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sur l'Histoire de Hendaye

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La recherche historique partagée

 

Les Sciences participatives ou Sciences Citoyennes (Citizen Sciences) sont des projets de recherche scientifique menées en collaboration ou intégralement par des amateurs, des scientifiques retraités ou des passionnés. De nombreux projets, ayant trait à la collecte et au traitement de nombreuses données, sont en cours. Ils concernent la mesure de la pluie, grêle, et neige, du changement climatique, de la qualité de l’eau. L’écriture de l’histoire locale requiert la compilation de nombreux témoignages et données. Pour Oroitza et toutes proportions gardées, cette même méthode peut être appliquée aux différents thèmes historiques concernant notre cité. Mais encore faut-il choisir l’angle d’attaque qui sera le plus prolifique en sujets à traiter et le plus rassembleur.


Nous invitons donc tous les passionnés de l’histoire de Hendaye à faire leur propositions étayées par un texte explicatif. A titre d’exemple, Jacques Eguimendya s’est lancé le premier. Nous espérons recevoir de nombreux essais. 

Hendaye et le progrès 

Programme de recherches partagées ouvert aux amateurs

Jacques Eguimenda - Avril 2013



Les années du milieu du XIXème siècle sont des dates clés pour Hendaye. Une avancée technologique majeure pour l’humanité fait entrer la cité dans le modernisme. D’agricole la cité devient tertiaire et s’essaie à l’industrie grâce à la main d’œuvre qualifiée issue des migrations dues aux guerres carlistes. Le chemin de fer la met en contact direct avec Bordeaux, Paris et le nord de l’Europe. En bord de mer, l’Observatoire du Château d’Abbadie, sous dimensionné, à la technologie marginale, manquant de financements pour être au niveau des observatoires de son réseau, vivote tel une oasis dans le désert.


Depuis d’autres révolutions industrielles ou géopolitiques sont passées. Hendaye y a trouvé parfois son compte, le plus souvent de nouvelles difficultés. Guerres carlistes et guerre civile espagnole ont amené entrepreneurs et main d’œuvre qualifiée. Le développement de l’aviation malgré des promesses initiales n’a rien apporté sinon les désagréments quotidiens de l’aéroport de Saint Sébastien. L’Europe et le Libre Echange ont déstructuré l’important secteur tertiaire lié à la frontière. Les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) ont poursuivi ce travail de destruction des emplois. Hendaye attend avec impatience la révolution technologique qui lui ouvrira les portes d’un nouveau développement. Ce seront peut-être les Techniques de Gestion de l’Innovation (TGI), à condition d’adopter un comportement actif.


Cette vision de Hendaye à travers les impacts de la science et de la technologie est très générale, voire caricaturale. Derrière se cachent, les mécanismes, les actions et les véritables impacts dans leurs détails, les causes de réussite et d’échecs. S’intéresser à l’histoire locale contemporaine c’est rechercher ses mécanismes, ses actions, ses conséquences et résultats, à partir des documents, des témoignages et des anecdotes.


Cette approche permet une relecture de l’histoire contemporaine, qui outre son intérêt historique, introduit des éléments de réflexion relatifs au futur développement de Hendaye.


Ainsi tout le monde s’accorde à dire que le chemin de fer a fait passer Hendaye du primaire (au sens de Fourastié ou Colin Clark) au tertiaire avec quelques traces intéressantes du secondaire, reste d’en décrire et analyser le processus de passage d’un secteur aux autres. Cela amène à s’intéresser au principal responsable, à savoir la Compagnie des Chemins de Fer du Midi. Elle n’a pas été seulement porteuse de la liaison ferrée Paris-Madrid. Elle a également, par sa stratégie d’innovation et son esprit planificateur, ses ingénieurs, ses employés, été pour Hendaye un outil de diffusion d’idées nouvelles tant dans les domaines du développement touristique et local que sociaux.


En effet, ce sont les ingénieurs de cette Compagnie qui ont détecté le potentiel de développement (pour la compagnie et Hendaye) du cordon de dunes longeant l’Océan et élaboré plusieurs projets. C’est toujours la même société qui a permis le branchement de Hendaye sur Bordeaux et Paris et leurs réseaux financiers et intellectuels. Le tout baigné dans une ambiance favorable au balnéarisme, il en a résulté une station sœur cadette de Biarritz, concurrente de Brighton et des plages huppées de l’Europe du Nord. Parallèlement son personnel et ses syndicats diffusaient leurs idées


C’est également, cette présence du chemin de fer et de ses capacités de transport, des hommes, des marchandises et des idées qui ont permis le développement des industries. Notamment, Mauméjean a exporté ses vitraux dans le monde entier, la Fabrique d’armes et Sangou en ont fait de même pour les armes, les gourdes et les bérets, prenant ainsi la relève de l’eau de vie d’Hendaye chère aux troupes napoléoniennes et réputée en Angleterre[1]. Création, développement et échec ont été leur trajectoire. Au-delà des explications communes, courbe normale de la vie d’un produit, taxe professionnelle, retournement du marché ou  coûts de production non concurrentiels on doit s’interroger sur les manques du tissu local qui ont empêché le renouvellement des productions ou leur adaptation[2].


