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Texte Conférence réalisée par Pedro SANCHEZ et Dr P.L. THILLAUD

 

Hendaye, 1813…mais aussi 1793 :

Le temps de tous les malheurs

5 octobre 2013

Texte Conférence réalisée par Pedro SANCHEZ et Dr P.L. THILLAUD



INTRODUCTION 

 

Pour Hendaye, 1813, marque douloureusement la fin des guerres de la  RĂ©volution et de l’Empire… et, plus dĂ©finitivement, la fin de quatre siècles guerre entre la France et l’Espagne ; entre Hendaye et Fontarabie. Il faut dire que depuis la fin du XVe siècle, ces guerres commencent toujours par  Txingudi et la Bidassoa.

 

Le Traité de la Paix des Pyrénées signé dans l’Ile des Faisans en 1659, ouvre un long siècle de paix, brièvement interrompu par les échauffourées de 1719, qui cette fois sont conduites par une large coalition des dynasties européennes contre l’Espagne.

                                                                                       

 

Hendaye, 7 octobre 1813 … 23 avril 1793
                                                                                                               Le temps de tous les malheurs


La Révolution Française et l’Empire de NAPOLEON Ier provoquent de nouveau la guerre qui fait subir aux trois villes riveraines de Txingudi leurs plus sombres années.

 

En 1795, la Paix de Bâle semble éloigner la guerre mais la tension reste grande dans toute l’Europe, entre une France révolutionnaire et une Europe toute entière opposée à ce nouvel ordre. Cette tension marque à l’évidence la vie quotidienne autour de Txingudi.

 

En 1807, les armĂ©es napolĂ©oniennes commencent Ă  franchir la Bidassoa. Officiellement, pour aller combattre le Portugal, alliĂ© du grand ennemi anglais ; secrètement, pour dominer l’alliĂ© espagnol. A partir de 1807, Hendaye essaye de se reconstruire ; Fontarabie et Irun pansent leurs plaies. Toutes les trois souffrent encore des dramatiques consĂ©quences des Ă©vĂ©nements de 1793-1795 et du passage incessant des troupes et de leurs exactions.

 

De 1808 Ă  1813, la France s’embourbe dans « la Guerre d’Espagne Â» qui devient vite pour les Espagnols une Â« Guerre d’IndĂ©pendance Â». A cette occasion, Hendaye reçut le 12 juin 1808, la visite de l’Empereur qui prit le temps d’y dĂ©jeuner dans la meilleure auberge situĂ©e alors Ă  l’emplacement de l’ancien Bar Hendayais.

  

1.- La journée du 7 octobre 1813


En ce début d’octobre 1813, le temps en Pays Basque est exécrable. Les mois de juillet, d’août et de septembre ont été marqués par des pluies diluviennes.

 

Le 6 octobre 1813, en fin de journée, de gros nuages noirs apportés par le vent de Sud s’accumulent sur les Trois Couronnes et le Jaizkibel. Ils annoncent un méchant orage qui ne tarde pas à éclater. Le 7 au matin, l’orage se déplace sur la rive droite de Txingudi et les positions françaises, couvrant opportunément le fracas des équipages anglais, espagnols et portugais, qui se mettent en branle pour investir le Sud-Ouest de la France. Une marche inexorable qui les mènera jusqu’à Toulouse, à une victoire totale le 10 avril 1814 et à l’abdication de l’Empereur, 4 jours auparavant.

 

Le ciel et ses caprices ne sont pas vraiment responsables de cette débâcle napoléonienne. Celle-ci résulte plus sûrement de multiples erreurs politiques de son chef et de la trop grande insuffisance militaire de ses soutiens.


A propos de cette dernière, on relèvera notamment :

 

Le 21 juin 1813 : la dĂ©bâcle de Vitoria, avec un Roi JOSEPH, frère de NAPOLEON, qui s’enfuit en catastrophe du champ de bataille ;

 

Le 31 aoĂ»t 1813 : l’échec cuisant de SOULT Ă  San Marcial avec pour consĂ©quences immĂ©diates : l’abandon de Pampelune et la condamnation des troupes françaises retranchĂ©es dans Saint-SĂ©bastien, dĂ©sormais conduites inĂ©luctablement Ă  la reddition.

 

En ce dĂ©but d’octobre 1813, l’Empire se fissure. Ses ennemis - l’Europe entière ! - vont poser pour la première fois depuis le dĂ©but de l’épopĂ©e napolĂ©onienne, un pied en terre française.

 

Et c’est à Hendaye, le 7 octobre 1813, que WELLINGTON réalisa ce prodige.



 


Pour ce faire, WELLINGTON, bien renseignĂ© par les pĂŞcheurs de la rive gauche de Txingudi, dispose de 14 guĂ©s praticables Ă  marĂ©e basse, Ă  savoir, du Nord au Sud :

 

-  1 guĂ© situĂ© entre le quartier de la Madeleine (Fontarabie) et Sokoburu ;

-  2 guĂ©s reliant le couvent des Capucins Ă  Ispeta (Gare de Hendaye) ;

-  3 guĂ©s situĂ©s entre Santiago et le pont de BĂ©hobie (qui avait Ă©tĂ© dĂ©truit le 1er juillet 1813 par les Français pour protĂ©ger leur retraite) : Lecueder, Dibildox et Ile de la ConfĂ©rence ;

-  8 autres guĂ©s se trouvaient entre BĂ©hobie et Biriatou et plus en amont.

 

Dans le mĂŞme temps, l’embouchure de la Bidassoa est gardĂ©e par un navire de la Navy « Le Constant Â», commandĂ© par le Lieutenant STOKES dont les marins occupent le château du Figuier.

 

C’est dans ce cadre que le 7 octobre, Ă  7h15, Ă  la fin de la marĂ©e descendante, une fusĂ©e tirĂ©e de l’église de Fontarabie et un grand drapeau blanc hissĂ© au sommet de San Marcial, invitent les troupes alliĂ©es, fortes de 24 000 hommes, Ă  franchir pour les unes, la baie de Txingudi ; pour les autres, la Bidassoa. Tandis que 20 000 autres soldats, plus en amont, s’avancent Ă  l’assaut de la Rhune. Le front prĂ©sente alors une largeur de 10 km …


Commandement des AlliĂ©s : WELLINGTON (112 000 hommes) et plus particulièrement pour notre théâtre d’intervention (25 000 hommes) : Lieutenant-GĂ©nĂ©ral Sir Thomas GRAHAM puis le soir mĂŞme du 7 octobre : Lieutenant-GĂ©nĂ©ral Sir John HOPE

5ème Division du Major-GĂ©nĂ©ral Andrew HAY : Sokoburu

1ère Division du Major-GĂ©nĂ©ral Kenneth HOWARD + les Portugais du Brigadier-GĂ©nĂ©ral WILSON + les Espagnols du Lieutenant-GĂ©nĂ©ral Don Manuel  FREYRE : Ispeta – pont de BĂ©hobie – Biriatou et plus en amont.

