusion des braconniers hendayais. Ces habitations aux murs épais, aux fenêtres minuscules et bien barricadées de l’extérieur par des portes de chêne résistaient aux assauts répétés des aventuriers du pays voisin. Uhaldia (les grandes eaux), où vit aujourd’hui la famille Hiribaren et Belcenia (chez les noirs), restaurée par la famille Duhart, sont les plus anciens vestiges que nous connaissons et qui existent de nos jours.

 


Naissance du port

 

Vers 1510, les Français commencent à disputer leurs droits aux espagnols sur la pêche côtière et quelques années plus tard sur la pêche à la baleine. Cette baie, abritée des « justiciers » espagnols prend son essor. On construit un port protégé des eaux par de larges pierres, comme on en trouve encore dans la baie de Xingudi près du consulat ». (Ces pierres, visibles en 1963, ont été cachées lors du remblaiement partiel de la baie de Xingudy.) Ce port prend le nom de Harri-Xabaleta (larges pierres), le transmettant par la suite à tout le quartier. Comme il est beau et historique ce nom de Harri-Xabaleta, combien il serait plus intéressant de nommer ainsi ce petit coin d’Hendaye plutôt que l’appellation équivoque de Bas-Quartier, qui déforme les esprits des indigènes et des touristes.

 

 

 








 

Rue Subernoa

H. Etcheverry



Tout autour de ce port, Harri-Xabaleta prend de l’expansion. Un moulin (Egerra) naît à la place même où aujourd’hui nous achetons notre pain. Un maçon construit sa maison argina baita (chez le maçon) où se loge de nos jours la famille Dépert. Un charpentier l’imite en face de l’autre côté de la rue de Subernoa et, chose curieuse, tout comme pour la boulangerie, après avoir abrité divers locataires, le bâtiment a vu monsieur Aldassoro, un menuisier/charpentier, s’y installer. Un cordonnier à Zapatenea (chez le cordonnier), un tisserand à Tintoenea, endroit bien connu, un second à Errealenea où habitent les familles Cunchinabe et Espagnet construisent leur atelier, et tout autour de ces demeures, s’érigent des maisons (dates connues vers 1650 donnant non pas la date de la construction, mais l’existence d’une personnalité : Trapalo-baita (chez Trapalo), Daguerenea (chez Daguerre), Neska-Belcenea (chez les filles noires), Motxenea (chez les petits), Kanta-Handi-Enea (chez le grand chanteur), Ituria xecia (petite fontaine), Urliena Paraxatagia, qui sera plus tard une fabrique de lampes à huile de baleine.

 


Époque des corsaires

 

Cette éruption de maisons, montre le succès de la pêche à la baleine. La lutte de ces hommes courageux, attaquant ces monstres marins sur de frêles embarcations, ne reste pas inconnue.

 

En 1627, le conseil militaire français fait appel à une flottille basque commandée par Jean Pellot pour délivrer l’île de Rhé (orthographe donnée par les livres documentaires).

 

En 1632, un accord signé avec l’Espagne, donne droit de bénéfice sur tout navire ennemi capturé. Ce traité « lance » les expéditions corsaires qui ne s’arrêteront qu’avec la mort d’Etienne Pellot en 1856.

 

En 1643, un transitaire, Miguel de Ondarraltxu fait la navette navette entre Bayonne et la Castille. Sa maison peu transformée depuis l’époque, se trouve près du passage à niveau. Son inscription sculptée sur le linteau de porte existe toujours. (Lors des dernières rénovations de la maison le linteau a disparu.)

 

En 1700 la pêche à la baleine baisse d’intensité. Par contre les expéditions vers Terre-Neuve s’amplifient. D’autres maisons se construisent pour abriter les familles des hommes du large. Des industries se développent et en particulier le tissage du lin que cultive chaque paysanne dans un arpent de terrain qu’elle lui consacre. En 1708, un forgeron Esteben Daguerre (Inscription sur le linteau de porte de la maison de M. Laguillon) vend ses clous dans toute la région.

 

Deux écoles « Eskol Andi » et « Eskol Tikia » forment des officiers de marine.

 


Décadence d’Harri-Xabaleta

 

En 1686, Vauban construit le Fort qui est restauré de 1723 à 1783. La baie de Xingudy s’envase et petit à petit on transport le port du Bas-Quartier ver Kaneta. Le vieux port actuel d’Harri-Xabaleta devient un véritable marais.

 

En 1857, l’Impératrice de visite à Hendaye fait construire la route de l’Empereur, première voie importante qui évite Harri-Xabaleta.

