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L’Observatoire d’Abbadia

patrimoine global et mondial

 


Le ChĂąteau-observatoire d’Abbadia est une composante essentielle de la Corniche Basque et de Hendaye, au mĂȘme titre que les falaises et les « Jumeaux Â». En terme patrimonial, il est remarquable tant par son style insolite pour la RĂ©gion que par l’empreinte intellectuelle laissĂ©e par son propriĂ©taire, les objets scientifiques qu’il recĂšle et le souvenir des travaux menĂ©s dans les domaines de la gĂ©ographie et de l’Astronomie. A son propos, patrimoine naturel, matĂ©riel, immatĂ©riel s’entremĂȘlent se renforçant l’un, l’autre.

hĂąteau_Observatoire                                                        

       ChĂąteau-Observatoire                                                                                                      Lunette mĂ©ridienne


Lors des JournĂ©es EuropĂ©ennes du patrimoine, Oroitza s’est intĂ©ressĂ© Ă  la face immatĂ©rielle. Plus particuliĂšrement Ă  ce qui a Ă©tĂ© l’objet premier de ce chĂąteau : abriter un Observatoire Astronomique. Pour cela, a Ă©tĂ© conçue une manifestation[1] prĂ©sentant le parcours historique de l’observatoire ainsi qu’un dĂ©veloppement particulier sur la piĂšce de rĂ©fĂ©rence, la lunette mĂ©ridienne et son utilitĂ© dans la dĂ©termination du temps. La comprĂ©hension de la logique interne de cet Observatoire a imposĂ© la prĂ©sentation de quelques rudiments d’astronomie et de la mesure du temps.

 

DĂ©mĂȘler l’écheveau des richesses

 

Les interventions de CĂ©line Davadan, Michel Borde, Jacques Eguimendya et Pierre Ghigliazza ont permis de faire Ă©merger un certain nombre de constats estompĂ©s par l’architecture de l’édifice, la disposition des lieux, les panoramas, l’ésotĂ©risme, l’invitation au rĂȘve.


 

Michel Borde expliquant l’utilitĂ© de la lunette mĂ©ridienne

 

En premier lieu, entre les nombreuses casquettes attribuĂ©es Ă  Antoine d’Abbadie, ressort sa qualitĂ© premiĂšre de gĂ©ographe[2] dans sa pluridisciplinaritĂ©[3]. Sa gĂ©ographie est globale. Elle s’intĂ©resse autant aux hommes et Ă  leurs vecteurs de communication, Ă  savoir les langues, qu’à la cartographie et la gĂ©odĂ©sie.


De ce besoin de « globalitĂ© Â», chez un homme marquĂ© par les encyclopĂ©distes, ressort la nĂ©cessitĂ© de la connaissance du ciel pour cartographier les territoires explorĂ©s et les Ă©tudier. Ceci l’amĂšne Ă  l’Astronomie tout comme la nĂ©cessitĂ© de se repĂ©rer en mer amĂšne les marins Ă  s’intĂ©resser aux Ă©toiles.


 

 

La recherche de la  prĂ©cision comme moteur d’innovation

Chez Antoine d’Abbadie, le souci de prĂ©cision domine. Les appareils, les systĂšmes d’observation et de mesure doivent rendre compte de la rĂ©alitĂ© avec le minimum d’approximations, d’erreurs. D’oĂč une crĂ©ativitĂ© instrumentale, l’adoption du systĂšme mĂ©trique et un cadre de travail aussi agrĂ©able que propice Ă  l’étude. 

 

CĂ©line Davadan et la Nadirane

Cercle méridien et un de ses microscopes

 

C’est le besoin de rĂ©fĂ©rentiel prĂ©cis (la verticale)[4] pour l’étude du ciel  et la dĂ©termination du positionnement des objets cĂ©lestes, qui conduit Antoine d’Abbadie Ă  inventer la Nadirane. Il s’y prend Ă  deux fois, la premiĂšre construction Ă  Arragory datantÚÚ_ d’avant le chĂąteau et la seconde empruntant la cave du nouvel Ă©difice ainsi qu’une partie de l’observatoire. La lunette et la nadirane ont un lien trĂšs logique.



C’est Ă©galement le souci de prĂ©cision qui conduit le GĂ©ographe-Astronome Ă  adopter le systĂšme mĂ©trique pour ses mesures cĂ©lestes. En l’occurrence, ici, il s’agit d’étalonner le temps et la mesure des angles en grades et non en degrĂ©s. Cette particularitĂ© renchĂ©rit les investissements (pendule, cercle mĂ©ridien) ce qui provoque quelques joutes Ă©pistolaires entre Antoine d’Abbadie et les fabricants. Par ailleurs, l’Observatoire d’Abbadia Ă©tant le seul au monde Ă  avoir adoptĂ© ce systĂšme, la comparaison de ses rĂ©sultats avec ceux des autres Observatoires ou leur intĂ©gration dans la « Carte du Ciel Â» passe nĂ©cessairement par une Ă©tape mathĂ©matique de conversion.