 

En face, les Français conduits par le MarĂ©chal Jean-de-Dieu SOULT (68 000 hommes) n’opposent en première ligne, dans les ruines du fort de Hendaye, qu’une quarantaine de soldats et, depuis Santiago jusqu’à BĂ©hobie, qu’une petite centaine d’hommes  (2 compagnies du bataillon du 3ème de ligne  de la brigade du gĂ©nĂ©ral Pierre Armand PINOTEAU).


Les troupes françaises (Division du gĂ©nĂ©ral Antoine-Louis POPON, baron de MAUCUNE et Brigade PINOTEAU,  4 000 hommes) sont plus fournies sur une ligne de dĂ©fense, courant sur les premières hauteurs de Hendaye depuis la pointe Sainte-Anne, Sascoenea jusqu’à Biriatou et le mont du Calvaire, en passant le cafĂ© RĂ©publicain (Miguelchoenborda, Ă  l’aplomb du tournant de la N10 après Caminoberri)  et la montagne Louis XIV (Ă  l’aplomb de BĂ©hobie, carrières).

 

CafĂ© RĂ©publicain (Miguelchoenborda)CafĂ© RĂ©publicain (BĂ©hobie)CafĂ© RĂ©publicain (Fontarabie)

       

 

Mais le gros de la troupe (GĂ©nĂ©ral HonorĂ© Charles REILLE, 17 000 hommes) stationne bien loin de la frontière, entre Urrugne et Olhette. Il ne se met en marche sur le lieu des combats qu’à 9 h du matin…   Soit un total de 21 000 hommes.

 

C’est dans ces conditions que les Alliés franchissent sans peine la baie et les gués et n’essuient les premiers coups de feu français qu’en mettant le pied sur la rive droite de la Bidassoa.


Très vite, les Français évacuent Hendaye tandis que ceux placés aux avant-postes (PINOTEAU) voient les Alliés progresser très rapidement sur les dunes d’Ondarraitz. Sans vraiment combattre et craignant d’être pris à revers par leur droite, ils abandonnent en grand désordre leurs positions pour se replier d’abord sur la Croix des Bouquets puis, très vite, devant l’avance fulgurante de l’ennemi, à Urrugne.



Le soir du 7 octobre, les Alliés sont maîtres des rives de la Bidassoa et de ses abords immédiats depuis la pointe Sainte-Anne jusqu’à Biriatou. Ils s’arrêtent aux portes d’Urrugne, prêts à attaquer Olhette mais ne tiennent pas encore la Rhune.


Les pertes des AlliĂ©s s’élèvent Ă  1600 hommes dont la moitiĂ© est espagnole ; les pertes françaises sont de 1654 hommes dont 524 prisonniers.

Le 8 octobre est calme.

 

Les Français ont perdu la bataille de la Bidassoa.  La faute en revient Ă  SOULT qui n’a pas cru possible la traversĂ©e des AlliĂ©s si nombreux par les guĂ©s de Txingudi et de la Bidassoa. La faute en revient aux troupes devenues incapables. La faute en revient Ă  la conscription qui fait que ces troupes sont en Basses-PyrĂ©nĂ©es composĂ©es en majoritĂ© d’adolescents et d’hommes âgĂ©s, dĂ©pourvus de formation et d’expĂ©rience.

 

Le moral des troupes françaises est au plus bas. Les soldats qui ne sont plus tenus par leurs officiers, n’hĂ©sitent pas Ă  piller les habitants d’Urrugne, du château d’Urtubie et, de toutes les fermes alentour. Les troupes manquent de vivres et toutes les nuits les paysans tirent sur nos soldats qui viennent ravager les cultures. MalgrĂ© quelques punitions exemplaires ordonnĂ©es par  SOULT, comme l’exĂ©cution d’un capitaine, chevalier de la LĂ©gion d’Honneur, la population n’est plus solidaire de ses compatriotes militaires qui la faisaient souffrir.

 

Il faut dire que de 1807 à 1813, l’axe Bayonne – Hendaye fait, dans les deux sens, l’objet du passage incessant d’innombrables convois d’hommes et de matériels, orchestrées par la gendarmerie impériale dont les riverains ne retiennent que la rudesse, les exigences et les réquisitions…

Vite après la dĂ©faite de Vitoria, les exactions commises par les troupes françaises vaincues, Ă©puisĂ©es et affamĂ©es, se multiplient. DisposĂ©es dans un premier temps Ă  un accueil compatissant, les populations sont bien vite refroidies et en viennent Ă  souhaiter l’arrivĂ©e des envahisseurs. L’arrivĂ©e des AlliĂ©s semble moins redoutĂ©e que la prĂ©sence des Français.   WELLINGTON qui très vite perçut cette hostilitĂ© des riverains de la Bidassoa Ă  l’encontre de ses propres soldats, ne manqua pas d’en tirer avantage.

 

C’est dans ce contexte qu’il faut lire le rĂ©cit certainement  lĂ©gendaire mais, très rĂ©vĂ©lateur, de la posture prĂŞtĂ©e Ă  Etienne PELLOT (1765-1856) dans ces temps agitĂ©s.

 

Comment Hendaye vĂ©cut cette terrible journĂ©e du 7 octobre 1813 ?

Paradoxalement, Hendaye qui se trouve en première ligne ne souffre pas vraiment de cette monumentale invasion.

Quelques boulets lancés en soutien des troupes franchissant les eaux, lui tombent bien dessus.

 

Mais le gros des AlliĂ©s se dirigent vers Santiago et le cours amont de la Bidassoa ; le reste, aborde le territoire français Ă  Sokoburu et ne franchit pratiquement pas les limites de la commune qui, nous le verrons, sont bien plus rĂ©duites qu’aujourd’hui.

De plus, la ville n’abrite plus à cette date que 40 familles au maximum et un grand nombre d’entre elles se sont depuis longtemps mises à l’abri en se retirant de Hendaye.