 

En 1862, on transpose « Eskol Andi » à la mairie actuelle.

 

En 1864, construction de la gare SNCF sur le plateau des Joncaux (Ihispetako platania).





 

En 1869, la route reliant la ville à la plage par le Bas-Quartier est élargie, ce qui donne un sursaut d’activité de ce dernier mais la déviation provoquée par la construction du Pont de Belcenia ruinera tous les espoirs de ce quartier, le reléguant à un rang secondaire.

 






 

Harri-Xabaleta aujourd’hui et… demain

 













 

Depuis 1600, mon quartier n’a fait aucun progrès. Tous ces petits artisans, liaison du passé et du futur ont disparu alors qu’ils donnaient à notre ville touristique, un cachet qui lui manque.

 

Xarri-Xabaleta, a compté :

 

Cinq épiceries,

Un boulanger,

Deux bouchers,

Cinq buvettes,

Deux hôtels,

Quatre forgerons,

Sept menuisiers/charpentiers

Une entreprise de fabrication de matériel pour bureaux,

Un tourneur sur bois,

Un réparateur de vélos,

Deux charbonniers,

Un chai, sans compter les tisserands, transporteurs, cordonniers, couturières, fabricants de lampes à huile, etc…. installés à une époque plus reculée.

 

Le remblaiement de la baie de Belcénia n’a pas été totalement terminé. Un ensemencement de gazon après un bon nettoyage, même provisoire, aurait mis en valeur ce coin. Quels champs de jeux pour les enfants il aurait fait. Les routes, peu nettoyées, sales à cause des détritus amoncelés par le ruissellement des eaux descendant des hauteurs environnantes, laissent penser à un choix justifié du nom de Bas-Quartier. (Notes de l’auteur : depuis 1963, de gros travaux ont été faits. Le coin marais est devenu un espace agréable, divertissant et bénéfique pour Harri-Xabaleta. Jugement plus controversé pour les bâtiments construits sur les jardins Betmale et Guiné.)

 

Combien il serait beau de mettre en valeur certains édifices qui ont eu leur moment de gloire. Eskol-Andi, Eskol-Tikia, Acha, etc. Bravo M. Laguillon, vous avez donné à votre maison un cachet qu’elle n’aurait pas sans ce linteau de porte et sa légende vieille de plusieurs siècles. Les arrêts fréquents de nos amis estivants devant cette inscription prouvent bien, que sont nombreux, ceux qui délaissant l’appellation injustifiée de ce quartier, cherchent parmi ces vieilles pierres un peu d’histoire de ce petit coin d’Hendaye qui a eu ses heures de gloire, grâce à certains de ses fils.

 




Mon cher quartier, je n’ai pas dans cet article, essayé de te remettre à un rang que tu avais et que certains contestent. J’ai raconté tout simplement une partie de ton histoire, que les exploits de tes fils, en particulier nos ancêtres corsaires, ont fait de toi, un quartier de pirates. Peut-être qu’en connaissant mieux son histoire et non sa légende, tes fils ne regarderont plus vers le haut des collines avec nostalgie.

 

Après tout, il est tellement bon de vivre dans ton cœur.





LES COURSES DE VACHES LANDAISES

 

Les différents comités des fêtes du quartier organisèrent de nombreuses courses de vaches landaises. Les bêtes, lâchées dans les rues, faisaient à elles seules le spectacle très apprécié de nombreux Hendayais et estivants.

 

Elles nous procurèrent beaucoup de joies mais aussi des soucis.

 

En particulier, en août 1953, lorsque les spectateurs désireux de voir la course en ignorant la caisse, passant outre les interdictions, s’agglutinèrent sur le vieil hangar qui servait de toril. Celui-ci s’écroula, libérant les hôtesses à cornes.

 

Après d’innombrables péripéties, il fallut plus de 20 jours au comité, pour rattraper la totalité des fugueuses.















 

 

 

 

 

A NOUS LES « PLATUCHES »

 

Nous sommes durant l’occupation. Un groupe d’allemands regarde du haut du pont de Belcénia rentrer et ressortir de multiples bans de muges. Une idée leur vient à l’esprit.

 

Ils vont barrer, à l’aide de planches, l’entrée de la baie Harrixabaleta au niveau du pont en laissant un passage équipé d’une trappe grillagée tenue ouverte, que l’on rabattra dès que la marée sera étal, emprisonnant des milliers de muges. A marais basse, aidés de grosses épuisettes, les Allemands remplissent lessiveuses et bidons de leur butin et repartent.