Quant à l’aviation, dont la véritable apparition à Hendaye a été son survol[3] par la course Paris – Madrid, elle est le symbole d’une technologie reliant des territoires éloignés dans des délais et des fréquences raisonnables mais qui n’a aucun impact sur Hendaye, si ce n’est de permettre des relations plus faciles et plus rapides entre autochtones et immigrés d’Amérique du Sud ou d’ailleurs ou faciliter le retour de ces derniers au pays. Pourtant, entre Hendaye et l’aviation, quelques tentatives de rapprochement ont eu lieu. Ainsi la plage, a été pendant longtemps le terrain d’atterrissage favori de quelques aviateurs avant le premier conflit mondial. La baie de Txingudi, lieu des essais de Paulhan avec son Paulhan/Curtiss, a été le cadre d’un projet de base aéronavale. Cette dernière finalement implantée avant la seconde guerre mondiale à Bayonne a été rapidement démantelée, la technologie ayant rendu l’hydraviation obsolète. Plus près de nous, en 1935, le lien entre Hendaye et l’aviation est resserré par la photographie du nom « Hendaye »[4] composé par 2 500 enfants et jusqu’à la fin des années cinquante tous les étés des baptêmes de l’air étaient donnés par un pilote faisant atterrir son avion sur la plage, sans parler en fin des années cinquante le tour des côtes de France effectué par un Superconstellation d’Air France.   


Pendant ce temps, l’Observatoire du Château d’Abbadia, à partir de la disparition d’Antoine d’Abbadie, se débat pour survivre. Intégré dans le projet mondial d’inventaire des étoiles « Carte du Ciel », il est isolé tant au point de vue de sa méthode de mesure (décimale), de ses activités géophysiques longtemps incomprises, de son financement, que de sa gouvernance. De plus sa pertinence, au fil du temps, est de plus en plus contestée tant par l’avancée du domaine bâti de Hendaye et sa pollution lumineuse que par l’implantation d’observatoires beaucoup plus performants de par leur localisation (Mont Palomar en Californie 1949, La Silla 1976 et Cerro Paranal 1998 au Chili, le télescope satellisé Hubble…). Fermé en 1975, bien après l’imprimerie de l’académie des Sciences installée auprès de lui, il interpelle quant au développement des Centres de Compétences sur Hendaye. En effet, il apparaît comme un épiphénomène. Surgit des passions d’un homme riche (1879), inspiré, homme de réseaux scientifiques parisiens voire européens, extérieur à Hendaye, il disparaît sous les attaques extérieures menées par le progrès technologique (accélération des transports et des communications, aérospatiale, institutionnalisation de la coopération internationale). Dans ce contexte, le procès relatif à la fermeture des activités géophysiques fait à l’Abbé Verschaffel paraît bien insignifiant. D’une part, on ne peut pas lui tenir grief, en ce début de 20ème siècle, de ne pas avoir prévu l’arrivée et les progrès de l’informatique et de la métrologie et d’autre part, à son époque, le milieu local était bien isolé des centres intellectuels. Reste aujourd’hui sa valeur patrimoniale[5], due à l’adoption de la méthode décimale, encore faut-il que ce volet soit développé pour qu’il optimise ses apports en matière touristique et de culture scientifique et technologique[6].


Plus tard la révolution de l’électronique (radio, téléphone, télévision) a accéléré la diffusion des informations, diminué les intermédiaires. Le mouvement s’est accentué lors de l’apparition des étapes suivantes de cette révolution (NTIC[7]). Les adaptations géopolitiques qui les ont accompagné (création du marché unique, libre circulation des populations, globalisation des marchés, mondialisation) ont détruit de nombreuses activités et en conséquence de nombreux emplois.  Face à cela s’est développé la recherche de la différence accompagnée d’une certaine griserie destinée à, peut-être, se masquer la réalité. Ce sentiment « d’être Hendayais et donc différent » est renforcé par une certaine addiction à la fête. C’est le repli sur le local, le rejet de l’extérieur. Dans une telle ambiance le « bench marking » est rejeté, la résolution des problèmes prend du temps car le processus de traitement doit être réinventé, le risque d’échec est plus grand, les diversifications et la gestion des ruptures technologiques sont difficiles.


Reste l’apparition à Hendaye des T.G.I.[8] avec l’implantation décriée de Tribord et leur adoption et maîtrise par certaines entreprises (Sokoa avec le design intégral). Quick Silver à Saint-Jean-de-Luz et l’Institut de formation au design Kunsthal à Irun, complètent un ensemble intéressant pour l’avenir en tant que base de la création d’un cluster.