 

Pendant que les AlliĂ©s envahissent le Labourd, un Hendayais cĂ©lèbre  Etienne PELLOT, corsaire rĂ©putĂ©, âgĂ© de 48 ans et dĂ©sormais retirĂ© de la Course - que l’on confond souvent avec son cousin, homonyme, qui est dans le mĂŞme temps, maire de Hendaye -  serait restĂ© chez lui, en sa maison de Santiago et  aurait vu se prĂ©senter WELLINGTON en personne.


De cette entrevue, J. DUVOISIN, nous donne, dans une biographie largement complaisante et admirative, consacrée à notre plus célèbre Hendayais, la version suivante.

 

WELLINGTON demande à PELLOT, déguisé en domestique, où se trouvent l’armée, la douane et les populations. Ce dernier répond que la première s’est réfugiée vers Urrugne, que la deuxième l’a suivi et que les dernières se sont enfuies.

 

L’Anglais demande ensuite oĂą se trouve PELLOT. Celui-ci se prĂ©sente. StupĂ©fait et ravi, le gĂ©nĂ©ral en chef lui propose alors une place dans la marine de sa MajestĂ©. Notre corsaire refuse noblement cette offre mais, en contrepartie, invite l’envahisseur Ă  sĂ©journer Ă  Santiago ou d’en affecter l’usage Ă  un hĂ´pital que PELLOT s’engage Ă  dĂ©frayer en bois, luminaire et charpie. Il ajoute ; il aurait ajoutĂ© :

 

« Les forces de la France refluent vers son cĹ“ur. Ayez de l’humanitĂ© envers le peuple et faites observer une justice sĂ©vère, si vous ne voulez voir votre armĂ©e dĂ©vorĂ©e par la terre qu’elle foule Â».

« Capitaine, rĂ©pondit WELLINGTON, la Grande-Bretagne ne fait pas la guerre au peuple de France. Je vous autorise Ă  dire aux habitants que leurs vies et leurs propriĂ©tĂ©s seront respectĂ©es et que, s’ils veulent rentrer dans leurs foyers, ils y trouveront protection et sĂ©curitĂ© Â».


PELLOT put convaincre quelques concitoyens de regagner leurs foyers. Il paraĂ®t mĂŞme qu’il « obtint de la justice du GĂ©nĂ©ral en chef de faire exĂ©cuter publiquement, sur la place, les pillards et les assassins Â».

 

De fait, plusieurs bandes « espagnoles Â» suivaient rĂ©gulièrement les troupes anglaises dans leur progression ; commettaient bravement toutes sortes d’atrocitĂ©s et refusaient de rentrer en Espagne malgrĂ© les ordres de WELLINGTON.

 

Finalement, l’hôte de PELLOT, fut le Général HOPE et sa suite jusqu’au 10 novembre 1813. Il semble que ce séjour ne fut pas pour PELLOT des plus agréables et, qu’il se serait vengé en subtilisant par un incroyable système de poulies… le cheval du généralissime au moment de son départ. WELLINGTON paraît-il s’en amusa fort.



2.- Et celle du 23 avril 1793


De fait, si Hendaye n’a pas eu à souffrir de la journée du 7 octobre 1813, c’est que déjà, elle n’est plus qu’une ville morte, assassinée 20 ans plus tôt, le 23 avril 1793.

 

Depuis le 14 juillet 1789, la France inquiète l’Europe. Depuis le 21 janvier 1793, elle est horrifiée à l’annonce de la décapitation de LOUIS XVI. Son cousin, le roi d’Espagne, CHARLES IV, avait bien tenté de négocier l’exil du roi de France avec la Convention. Mais celle-ci, non contente de refuser cette issue favorable, déclare le 7 mars 1793, la guerre à l’Espagne qui relève le gant le 23 mars suivant.

 

Au moment de la dĂ©claration de guerre Ă  l’Espagne, Hendaye est occupĂ©e par le 7ème bataillon de la Gironde, comprenant 300 hommes bien instruits, sous les ordres du commandant LABADIE ; ce poste dĂ©pend du camp de Hendaye, comprenant 1300 hommes du 20ème rĂ©giment de ligne et 700 autres, du rĂ©giment Cantabre d’Infanterie lĂ©gère ; ils font partie de l’armĂ©e de 8000 hommes commandĂ©e par le GĂ©nĂ©ral DUVERGEZ - remplacĂ© le 23 avril par le GĂ©nĂ©ral REYNIE (REINIER) -  qui s’appuie , d’une part, sur le fort de Hendaye et, de l’autre, sur les redoutes du Camp RĂ©publicain et Louis XIV, au-dessus de BĂ©hobie.

 

Le premier objectif des Espagnols, afin d’occuper les hauteurs qui descendent de la Rhune, est de dĂ©truire le fort de Hendaye. Cet objectif semble avoir fait l’objet d’un ordre formel de Madrid qui rĂ©pondait ainsi Ă  une demande expresse des habitants de Fontarabie qui, depuis plus de trois siècles, supportaient mal et combattaient l’existence mĂŞme de Hendaye sur la  rive droite de Txingudi.


Le 23 avril, au petit matin, ils ouvrent  le feu avec une telle violence, depuis Fontarabie et des collines qui dominent la place forte sur la rive gauche, qu’au bout de peu de temps, la ville, l’église et le fort ne sont plus qu’un monceau de ruines.


A midi, les Espagnols investissent le fort de Hendaye. Ses occupants, une compagnie de canonniers du rĂ©giment de la Gironde, s’enfuient, abandonnant Ă  l’ennemi les munitions de guerre et de bouche qui s’y trouvent en grande quantitĂ© : plusieurs mortiers et 12 canons de bronze et de fer. 


Les jours suivant, le bataillon des PyrĂ©nĂ©es ou « Chasseurs Basques Â», et celui de la Gironde, contre attaquent et repoussent les Espagnols au-delĂ  de la frontière. Les jours d’après, les Espagnols reprennent l’offensive, forcent le camp de Sare, entrent dans Urrugne et occupent Saint-Jean de Luz.

 

Le 31 mai, un dĂ©tachement espagnol, venu de BĂ©hobie, occupe Hendaye qu’il achève d’anĂ©antir en y mettant le feu. C’est que les Espagnols font une guerre nouvelle, une guerre « sale Â». Leurs « compagnies de voleurs Â», armĂ©es de torches et d’armes blanches, sont organisĂ©es pour s’engouffrer dans les villes bombardĂ©es ; pour piller, incendier, violer et Ă©gorger les hommes, les femmes et les enfants.