 

La lunette mĂ©ridienne  

Les lunettes comportent  un objectif composĂ© de deux lentilles (l’une convergente, l’autre divergente), formant l’image dans le plan focal. Leur conception est diffĂ©rente de celle du tĂ©lescope qui est composĂ© de miroirs et fonctionne par rĂ©flexion. Les lunettes mĂ©ridiennes sont montĂ©es sur un axe horizontal et ne se dĂ©placent que dans le plan du mĂ©ridien (axe nord-sud).

 

Une lunette mĂ©ridienne permet :

  • En notant la hauteur d’une Ă©toile et l’heure de son passage au mĂ©ridien, d’obtenir ses coordonnĂ©es horizontales (hauteur et distance zĂ©nithale)
  • Inversement, la position connue de l’étoile est utilisĂ©e pour dĂ©terminer les coordonnĂ©es gĂ©ographiques du lieu, la latitude Ă©tant dĂ©duite de la hauteur de l’astre lors de son  transit et l’heure de passage au mĂ©ridien donne la longitude,
  • De mesurer le temps, en le dĂ©finissant Ă  partir de la rotation de la terre et en le dĂ©terminant par l’observation d’étoiles Ă  leur passage au mĂ©ridien.
 

  La lunette mĂ©ridienne d’Abbadia a Ă©tĂ© construite en 1879 par les ateliers de Wilhelm Eichens. Primitivement,  elle possĂ©dait un objectif rĂ©alisĂ© par Adam Prazmovski qui n’a pas rĂ©sistĂ© au climat. Il a Ă©tĂ© remplacĂ© par  un objectif taillĂ© en 1896 par Dom Siffert, Moine.  C’est la seule lunette dĂ©cimale au monde.

 

La Nadirane  

Base de la Nadirane

Pour Antoine d’Abbadie comme pour George Darwin, la terre Ă©tant soumise Ă  des mouvements pĂ©riodiques (marĂ©es, rĂŽle de la pesanteur, dĂ©placement de l’axe des pĂŽles
), la verticale n’est pas stable. Il met en Ă©vidence ce phĂ©nomĂšne lors de son voyage d’études Ă  Olinda prĂšs de RĂ©cif au BrĂ©sil (Mars 1837).

 

 

La prĂ©cision des calculs astronomiques requĂ©rant la connaissance de cette variation, Antoine d’Abbadie inventa la Nadirane destinĂ©e Ă  la mesurer. Les succĂšs Ă©tant mitigĂ©s, l’installation fut dĂ©montĂ©e en 1902.

 

Reconstitution de la Nadirane par Mr Soulu

 


L’observatoire survit 78 ans Ă  son crĂ©ateur 


MalgrĂ© sa crĂ©ation et le financement de son fonctionnement par un mĂ©cĂšne, l’Observatoire a vĂ©cu jusqu’en 1975, en dĂ©pit de turbulences importantes[5] grĂące Ă  la prĂ©voyance de son crĂ©ateur. En premier lieu il a effectuĂ© la donation du domaine Ă  l’AcadĂ©mie des Sciences. Ensuite, il a mis en place les hommes capables de poursuivre son Ɠuvre.


Les directeurs successifs, la plupart aux personnalités marquées, ont su entretenir la flamme et effectuer des apports déterminants :

  • 1858 - 1896 : Antoine d'Abbadie
  • 1896 - 1923 : Aloys Verschaffel
  • 1923 - 1944 : Paul Calot
  • 1945 - 1958 : Jean Foursac
  • 1958 - 1975 : Raymond Puiffe de Magondeaux


L’abbĂ© Verschaffel : la reconnaissance par l’innovation

 

Abbé Verschaffel et ses collaborateurs

 L’abbĂ© Aloys  Verschaffel , religieux oratorien et Flamand, dĂ©tectĂ© par Antoine d’Abbadie qui, en a fait son principal collaborateur dans ses derniers temps, a Ă©tĂ© le premier Directeur. Il s’est attachĂ© a dĂ©veloppĂ© la notoriĂ©tĂ© de l’Observatoire d’Abbadia en faisant preuve d’esprit d’innovation et en instaurant une culture de la qualitĂ© et de la prĂ©cision des observations qui perdurera. Sous son rĂšgne, l’observatoire sera prĂ©sent Ă  l’Exposition Universelle de Paris de 1900 avec la prĂ©sentation du « Chronographe imprimant Â»[6]  et participera au programme international « La carte du ciel Â» animĂ© par son initiateur, le Directeur de l’Observatoire de Paris. Cette rĂ©ussite est un peu assombrie par les  reproches de certains Ă  propos de la destruction de la Nadirane aprĂšs le dĂ©cĂšs de Virginie d’Abbadie. 

Chronographe imprimant 

 


                           

L’AbbĂ© Calot,  exerce jusqu’à la seconde guerre mondiale, cultivant la culture « qualitĂ© et innovation Â». Il poursuit l’Ɠuvre de son prĂ©dĂ©cesseur et publie de nombreux catalogues d’étoiles.