Cet essai de description de l’évolution de Hendaye dans les derniers siècles à travers l’impact du progrès technologique et de la science met en évidence le besoin d’approfondir de nombreux points par des études spécifiques. On peut citer :


-   La Compagnie des Chemins de Fer du Midi à Hendaye

-   son poids économique dans la cité à travers son existence,

§  Voyageurs ?

§  Marchandises transportées, pour qui ?

-   son impact intellectuel sur la Cité,

-   son impact sur le balnéarisme et le développement du quartier de la plage

-   son influence sur le syndicalisme dans les autres activités locales.


-   Les réseaux qui ont permis le développement de Hendaye

-   Mise en évidence des réseaux intellectuels et financiers ayant œuvré à Hendaye,

-   Ces réseaux et le développement de la plage


-   Les activités tertiaires liées aux opérations frontalières entre 1850 et 2013

-   Inventaire des activités et services,

-   Evolution,

-   La vie des métiers (apparition et disparition)


-    Migrations et apports de qualifications                            

-   qui migre et s’installe à Hendaye,

-   l’apport de ces migrants :

§  Entreprenariat,

§  Main d’œuvre qualifiée, secteurs économiques concernés


-   L’aviation et Hendaye :

-   La course Paris-Madrid et Roland Garros,

-   Garnier et Hendaye Plage,

-   Paulhan/Curtiss et la baie de Txingudi,

-   La base aéronavale d’Hendaye


-  Les produits renommés ayant été fabriqués à Hendaye

-   Inventaire des produits renommés (description, implantation, importance pour Hendaye)

-   La production Mauméjean et la cartographie des lieux d’implantation des vitraux,

-   Les eaux-de-vie d’Hendaye (Système de production[9], évolution des procédés de fabrication durant les âges, importance de cette production…)


-   L’observatoire du Château d’Abbadie

-   Description de l’Observatoire lorsqu’il était en fonctionnement

§  Ses caractéristiques et son originalité,

§  Ses instruments,

§  Ses méthodes,

§  Ses relations avec Paris

§  Ses relations avec les autres observatoires

§  Contribution à la carte du ciel

§  La vision des Hendayais de l’époque

-   Le rôle des Directeurs successifs,

-   L’Abbé Verschaffel, un Belge entre le Ciel et Hendaye,

-   La lutte pour la survie

§  Les différentes attaques

§  La lutte pour la survie et les moyens employés

§  Un laboratoire déconnecté du local ?

-   Les activités du Château d’Abbadie (observatoire du ciel et de la terre, imprimerie)


            Activités tertiaires et pénétration des T.I.C.


-   Hendaye et la Vallée de la Bidassoa, territoire d’Innovation

-   Les innovations durant les siècles

-   Cartographie des innovations

-   La vie des innovations

 


 


[1] “Hendaye is celebrated for its cognac and a certain liquor called by its name” E. Ernest 1883 Twist France and Spain or  A. Spring in the Pyrenees

[2] Réflexion d’autant plus intéressante quant on considère la courbe de vie de la moto. Ce produit spécifiquement européen est mort pendant de longues années jusqu’à que les Japonais le ressuscitent à coup de nouvelles technologies et de marketing.

[3] Ce qui a fait dire à un journaliste de « Jaïzkibel », journal de Fontarabie « le progrès technologique nous survole alors que nous, nous restons immobiles »

[4] A l’initiative de Monsieur Barrière (habitant la villa Tchit Ondo), cette photographie a été faite par Monsieur Fétille, Président de l’association des sous-officiers de Saint-Jean-de-Luz, le 22 août 1935, à partir d’un Caudron Phalène piloté par Monsieur Louis. Elle concernait le nom « Hendaye », positionné derrière le Casino, composé de 2500 enfants, chaque lettre faisait 100 m de haut la longueur totale du mot étant de 800 m  

[5] Aujourd’hui, il reste seulement deux « méridiennes », l’une à Bordeaux l’autre à Flagstaff en Arizona. De plus, cet instrument est le seul utilisant le système décimal 

[6] L’Académie des Sciences en est consciente et réfléchi à un programme de restauration et d’animation à l’instar de ce qui a été fait à Flagstaff

[7] N.T.I.C. : Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication

[8] T.G.I. : Technologies de Gestion de l’Innovation. Il s’agit de la Gestion de Projet, du Design, de l’analyse de la valeur, de l’analyse fonctionnelle et de toutes les méthodologies permettant de faire émerger et gérer des innovations ou d’adopter de nouvelles technologies

[9] D’après V.A. Malte-Brun et E. Boutmy (1881), « Hendaye était renommé autrefois par ses distilleurs… aujourd’hui elle est très rare ».  Quant à P. Legrand d’Aussy (1782) il décrit l’évolution des procédés dans le temps (vin distillé avec du fenouil puis vin distillé et rectifié plusieurs fois). Il devait y avoir plusieurs fabricants, mais quand  et où ?