 

Le 22 juin, le Général SERVAN, ayant repoussé l’ennemi jusqu’à la Bidassoa, le déloge de la redoute Louis XIV, de Biriatou et des collines boisées qui surplombent Hendaye, l’obligeant à repasser en désordre la Bidassoa.


Le gĂ©nĂ©ral, Ă©crivant Ă  la Convention la relation de cette opĂ©ration, indique alors : « On ne saurait trop se louer du zèle, des services et de la bravoure des citoyens LARROUY et DALBARRADE, l’un et l’autre de Andaye ; ils avaient bien voulu s’offrir pour servir de guide aux colonnes de droite et de gauche, et ils combattirent avec une grande valeur Â». A la suite de cette action, un dĂ©tachement de 50 lĂ©gionnaires des Montagnes et de 10 dragons, s’avancent jusqu’à Hendaye provoquant une ultime et bien inutile canonnade de Fontarabie sur Hendaye.

Les deux armées, aussi mal organisées et équipées l’une que l’autre, les Espagnols ayant toutefois la supériorité du nombre et de l’artillerie, se tiennent durant plusieurs mois en respect.

 

En aoĂ»t 1793, les Français dĂ©sormais commandĂ©s par le GĂ©nĂ©ral LABOURDONNAY, remplaçant SERVAN destituĂ©, attaquent plusieurs fois sans succès. Ils reculent mĂŞme jusqu’à Urrugne, puis jusqu’à Sare et Saint-PĂ©e. Le mois suivant, ayant renforcĂ© leur droite, ils obligent l’ennemi Ă  repasser la Bidassoa et occupent les collines descendant de la Croix des Bouquets jusqu’à la mer. Ce camp, qui s’étend sur les coteaux dominant Hendaye et les lignes espagnoles, jusqu’à la chapelle Sainte-Anne, est appelĂ© alors le Camp des Sans-Culottes que les espagnols prĂ©fèrent identifier comme la « nouvelle Hendaye Â».

 

En 1794, une nouvelle attaque française contre la Croix des Bouquets réussit à bousculer les Espagnols, commandés par le Général CARO en personne, qui, une fois de plus, se replient au-delà de la Bidassoa. A la suite de cette dernière déconvenue, le Général CARO est destitué. Il est remplacé par le Comte de COLOMERA, un vieillard sans véritable expérience militaire.

 

La situation change d’aspect lorsque le GĂ©nĂ©ral MULLER, disposant de troupes dĂ©sormais mieux prĂ©parĂ©es et profitant de l’organisation dĂ©fectueuse  du front espagnol, engage le 25 juillet 1794, une opĂ©ration d’envergure qui permet aux troupes françaises de franchir la Bidassoa, de devenir maĂ®tre de la vallĂ©e du Bastan, de Vera, de Lesaca et, en contournant par le Sud-Ouest les Trois-Couronnes de prendre Ă  revers San Marcial pour finalement s’emparer d’Irun.


Le 1er août, le représentant du peuple GARRAN et le capitaine LAMARQUE avec 300 hommes, prirent par surprise Fontarabie défendue par une garnison de 800 hommes, en bloquant cette place forte, par mer, à l’aide d’une flotte improvisée et en menaçant de passer la garnison par les armes. 2000 prisonniers, 200 canons, 10000 fusils, 30 chaloupes de pêche, une canonnière, furent le butin de cette prise.

 

Le 15 septembre 1794, Il est dĂ©cidĂ© de dĂ©truire les murailles de Fontarabie au motif que : « Ce sera une faible expiation des horreurs commises par les Espagnols fugitifs et vaincus sur notre territoire et surtout Ă  Hendaye, qui n’est qu’un monceau de ruines Â». L’ouvrage est colossal. Il dure près d’un an et ne s’arrĂŞte qu’à la faveur du traitĂ© de Bâle en 1795. Totalement dĂ©pouillĂ©e ou presque, notre fière et ombrageuse voisine perd dĂ©finitivement toute sa superbe et se trouve rĂ©duite Ă  n’être dĂ©sormais qu’un mĂ©lancolique lieu touristique.

  

MONCEY, nommé le 17 août commandant en chef en remplacement du Général MULLER, s’empare de Saint-Sébastien, de Tolosa et envahit les provinces basques jusqu’à Ondarroa, Elgoïbar, Vitoria et prit le camp retranché d’Eibar qui abritait un immense parc de matériel de guerre.

 

En mars 1795, alors qu’il s’apprĂŞte Ă  investir Pampelune, MONCEY reçoit Ă  Saint-SĂ©bastien la visite d’un très Ă©tonnant visiteur. Un Hendayais, Simon d’ARAGORRY, marquis d’Iranda (Irandatz), se prĂ©sente, porteur d’une lettre du roi d’Espagne comme chargĂ© de nĂ©gocier la paix. Certains prĂ©tendent alors que le but inavouĂ© de cette visite Ă©tait, pour cet Ă©migrĂ©, appartenant dĂ©sormais Ă  la noblesse de Castille et jouissant d’une immense fortune Ă  Madrid, de rĂ©cupĂ©rer ses propriĂ©tĂ©s de Hendaye et de Subernoa qui lui avaient Ă©tĂ© confisquĂ©es par la RĂ©volution. Cette suspicion Ă  l’égard d’un vieillard de 72 ans ne rĂ©siste pas Ă  sa renommĂ©e faite de franchise, de droiture et d’expĂ©rience, en affaires comme en politique. Le 11  juin 1795, il rencontre Ă  Bayonne le reprĂ©sentant du peuple MEILLAN qu’il connaĂ®t depuis le temps oĂą tous deux sĂ©journaient en Pays Basque.


Le 22 juillet, le traitĂ© de Bâle est signĂ© ; la paix est revenue et … c’est un Hendayais qui en fut le premier Ă©missaire !!!


Si la paix est revenue, les dommages sont Ă©normes. Hendaye est anĂ©anti : un bon nombre de ses habitants sont morts – on ignore exactement combien – mais tous les autres, blessĂ©s ou saufs, se sont enfuis ; le prieurĂ© de Santiago est entièrement dĂ©truit, l’église est ruinĂ©e, presque toutes les maisons du bourg sont rĂ©duites en cendres. Le fort, la seule dĂ©fense,  la seule garantie de la libertĂ© de circulation, de commerce et de pĂŞche des Hendayais, est rasĂ©.