L’aprĂšs-guerre est plus anonyme avec Ă  la direction l’AbbĂ© Jean Foursac. NĂ©anmoins, la culture qui a perdurĂ©e, et le personnel rĂ©ussissent Ă  retrouver la qualitĂ© et la rĂ©putation d’avant guerre ce qui contribue Ă  sauver l’Observatoire.



La reconnaissance chez les acteurs de la conquĂȘte spatiale

 

Dans sa derniĂšre phase, oĂč le CNRS est partie prenante en renouvelant et modernisant le matĂ©riel et prenant en charge les personnels, l’observatoire de Bordeaux apportant une assistance technique, le directeur Ă©tant l’AbbĂ© de Magondeaux, l’Observatoire d’Abbadia rĂ©alise son « Chant du Cygne Â»[7] . Il poursuit l’établissement de catalogues d’étoiles de qualitĂ© et est partenaire de programmes internationaux prestigieux. L’un de ces programmes est animĂ© par l’observatoire de Tokyo dont le directeur est venu en visite Ă  Hendaye. L’autre, conduit par l’observatoire de Washington (US Navy), pour le compte de la Nasa.


 

Martin Tellechea

NĂ©buleuse dans la Constellation du Cygne

  

Son activitĂ© s’est arrĂȘtĂ©e en 1975. Aujourd’hui l’AcadĂ©mie des Sciences Ă©tudie la rĂ©utilisation de la lunette mĂ©ridienne Ă  des fins de culture scientifique et technique. Dans l’espace, le satellite Gaia s’ingĂ©nie Ă  constituer un catalogue de un milliard d’étoiles destinĂ© Ă  remplacer tous les catalogues conçus grĂące aux observations terrestres. 

 

En conclusion, cette manifestation a mis en Ă©vidence la logique interne de cet observatoire original. Elle a fait Ă©galement ressortir, qu’au-delĂ  de la personnalitĂ© et de l’Ɠuvre exceptionnelle d’Antoine d’Abbadie, d’autres individus ont marquĂ© son histoire. Ainsi plus de quarante annĂ©es plus tard, reste encore dans les historiques publiĂ©s par la NASA, l’Observatoire de Washington, relayĂ©s par l’UniversitĂ© d’Harvard et l’Observatoire de Marseille, les publications de Martin Tellechea et Jean-Louis Etchegorry ainsi que le rĂ©fĂ©rencement de l’Observatoire d’Abbadia.

 

Face Ă  cela, cet Ă©quipement fait-il partie du patrimoine hendayais ou du patrimoine universel ?

 


Remerciements :

 

-     A l’AcadĂ©mie des Sciences qui nous a accordĂ© l’autorisation d’effectuer des recherches au sein du ChĂąteau Observatoire,

-     A Jean-Eudes Arlot, AcadĂ©micien et Directeur Honoraire de L’IMCCE  et de l’observatoire de Paris pour ses informations et ses explications

-     A CĂ©line Davadan, ChargĂ©e du patrimoine et de la Culture (AcadĂ©mie des Sciences) pour sa patience et ses contributions

-     A Michel Borde, Astronome Amateur,  pour les nombreuses explications et sa participation Ă  la manifestation



                                                                                    Jacques Eguimendya




[1] Oroitza, conscient des difficultĂ©s de diffusion orale de l’Histoire au grand public a dĂ©veloppĂ© un concept mĂȘlant interventions didactiques avec illustrations Ă  base de lecture de textes, de court-mĂ©trages et de techniques thĂ©Ăątrales.

[2] Camille Flammarion dans son Histoire de l’Astronomie parle du « GĂ©ographe Antoine d’Abbadie Â»

[3] S’il avait vĂ©cu en fin du XXĂšme siĂšcle il aurait Ă©tĂ© un adepte de la « fertilisation croisĂ©e Â» entre les disciplines

[4] Michel Borde, Astronome Amateur, animateur en RĂ©gion Auvergne, dans ses explications sur la lunette, son utilitĂ©, son maniement, explique le besoin, pour calculer la position d’une Ă©toile, de se caler sur une ligne fiable, Ă  savoir la verticale du lieu d’observation et non l’horizon, ce dernier trop difficile Ă  dĂ©terminer.

[5] Entre 1897, date du dĂ©cĂšs d’Antoine d’Abbadie, l’observatoire, outre son Ă©loignement des centres de matiĂšre grise, a du affronter, les revendications de la famille, les conflits mondiaux et les alĂ©as financiers d’une structure de recherche privĂ©e 

[6] Le « Chronographe imprimant Â», inventĂ© par l’AbbĂ© Verschaffel, marque une avancĂ©e importante dans les prĂ©cisions d’observation en remplaçant l’annonce par la voix par l’impression automatique lors du passage de l’objet cĂ©leste  et en diminuant le nombre d’opĂ©rateurs autour de l’observateur.

[7] Citation des paroles de Martin Tellechea, dernier observateur vivant

 

 

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