 






C’est alors que nous intervenons. En maillot, nous fouillons dans la mare qui s’est formée sous le pont ramassant par dizaines des carrelets (platuches) bien meilleurs que les muges. Ces poissons sont restés posés au fond de la mare, attendant le départ des Allemands pour notre grand bonheur.



 


Mon Bas-Quartier

 de Fifine MOLERES

 

Bien que n’en étant pas, je l’emprunte sans cesse

Soit pour aller en ville ou pour faire l’inverse.

Le traversant ainsi chaque fois en entier,

On dit de moi, bien sûr –elle est du Bas-Quartier-.

 

Eh bien ! puisque j’en suis, que je vous le présente :

C’est un grand carrefour au bout de rues en pente,

Des maisons en souci d’un vague alignement

N’offrent, pour tout cachet, que leur délabrement.

 

Le Bas-Quartier n’est pas son vrai nom d’origine.

Il n’est pas bien ancien comme on se l’imagine

La baie, en l’occupant, en faisait un bon port,

Très à l’abri des vents à l’ombre du vieux fort.


Harri-Chabaleta, rives harmonieuses

S’éveillant aux échos d’histoires merveilleuses

Que contaient à loisir de très anciens pêcheurs

S’étendant sur leurs joies et peu sur leurs malheurs.

 

N’étant plus visité par l’antique baleine,

D’autre part, n’allant plus à la pêche lointaine,

Le progrès a détruit un ordre primitif

Car jamais rien n’est stable ou bien définitif.

 

Le port devient un luxe aux beautés superflues,

Rappelant les départs vers les bancs de morue,

Hendaye a chassé l’eau pour gagner du terrain

Tant mieux pour aujourd’hui mais tant pis pour demain.

 

Foin de vieux souvenirs. Tout pour le modernisme

Faisons donc place nette et pensons au tourisme

Adieu vieux-fort, remparts, pont-levis, souterrains,

Echauguettes, réduits, rasons tout de nos mains.

 

Harri-Chabaleta, c’est en pieux hommage,

Que j’ai fait ce poème à ton premier visage ;

Les vieux chalets sont là, s’il manque le ponceau,

On peut y voir quand même Hendaye en son berceau.




TEMOIGNAGE Gabrielle SANTIAGO


Gabrielle Santiago est née dans la maison actuelle de M. Lassallette. A l’époque, cette maison appartenait à la famille Cazamajor. Quand elle a eu 7 ans, sa famille a dû déménager pour que M. Lassallette, qui venait de se marier, puisse occuper la maison.


La famille est partie vivre au Bas-Quartier à Escolandi. Il y avait beaucoup de locataires qui vivaient là : M. Bennett, le professeur de musique Thibault, la veuve Donzieu avec sa fille, les Bidegain. Mme Bidegain était matrone et surveillait à la douane. On y rencontrait également des Portugais qui venaient travailler au transbordement.


Dans l’appartement, il n’y avait pas de toilettes. Celles-ci étaient situées à mi-étage.

Ils étaient deux enfants et toute sa jeunesse s’est déroulée au Bas-Quartier. Elle se souvient que son père était tombé d’une toiture à la plage et il s’était fracturé la jambe. Comme il n’y avait pas de secours à l’époque, sa mère a dû travailler. Elle a pris la suite d’une pension de famille qu’elle a tenue jusqu’à la guerre. La pension a été vendue après la guerre à la famille Arenas.


Nouveau déménagement vers la villa Suzanne, derrière le fronton Gaztelu-Zahar, jusqu’en 1954. Il y avait plusieurs familles : les Bienabe, les Campet, les Behasteguy, les Azera et la famille Berasategui.

A 20 ans, il y avait l’occupation et pas de travail à Hendaye. Elle est donc  partie en Normandie travailler dans une maison d’enfants de la ville de Paris. Ils étaient 500. Lorsqu’il y a eu le débarquement, les Allemands ont occupé la maison et les enfants ont été reçus dans les familles paysannes.


Son frère devait aller en Allemagne pour le STO. Il a refusé. Il a traversé la Bidassoa à la nage et il a regagné l’Afrique du Nord où il est resté 3 ans.


Elle est revenue à Hendaye après la guerre mais comme il n’y avait toujours pas de travail, elle est repartie à Paris à l’hôpital pour trouver un emploi fixe. Elle est revenue très tard à Hendaye pour s’occuper de ses parents âgés.

 

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