 

 

 Caneta (1865) Caneta (1880) Ruines 1793... 2013 R(IbaĂŻ Alde, Caneta)
 

 

 

 Hendaye : 1793... 1820 Fontarabie : 1793... 1820 Irun : 1793... 1820

 


 




A vrai dire, depuis l’arrivée de son premier peuplement au milieu du XVème siècle, Hendaye a toujours essayé de disposer d’un ouvrage défensif afin de protéger ses marins dans la baie. Le fort détruit en 1793, était le troisième du genre. Son existence fut brève. A peine plus d’un siècle.


 

 

La première de ces dĂ©fenses date de 1455 et prend la forme d’une tour, qui reçoit le nom de tour MUNJUNITO, nom de son principal financeur. Cette rĂ©alisation rĂ©sulte en effet, d’une initiative privĂ©e pour laquelle les fonds nĂ©cessaires ne sont apportĂ©s que par quelques familles hendayaises. Nous n’en connaissons pas l’emplacement exact. Il semble que cette tour ait Ă©tĂ© Ă©difiĂ©e aux abords du port et, plus prĂ©cisĂ©ment, sur l’emprise primitive de la gare, non loin de la fontaine et de l’ancien lavoir de Caneta. Quoi qu’il en soit, son existence est Ă©phĂ©mère. Dès 1458, elle est dĂ©truite par les gens de Fontarabie. Elle sera reconstruite mais, en 1512, l’Espagne dĂ©vaste le Labourd et incendie Saint-Jean-de-Luz. Au cours de cette invasion, les Anglais, alliĂ©s du Duc d’Albe, dĂ©vastent Hendaye et dĂ©truisent la « tour du port Â». Une carte de 1638, retraçant la prise de Fontarabie par le Prince de CONDE,  la signale comme Ă©tant en ruine. 



En 1618, le Comte de GRAMONT est nommĂ© par le Roi, gouverneur d’une nouvelle tour qui reste Ă  construire Ă  Hendaye. La municipalitĂ© de Bayonne qui tient par-dessus tout Ă  conserver le monopole du commerce maritime,  voit d’un mauvais Ĺ“il la sĂ©curisation, au bĂ©nĂ©fice de Hendaye, de la navigation dans la baie de Txingudi. Elle remue ciel et terre pour empĂŞcher ce projet. Le Roi et le Comte passent outre. Le 15 juillet 1618, l’ingĂ©nieur du roi, Jacques ALLEAUMES, choisit un nouvel emplacement pour cet ouvrage dĂ©fensif qui se trouve dĂ©sormais situĂ© au nord du port et Ă  l’ouest du quartier de l’église ; en un mot, Ă  l’emplacement de notre actuel monument aux morts et donc du dernier fort dĂ©truit en 1793. On lui donne le nom de tour BONNIVET.  L’Amiral BONNIVET avait Ă©tĂ© chargĂ© par FRANCOIS 1er de conduire une armĂ©e en Navarre pour soutenir les prĂ©tentions des ALBRET contre la Couronne d’ARAGON. BONNIVET en revint plein de gloire après la prise de Fontarabie, le 19 octobre 1521.


Le 25 mai 1663, COLBERT constatant que les Hendayais ne peuvent continuer Ă  subir les prĂ©tentions de Fontarabie en matière de propriĂ©tĂ© et de jouissance exclusive de Txingudi, dĂ©cide : « de restablir une tour qui estoit autrefois au bourg de Hendaye, pour la seuretĂ© de la navigation  de la rivière Bidassoa contre les habitants de Fontarabie, ….. de lever le plan de cette tour, … .. soit pour la rĂ©tablir, soit pour construire d’autres ouvrages ….. Â». Un mois plus tard, le Roi accepte les plans et devis du Sieur POUPART, ingĂ©nieur, et les travaux s’engagent. Dès 1664, la tour BONNIVET est renforcĂ©e dans un but plus offensif que dĂ©fensif. L’ouvrage  prĂ©sente dĂ©sormais l’aspect d’un château-donjon, dotĂ© de canons et servi par une garnison royale composĂ©e de 30 hommes, des vĂ©tĂ©rans et des invalides pour la plupart. Son Ă©dification sera achevĂ©e en 1666. En 1680, deux nouvelles tourelles viennent complĂ©ter son Ă©quipement. Cette tour BONNIVET, vĂ©ritable fortin, mĂŞme dans sa forme première, est Ă©galement indiquĂ©e sur la carte de 1638 dĂ©jĂ  citĂ©e.

 

En 1681, LOUIS XIV ordonne la crĂ©ation immĂ©diate d’une redoute mieux Ă©quipĂ©e. VAUBAN envoie pour ce faire un de ses Ă©lèves, l’ingĂ©nieur de VIGNY. Celui-ci prend le parti de remanier profondĂ©ment le fortin existant en appliquant les prĂ©ceptes de son maĂ®tre. En 1683, puis en 1685, VAUBAN visite Hendaye  qui, selon le bon vouloir de la RĂ©gente Anne d’Autriche, est devenue en 1654, une paroisse Ă  part entière gĂ©rĂ©e par un Maire-abbĂ© et 4 jurats. AchevĂ© en 1686, le fort, celui-lĂ  mĂŞme qui sera rasĂ© en 1793, a fière allure, ses canons et mortiers servis par une centaine d’hommes, sont pointĂ©s sur Fontarabie, distante de 800 mètres.


En 1693, VAUBAN inspecte l’édifice et profite de son passage dans la rĂ©gion pour commander la construction de la redoute Louis XIV. En 1780, le Comte de GUIBERT, Ă  l’occasion d’une nouvelle inspection, constate que le fort de Hendaye est  encore bien entretenu.







                                                                                                                        

                                                   1730                                                                      1790




Le Fort de 1780














 


Le Fort en 1793














                                                                                          

Le Fort en 2013




















                                                                                       



Le Fort en 2013




Après sa destruction, le fort tomba dans l’oubli. Le 23 fĂ©vrier 1853, ses ruines et les 3 hectares du terrain militaire attenant, sont remis au Domaine qui, le 19 septembre 1869, les vend aux enchères et en obtient 26.050 Francs. L’acquĂ©reur est un Parisien, Monsieur PASCAULT, propriĂ©taire Ă  Paris. Avant la vente, de nombreuses pierres avaient Ă©tĂ© prĂ©levĂ©es ; entre autres, pour la construction en 1864, de la nouvelle mairie (aujourd’hui l’ancienne), place de la RĂ©publique.






 

          Le Fort de 1793

 




  


3.- et Hendaye et les Hendayais …


C’est à partir de la deuxième moitié du XVème siècle que le petit promontoire situé aux confins du territoire d’Urrugne, face à l’ombrageuse et très royale ville de Fontarabie, établie 250 ans plus tôt, commence à se peupler durablement. Le lieu-dit s’appelle Andaye.

Il n’a pas d’existence propre et dĂ©pend entièrement du bon vouloir d’Urrugne  auquel il appartient et, qui le lui fera savoir des siècles durant…

Son émancipation débute par… l’édification d’une église.


A la fin du XVIème siècle, le 25 mai 1598, ses habitants obtiennent satisfaction pour une demande exprimĂ©e le 26 novembre 1563 : le droit d’édifier une chapelle, une grande chapelle…, en fait, notre actuelle Ă©glise Saint-Vincent. Celle-ci sera achevĂ©e en 1617 et, nous le savons, sĂ©rieusement dĂ©gradĂ©e par le bombardement de 1793.


Ce que l’on sait moins, c’est qu’entre 1793 et 1807, date Ă  laquelle l’église Saint-Vincent est rendue au culte, une chapelle provisoire dite « Capera Â» est Ă©difiĂ©e, Ă  toute proximitĂ©, Ă  l’emplacement de l’ancienne mairie. En 1827, cette chapelle est abandonnĂ©e. Elle fut un temps louĂ©e Ă  Etienne HIRIBARREN Ă  la condition qu’il y entretienne une …prison ! En 1862, elle est dĂ©truite pour la construction de la mairie.  



                          

 

 

 

 

 

  Territoires Hendayais 1654-1896

 

En 1646, la « chapelle Â» Saint-Vincent devient paroisse et en 1654, cette paroisse conquiert son autonomie en devenant une communautĂ© indĂ©pendante avec un Maire-abbĂ© et 4 jurats. Mais quelle paroisse …, un grand jardin. A peine 33 hectares dont  la majeure partie se trouve aux Joncaux reçus, en 1629, des mains de LOUIS XIII en rĂ©compense de la bravoure des Hendayais lors du siège de l’île de RĂ©. Imaginez les limites du bourg : du Nord au Sud, depuis le pont de Belcenia jusqu’à une ligne courant du haut de la rue de la LibĂ©ration Ă  l’entrĂ©e du nouveau pont du chemin de fer ; d’Est en Ouest, du passage Ă  niveau du Bas-Quartier Ă  Caneta. Ouristi, Aizpurdi, Inda, Irandatz, Otax, et Santiago n’appartiennent pas Ă  cette minuscule paroisse.



Hendaye devra attendre plus de 200 ans avant de s’agrandir.  En 1867, une petite partie des quartiers de Subernoa et de Santiago, un large croissant encerclant Hendaye, de la Bidassoa Ă  Sokoburu, en passant par la pointe Sainte-Anne, lui est attribuĂ©. L’annexion est d’importance, Hendaye recouvre tous les domaines agricoles dont les propriĂ©taires (AĂŻzpurdi, Ondaraltxu mais plus encore Aragorry et Galbarrette ...) conduisaient de fait depuis longtemps toute la vie politique et Ă©conomique de la petite citĂ©. Sa superficie est dĂ©sormais de 268 hectares.

 

C’est en 1896, que le restant de ces quartiers est annexé par Hendaye, lui conférant son territoire actuel de près de 800 hectares.




    

 

 

 

 

 

 

Territoires Hendayais 1654-1896    




Depuis sa crĂ©ation comme en 1793, comme en 1813, Hendaye est exiguĂ«. Son espace se rĂ©sume Ă  une grosse butte couronnĂ©e de l’église et Ă  ses flancs qui plongent dans Txingudi (Caneta) ou dans le Bas-Quartier (Belcenia). A l’évidence, cette exiguĂŻtĂ© rĂ©sulte d’une volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e des propriĂ©taires « urrugnars Â» qui l’encerclent, de ne pas perdre la moindre parcelle de terres exploitables, aucun labour, aucune prairie. Cette exiguĂŻtĂ© traduit aussi la ferme intention politique d’assigner comme seuls objectifs Ă  ce peuplement, pas vraiment dĂ©sirĂ© et souvent Ă©tranger : le commerce, la pĂŞche et, bien plus tard, la course.

MalgrĂ© un relief peu favorable, le bourg s’organise d’emblĂ©e comme une « bastide Â», très classiquement structurĂ©e par un axe de circulation transfixiant.


                  

 

 

                                 

   1775




Pour Hendaye, le tracĂ© de cet axe fondamental dĂ©bute avec le chemin d’Urrugne qui descend du quartier de la ferme Laparca, longe le domaine de Biantenia et entre dans le bourg par l’actuelle rue de Subernoa, remonte par celle du Cdt Passicot et redescend par la rue de la Fontaine pour, très vite, quitter les limites de la paroisse, Ă  hauteur de l’entrĂ©e du « nouveau pont Â», Ă  proximitĂ© de la fontaine de Caneta.

Cette voie servit longtemps au passage des pèlerins qui, empruntant la voie jacobite littorale, regagnaient ensuite le pas de Santiago et Priorenia.




            

 

 

 

 

Cadastre napolĂ©onien (1831)   

 


Autour de cet axe structurant, 3 autres voies secondaires complètent le plan de circulation de Hendaye : la rue du Port, la rue de la LibertĂ© et, reliant les allĂ©es d’Irandatz au glacis du fort, une voie transversale passant devant le porche de l’église Saint-Vincent.


De cette exiguïté, de ce tracé des voies de circulation, découle la forme retenue pour l’habitat. D’une manière générale, chaque maison présente une façade en bordure des voies et se réserve à l’arrière, un espace aménagé en jardin-potager.




 

 

 

 

 

 

 

   1867

 

Le plus étonnant, est que les terribles destructions de 1793 n’ont pas conduit les Hendayais à modifier leur plan d’urbanisme. La seule modification d’importance, mis à part la tranchée du chemin de fer (1863), le pont de Belcenia (1892) et la construction des 2 ponts qui l’enjambent (1863 et 1923), a trait à la place de la République. Vers 1860, le futur propriétaire de la meilleure auberge de Hendaye, Martin IMATZ, menuisier, fait détruire 2 maisons sinistrées depuis 1813, pour y construire son établissement (plus tard hôtel puis immeuble Imatz). Il dégage ce faisant, un assez vaste espace que la municipalité aménagera dans un premier temps, comme terrain de blaid qui 20 ans plus tard, deviendra la place de la République.


Le nombre des maisons du bourg suivit les Ă©vĂ©nements de l’histoire. En 1450, on en dĂ©nombre 40 ; Ă  la fin du XVIème siècle, près de 200… et, Ă  la fin du siècle suivant et durant tout le XVIIIème siècle : 100 Ă  150. Moins d’une dizaine rĂ©sistent aux bombardements de 1793. En 1830, soit bien après les Ă©vĂ©nements de 1793 et 1813, on ne recense encore que 70 maisons habitables.

 

Le nombre des habitants connaĂ®t les mĂŞmes Ă©volutions. Entre 1650 et 1718, leur nombre varie de 1000 Ă  1500. Mais en 1796, ils ne seront que …27 Ă  peupler un champ de ruines ; en 1813, ils seront guère plus nombreux : 50. En 1820 : 332 ; mais en 1867, après l’arrivĂ©e du chemin de fer et …l’annexion d’une partie de Subernoa : 918. En 1896, au terme de l’obtention de son territoire actuel, Hendaye compte 2100 habitants.


 

 

                          

 

Maison Ducasse (1803-2013) Rue  de la Fontaine

                                                                                                                      















 


L’activitĂ© première des Hendayais fut, depuis l’origine du bourg, le commerce. A de rares exceptions près, ceux-ci ne se tournent vers la mer, la pĂŞche lointaine (morue, baleine) et la Course qu’à partir du XVIIème siècle. D’abord, les hommes, les plus jeunes d’entre eux, embarquent sur les navires luziens, le plus souvent comme harponneurs. Mais dès la fin du XVIIème, ils embarquent majoritairement sur des navires armĂ©s par des Hendayais ou des armateurs du quartier de Subernoa. Durant cette pĂ©riode trois Hendayais s’adonnèrent Ă  la traite d’esclaves : Jean CROISIC (1693-1731), fils du grand Joannis de SUHIGARAYCHIPY, Pierre d’AMESPIL (1738-1769) et Louis DALBARADE (1758-1791), frère de l’Amiral-Ministre. L’excellence des marins hendayais s’affirme tout autant dans la chasse Ă  la baleine que dans les aventures de la Course. Dès 1644, ils se dotent d’une confrĂ©rie, ou sociĂ©tĂ© de secours mutuel  et bâtissent sur les dunes, la chapelle Sainte-Anne. La fin de la première moitiĂ© du XVIIIème siècle marquera celle de l’âge d’or de l’armement hendayais, de ses chantiers navals (ARAGORRY, GALBARETTE) et de son Ă©cole d’hydrographie (Eskola-handi) crĂ©Ă©e en 1735, par le père de Jean DALBARADE, futur Amiral et ministre de la Marine. En revanche, la pĂŞche cĂ´tière (ligne et filet) et  l’exploitation de la baie de Txingudi et de la Bidassoa avec, en particulier, l’entretien de nasses Ă  saumons et de parcs Ă  huĂ®tres, a toujours participĂ© de la ressource alimentaire de la population hendayaise. C’est cette activitĂ© de proximitĂ© qui valut Ă  Hendaye d’être, durant près de 200 ans, la victime des prĂ©tentions hĂ©gĂ©moniques et des expĂ©ditions souvent meurtrières de Fontarabie. En 1697, on recense Ă  Hendaye : 112 marins dont 6 capitaines et 60 matelots, soit un peu plus de 8 % de la population.

                                                                                                                    


1803
Acte de mariage
de Jean SALLABERRY
et 
Magdelaine DUHART

par Martin BIDART,
maire de Hendaye
 
en présence de :
Jean DALBARADE (1743),

60 ans, ex ministre de la marine et amiral de la RĂ©publique


Etienne DURRUTY, 30 ans (futur maire, 1826 puis 1842)


Etienne PELLOT (1758),

45 ans, navigateur (futur maire, 1815)
 de Hendaye


Joseph LABROUCHE (1769), 34 ans, négociant (né à Hendaye…et futur maire
de Saint-Jean-de-Luz)
 




Ceci Ă©tant, le commerce demeure l’activitĂ© principale des Hendayais. La frontière fait d’eux, pour la plupart, des transitaires. Les marchandises transitĂ©es sont diverses et variĂ©es : saumon, huile, morue, jambon, rĂ©glisse, quincaillerie, mercerie et tabac. Vers 1650, les Hendayais ajoutent Ă  ces marchandises : le papier, les toiles de Reims et de Bretagne, les draps de SĂ©govie, le cuir de Cordoue, etc. Ils transportent habituellement Ă  Bayonne les marchandises d’Espagne et en rapportent celles destinĂ©es Ă  ce pays. Le trafic semble avoir Ă©tĂ© d’importance puisque Hendaye dispose sur place d’un bureau des douanes percevant les droits d’entrĂ©e et de sortie du royaume, dits « droits de Coutume Â». Ce trafic se fait essentiellement Ă  l’aide de muletiers mais le trafic maritime n’est pas nĂ©gligeable. Des pinasses de 20 Ă  70 tonneaux,  font le petit cabotage entre Hendaye, Bayonne, Bilbao, jusqu’à La Rochelle et Rouen.


A partir de 1783, Hendaye est autorisé à tenir marché, tous les samedis, ainsi qu’une foire annuelle.

Le commerce local est animĂ© par de nombreux artisans tenant Ă©choppes et boutiques sur la rue de Subernoa, la rue de la Fontaine et la grande rue (future rue du Port). Des bouchers : Pierre DILHAREGUY (1676), J. de HARISPE (1692) ; des cordonniers : Betry DURRUTY (1662), Raymond de HARANS, Auger DANCIOT (1692), Bernard LARRAMENDY (1782) ; des maçons : Martin DARIAGUE, Joanes d’ETCHEVERRY (1692) ;  un droguiste : d’IRANDATZ (1750), etc..


En 1692, un chirurgien, Pierre LAFARGUE, exerce dans le bourg. En 1782, la communauté passe contrat avec Pierre PASSEMENT, maître chirurgien. Elle paie celui-ci 210 livres par an, pour s’établir à Hendaye et s’engager à soigner gratuitement, durant 9 ans, tous les Hendayais malades ou blessés accidentellement, à l’exclusion des suites de rixe qui feront comme les accouchements, l’objet d’une rétribution supplémentaire.

Quelques activitĂ©s artisanales semblent avoir pris une dimension industrielle : le chocolat, fabriquĂ© par un descendant de Dominique d’IRANDATZ ; ce dernier s’étant engagĂ© dans la production de la fameuse eau-de-vie de Hendaye.

 

Cette liqueur improprement appelĂ©e eau-de-vie ne semble pas antĂ©rieure Ă  la toute fin du XVIIème siècle. Elle est le fruit d’une deuxième distillation de marc de raisins rouges ou blancs en prĂ©sence de fenouil qui, par la suite, est mĂ©langĂ© Ă  du sirop de sucre. Sa renommĂ©e Ă  partir de 1750, vient de son exportation massive dans les colonies des AmĂ©riques et des Antilles et de sa prĂ©sence frĂ©quente sur les tables du Roi et de la grande bourgeoisie. Ce que l’on ignore, c’est qu’en 1701, on en trouve plus Ă  Hendaye car sa fabrication est très vite localisĂ©e Ă  … Bayonne ; de sorte que dĂ©jĂ  certain voyageur se plaint que : « Andaye vend chaque annĂ©e, de son crĂ», plus d’eau-de-vie qu’il n’en fait en dix ans Â». De fait, nos raffineurs hendayais : Pierre DOTTACE, Martin de GALBARETTE, Dominique D'IRANDATZ et d’autres encore, installent en 1705, leurs fourneaux dans la capitale labourdine : rue Gosse, rue Bourg-Neuf, rue des Cordeliers ou rue Mayou. Leur objectif n’est que financier car en s’installant Ă  Bayonne, ils Ă©chappent Ă  plusieurs taxes fiscales. Pour autant, Hendaye n’en reste pas moins un centre rĂ©putĂ© du commerce des eaux-de-vie jusqu’à la fin du XVIIIème siècle et tenait une foire renommĂ©e pour cet article. C’est finalement en 1857, que Paulin BARBIER rapatria Ă  Hendaye, dans la maison Margoenia, près de la gare de Hendaye Plage, la fabrication de son eau-de-vie Ă©ponyme. Mais, pour peu de temps, car moins de 50 ans plus tard, la fabrication de « La vĂ©ritable liqueur d’Hendaye Â» redevient Bayonnaise. Depuis 1998, son nouveau propriĂ©taire, RĂ©my COINTREAU,  ne la prĂ©pare plus que dans la rĂ©gion d’Angers. 



CONCLUSION

 

La destinĂ©e de Hendaye est singulière, son origine ne l’est pas moins. 

On doit bien convenir que l’existence de Hendaye est Ă©troitement liĂ©e Ă  la fin de la guerre de Cent Ans. DĂ©barrassĂ© de la prĂ©sence anglaise, le royaume de France perçoit très vite tous les avantages Ă  disposer d’un poste frontière qui a la chance de se trouver très exactement situĂ© Ă  l’intersection de deux lignes fondamentales : la ligne frontière et l’axe de communication le plus favorable pour relier Paris Ă  Madrid.


                                                                        

 

 

 

 

 

 

 

Hendaye en 1881    


A n’en pas douter, la création de Hendaye résulte d’une volonté éminemment politique dont les objectifs premiers sont économiques et fiscaux. On comprend dès lors qu’Urrugne ne fut pas en mesure de s’opposer à pareille intention royale.


C’est ainsi que Hendaye, crĂ©ation artificielle, extraite du monde rural, se trouve très vite peuplĂ©e majoritairement de commerçants, plus exactement de transitaires, le plus souvent Ă©trangers. C’est de ce peuplement si particulier que Hendaye tient l’originalitĂ© de ses rapports avec la basquitude. Sa lĂ©gitimitĂ© Ă  appartenir Ă  la culture basque a toujours dĂ» composer avec les rĂ©alitĂ©s d’une population exogène. C’est encore vrai aujourd’hui !  


Bâtie Ă  la façon d’une « bastide Â», Hendaye figure dès lors en ce coin de Labourd, comme un comptoir commercial disposant des privilèges fiscaux qui caractĂ©risent ce type d’implantation.

On comprend dans ces conditions, l’animosité constante de Saint-Jean de Luz et même, nous l’avons vu, de Bayonne, à l’égard de Hendaye, perçue comme une rivale. Pour autant, cette animosité fut toujours vaine, tant il est vrai que depuis la fin de la guerre de Cent-Ans jusqu’à la fin du Second Empire et, même au-delà, Hendaye, toujours, bénéficia du soutien efficace et intéressé de l’Etat français. A ce titre, Hendaye ne peut qu’être reconnaissant de la bienveillance de la Régente Anne d’Autriche, de LOUIS XIII, de LOUIS XIV, de NAPOLEON III et même de Félix FAURE.


Ceci étant, l’environnement immédiat de Hendaye, c’est-à-dire, les grands propriétaires terriens qui l’entourent, qui l’encerclent, savent tirer parti de ce voisin si différent. Très tôt, ils sauront s’imposer comme les principaux bailleurs de fonds de bien des entreprises commerciales, toujours avides de capitaux, qui forment l’activité principale de Hendaye. Bien vite, ces grandes familles s’impliqueront directement dans ces activités. Disposant d’une aisance confortable, elles donnent à leur descendance les moyens de faire fortune dans le négoce international et la Course. Très tôt également, elles s’assureront le pouvoir, en prenant soin de maîtriser la vie de la communauté, en monopolisant les postes de Maire-abbé et de jurats (ARAGORRY, GALBARETTE).


Ainsi, à la veille de la Révolution, Hendaye est un bourg de dimension modeste mais très animé, riche de la diversité de ses habitants et de celle de ses activités commerciales et maritimes. Un petite ville dont le quotidien est rythmé par le passage fréquents des muletiers, des pataches et des carrosses tout autant que des mouvements portuaires.


A coup sûr, la période 1793-1813, fut la plus noire que Hendaye a eu à connaître. Au terme de 20 années de détresse et de misère, Hendaye ne sera jamais plus la même.

Il lui faudra attendre 1864 et l’arrivée du chemin de fer pour recouvrer une vie normale.

                                                                                 

 

 

 

Hendaye en 1881  



 


Une vie bien différente… Des ambitions nouvelles... Une autre histoire….

Une bonne occasion … pour convenir d’un prochain rendez-vous avec OroĂŻtza !!